Ce film est bien étrange, entre lyrisme languissant, envoûtant, et long fleuve d'ennui. Le texte, avec ses mots suspendus et sa polyphonie, est très beau, mais aussi parfois hermétique. Sur le plan stylistique, c'est très singulier : les acteurs apparaissent comme les figures d'un drame quasi immobile, sans dialogue direct, les nombreuses voix off assurant une narration éclatée. Le tout est d'une élégance surannée, d'un maniérisme chic ou ridicule selon les goûts, et d'une lenteur qui a ses moments de grâce... et ses effets soporifiques. On apprécie la beauté des images sombres et décadentes de Bruno Nuytten (Camille Claudel), ainsi que la musique entêtante du compositeur argentin Carlos d'Alessio. Mais il faut avoir du temps. Marguerite Duras a inventé un style cinématographique bien à elle, tour à tour séduisant et exaspérant. Il ne laisse en tout cas pas indifférent.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Duras a un style cinématographique bien à elle, singulier et original. Elle use de la distorsion de l’image et du son, l’image est muette, comme un tableau dont l’animation est strictement réduite. On est dans la contemplation, dans un espace-temps indéterminé entre ce qui est montré et ce qui est évoqué. Le décor est clos, contraint, plaqué et dérisoire (celui des ambassades), le milieu est moite. Deux élément sont utilisés avec virtuosité : le miroir dans la mise en scène, la musique dans la bande son. Je suis tombé dans l’ennui pendant le premier tiers du film, j’ai été envoûté ensuite, avant de retomber dans l’ennui à la fin. « India song » doit bien être le seul film où l’on entend M. Lonsdale hurler… Voir ce film est une expérience bien particulière, unique, même si ce n’est pas totalement convainquant.
Film de sensations physiques où le discours s’efface. D’abord, l’ennui, palpable, que l’on ressent intensément dans ce milieu figé, où Anne-Marie Stretter est entourée par des hommes qui ont établi un modus vivendi de statu quo, un pacte de non agression entre chacun des prétendants. Puis la force brute, maladroite, irrespectueuse du Vice Consul de Lahore. Il est laid, gros, et couvert d’opprobre, mais on ressent physiquement cet élan vital qui a disparu depuis longtemps de l’univers d’Anne-Marie Stretter. Il échouera, mais elle ne pourra survivre à cette fugitive apparition de la vie dans son univers sclérosé. Y avait-il, dans le personnage du vice-consul, une image de l’adolescence ?
Mettre des images d'acteurs qui n'en foutent pas une avec la bande sonore d'une autre scène, concept audacieux et qui peut être intéressant cinq minutes mais putain deux heures... En plus, j'en veux à Marguerite Duras d'avoir pris Delphine Seyrig sans lui faire prononcer une syllabe, c'est-à-dire sans nous faire entendre sa délicieuse voix ; par contre l'écrivaine elle n'hésite pas hélas à nous faire entendre la sienne et comme elle avale les mots comme c'est pas permis... Cela dit ce film a des valeurs curatives incroyables, il peut guérir n'importe qui souffrant gravement d'insomnie, d'ailleurs même quelqu'un de pas particulièrement fatigué aura tendance à s'ensommeiler (j'en sais quelque chose !!!). "India Song" est mortel, soporifiquement mortel ; il faut le voir...enfin il faut s'endormir devant pour le croire.
Ce film est étrange. Étrangement beau. C'en devient même effrayant. Comment Marguerite Duras, avec si peu de moyens, a réussi à recréer une telle ambiance, une telle intrigue : définitivement, c'est ce qui fera tout le mystère durassien. L'Inde était en réalité parisienne. Pourtant, tout au long du film, j'ai cru qu'elle avait tourné en Inde. C'est un film basé sur l'illusion. Les reflets, la réminiscence des souvenirs en ce lieu mort, tout autant que les personnages. Tout y est mort, mais tout n'est qu'un souvenir. Des fantômes qui viennent lentement occuper la scène, dansent avec langueur sur la musique sublime d'Alessio. Ils s'ennuient (thème récurrent chez Duras). Jusqu'au paroxysme de cette lenteur (accentué par des plans fixes très longs, ou des travellings sans fins...), le cri de Michel Lonsdale. Il est absolument effrayant. On en sursaute. Brusquement, c'est là que tout se casse. La monotonie se brise, ainsi que les personnages.
