India Song met en scène le crépuscule de l’homme et de l’amour, un crépuscule pouvant renvoyer à la naissance de l’astre solaire, équivalant ainsi à une promesse de renouveau, ou à sa mort, faisant des personnages des ombres sur le point de disparaître. La mise en scène travaille l’abîme de l’espace filmique par le biais d’un grand miroir que l’on prend d’abord pour une entrée vers une autre pièce mais qui ne constitue, en réalité, que le reflet de celle dans laquelle nous nous trouvons, un reflet qui donne accès à ce que la caméra ne peut capter, ce qui se trouve derrière elle, avant elle. Pris en étau entre l’avant et l’arrière, le commencement et la fin, le film diffuse un sentiment de désespoir universel fait de réminiscences : les pièces sont autant de chambres d’échos qui se peuplent de voix inconnues, parfois indiennes, parfois françaises, dont le télescopage construit une densité primitive, comme d’avant la parole, un brouillage sonore aussi déconcertant que poétique. À l’instar de ce thème magnifique composé par Carlos d’Alessio et interprété au piano. India Song, c’est une œuvre sur la fin du monde, la fin d’un monde, celui des ambassades blanches des Indes, où les êtres habitent lourdement l’espace tout en le parcourant de façon flottante : leur érotisme est spectral, à l’image de ce sein dénudé autour duquel se couchent les amants ; ils sont pesants, couverts des costumes de la réception à l’ambassade alors que la saison est celle de la mousson d’été ; le départ de l’un annonce l’entrée de l’autre à l’écran, telle une redite, la répétition du même, mais différent. Ce n’est pas un hasard si le long métrage s’ouvre et se ferme sur le plan du soleil couchant : Marguerite Duras emprunte et rend, elle tire de là son histoire et la finit là. Le temps du cinéma – deux journées – semble hors-temps, ne rejoint jamais le temps du monde. Il capte les derniers trajets d’une humanité qui marche vers sa fin, vers le Gange, l’engloutissement et la mort, « la mort dans une vie en cours qui jamais ne vous rejoindrait ».
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2,0
Publiée le 25 avril 2025
C'est un peu l'èvolution dans le 7ème art de Marguerite Duras dont l'oeuvre de romancière n'est plus à prouver aujourd'hui! Un style unique dans cette trop intellectuelle oeuvre de cinèma dans laquelle les comèdiens vivent une aventure purement intèrieure, dans une ambassade imaginaire avec des voix sans visage qui parlent de cette histoire d'amour impossible, au son d'une bande son d'Alessio surannèe et lancinante! Ce film ne peut se raconter...il se vit et il faut reconnaître qu'une ambiance - aussi dèconcertante soit-elle - s'en dègage à travers ses 2 heures de projection! La prèsence de Delphine Seyrig ajoute à l'envoutement, car rien n'est truquè avec cette immense actrice! Dommage que ces passions humaines n'exprimant plus que le nèant et la fin du monde finissent par devenir longues et rèpètitives, incitant le public (pas toujours engagè) à devenir le coauteur de cet objet filmique sans prècèdent! Pour les initiès...
Connaissant par cœur les musiques de ce film, j'étais très impatient de voir India Song (je ne l'avais jamais vu...). C'était la bonne occasion de peut être me "réconcilier" avec Marguerite Duras, n'ayant jamais fort apprécié ce qu'elle a fait (tant en littérature qu'au cinéma). Ce ne sera pas pour cette fois. Je me suis fortement ennuyé, et malgré quelques chouettes plans, je n'y ai vraiment pas trouvé mon compte. Je ne comprends pas la démarche de ne pas plus adapter son œuvre aux codes du cinéma. Pourquoi avoir gardé la bande audio de son spectacle radiophonique, et n'avoir seulement rajouté des images par dessus ? Je pense qu'il est alors préférable de fermer les yeux, de se concentrer sur ce que l'on entend, et oublier ces images peu intéressantes que l'on voit.
Une histoire en voix off dans le temps suspendu de la mémoire. Aux confins de la littérature et de l’image, ce que le cinéma peut inventer de plus beau.