Marguerite Duras est définivitement un être incroyable. Certes, au début, le film peut surprendre. Il est possible de croire à un réel foutage de gueule. Mais, bon sang, restez sur votre siège, laissez-vous bercer par l'image et la voix de Delphine Seyrig. Et là, vous comprendrez peut être tout le charme d'India Song, toute la puissance de ce film.
Ce film est d'un ennui mortel; tout est répétitif : le décor, la musique, les personnages, les attitudes, les paysages extérieurs; bien difficile de se croire en Inde quand on voit l'architecture de la maison et les arbres; C'est par des artifices que Marguerite Duras essaye de créer l'atmosphère : le titre India Song, un domestique habillé couleur locale, des noms de ville et d'endroit cité par les voix off; on n'y croit pas un seul instant. C'est un film artificiel, sophistiqué à outrance, sans émotion.
Il faut être "in the mood" pour du contemplatif, adhérer au style et ne pas être rebuté par certaines longueurs, mais le jeu en vaut la chandelle. On trouve dans ce film les principaux traits de la personnalité de Marguerite Duras, mélange d'intellectualisme assumé et de sensualité débridée. Un feu qui couve derrière des images polies d'une beauté assez fascinante - bravo Bruno Nuytten, brillant directeur de la photo! Pasolini n'est pas loin derrière ces compositions hiératiques d'une lenteur intimidante, ces jeux de miroir et cette façon de tenir à distance l'animalité, de la cantonner à un hors-champ à la présence de plus en plus oppressante - les cris de Michel Lonsdale ! Une musique au parfum entêtant. Un bien beau texte et une façon de déstructurer le récit qui font penser à "L'année dernière à Marienbad" de Resnais, où Delphine Seyrig éblouissait déjà. Une oeuvre d'art complète, même si l'intensité des premières minutes a du mal à se maintenir pendant deux heures. A noter aussi au générique la présence d'un assistant réalisateur qui fera son chemin : Benoît Jacquot.
Marguerite Duras avait dit qu'elle ne trouvait pas de cinéastes capable de retranscrire ses romans et je comprends mieux pourquoi à sa façon de réaliser un film. Pour évoquer la vie sentimentale d'Anne-Marie Stretter, femme de l'ambassadeur de France ,Mme Duras va utiliser des acteurs qui ne se parlent pas directement mais uniquement en voix off avec beaucoup de plans fixes et des décors très répétitifs qui finissent par donner une ambiance très particulière mais aussi très ennuyeuse qui peut en dissuader plus d'un.
Une belle musique lancinante, la poésie du texte de Duras, la sensualité de Delphine Seyrig, déesse sublime couvée par les regards de terriens dans un palace de Calcutta reconstitué à Paris, tout contribue à faire de ce film une oeuvre envoutante, unique, dans la lignée de L'Année dernière à Marienbad.
Duras filme comme elle écrit. Les silences sont une respiration expressives. Les phrases sont courtes. "Cette chaleur, cette monotonie, aucune couleur" Économie des verbes. La lenteur est sublime. Une formidable expérience d'immersion littéraire visuelle
Avec India Song, Marguerite Duras révolutionne le cinéma. Avec une remarquable économie de moyens, elle raconte une histoire qui s'est passée en Inde dans les années 30. Pour témoigner du passé elle utilise des artifices : personnages fantomatiques, décors sans vie. Plusieurs voix apportent chacune leur éclairage sur cette histoire, parfois elles se chevauchent et l'on ne capte plus que des bribes de phrases. Ces commentaires ne font pas écho à l'image qui mène sa propre vie. Au spectateur d'assembler tout cela, bercé par la magnifique mélodie de Carlos d'Alessio, déclinée en de multiples versions. Il s'agit incontestablement d'un film difficile. Il y a 20 ans je n'étais pas parvenu à son terme. Mais pour qui fait l'effort de se laisser envahir par le texte, la musique et l'image la récompense est belle.
Anne-Marie Stretter (Delphine Seyrig) est morte et enterrée aux Indes. Elle était l’épouse de l’ambassadeur de France. Un soir, lors d’une réception, le vice-consul de France à Lahore, sous le coup d’une mutation disciplinaire, lui avait crié son amour.
En 1966, Marguerite Duras avait écrit un roman, "Le Vice-Consul". En 1972, elle en avait signé l’adaptation pour le théâtre sous le titre d’"India Song". La pièce était jouée à la radio en 1974 et devenait en 1975 un film. La mort de Michael Lonsdale est l’occasion de sa reprise dans quelques salles d’art et d’essai juste avant le reconfinement.
"India Song" est filmé selon un protocole bien particulier qui est, dit la légende, non pas le produit d’un choix délibéré mais de l’inexpérience de Marguerite Duras qui, le premier jour du tournage, voulait enregistrer en même temps la musique et les dialogues. Elle sacrifia les seconds à la première. Si bien que "India Song" offre l’image déconcertante de longs plans-séquence (le film de deux heures n’en compte que soixante-quatorze) désynchronisés : la voix off des acteurs ou des narratrices – au nombre desquelles on reconnaît celle de Marguerite Duras elle-même – est désynchronisée des images.
Comme les œuvres de Robbe-Grillet, comme celles de Resnais avant qu’il prenne un tournant plus léger, "India Song" est un film qui provoque soit la fascination, soit l’exaspération. Certes la musique omniprésente de Carlos d’Alessio est hypnotisante. Mais le ton languissant des voix off, la lenteur des longs travelings, les poses artificieuses des acteurs, les voiles de mystère qui entourent une histoire qui, tout bien considéré, se réduit à peau de chagrin, m’ont plus exaspéré que fasciné. C’est le signe décidément que je ne suis ni l’esthète ni l’intellectuel que je prétends être.
Ce film, réalisé par Marguerite Duras et sorti en 1975, n'est pas mal mais sans plus. Le film est adapté de sa pièce homonyme, elle-même inspirée du roman " Le Vice-Consul", toujours d'elle même, mais ne connaissant aucune des deux œuvres, je ne pourrais pas les comparer au film. Ce qui aurait pourtant pu être intéressant car un film aussi particulier abordant un sujet déjà adapté dans deux autres médias aurait pu nous donner plus de pistes quant à la compréhension du film. Effectivement particulier car le principe du film est de jouer avec les images et le son, c'est-à-dire que l'histoire qui nous est conté a un rapport, bien-sûr, avec les images mais le son n'y est pas synchronisé. C'est assez particulier et il faut vraiment se mettre dans le film et ne jamais décroché, sinon nous sommes tout de suite perdu. Ce film nous prouve également que le son au cinéma, que l'on a tendance à oublié car on n'y prête pas beaucoup d'attention, est finalement très important. Les images peuvent ainsi nous dire une chose et le son une toute autre chose et c'est d'ailleurs ce que le film tient à prouver et ce pourquoi il est assez difficile de le suivre. Surtout qu'il dure deux heures donc si on n'adhère pas à ce genre de film expérimental, on peut très vite tomber dans l'ennuie. Personnellement, j'ai trouvé le film indéniablement intéressant mais je ne me suis cependant pas vraiment passionné pour l'histoire, il faudrait d'ailleurs sûrement le revoir plusieurs fois afin de bien en comprendre tous les aspects. La réalisation est elle aussi très intéressante, nous n'avons que des plans fixes très longs et nous voyons souvent le même coin de la pièce mais avec un miroir, ce qui permet d'ouvrir cette pièce. Le rythme y est donc très lent. "India Song" est donc une œuvre très particulière qu'il faut voir en étant assez concentré.
Ce qui aurait pu paraître une audacieuse proposition radicale (dont les Inconnus se sont manifestement inspirés pour leur parodie du cinéma français "intellectuel") n'est en réalité que le résultat de la méconnaissance de Marguerite Duras du montage, elle qui voulant enregistrer musique et dialogues en même temps a privilégié la bande-son, entrainant un film entièrement en voix off! Par ailleurs, l'autrice n'a pas su se faire cinéaste, les images (heureusement d'une épure esthétique ressemblant par leurs lumières ou couleurs à des tableaux). servant de support à la narration (banal triangle amoureux ne laissant exsuder nulle passion ou émotion) au lieu de la permettre, tandis que l'artificialité des dialogues est renforcée par l'interprétation monocorde - hormis une fulgurance hystérique - du cast (dont pourtant Michel sic Lonsdale!) ainsi que les plans sur des personnages ridicules par leur immobilité. Soporifique!