(...) Lorsqu’on évoque un procès au cinéma, on en retient généralement le jury hétéroclite, le ton grave des protagonistes, les interminables questions d’avocats, la stature patriarcale du juge ou encore l’atmosphère caustique voire étouffante du tribunal. On en retient aussi un cadre quasi papal d’où émane la grandeur et le respect, habillé çà et là, de teintes lambrissées et sombres, de mélodies douces et discrètes et surtout d’un profond relent d’immobilité (...) l’hégémonie qu’a endossé le procedurial (nom donné à ce genre) a permis à Hollywood dans ses fastes années de verve créatrice, de produire une tripotées de long-métrage revêtant des oripeaux différents de ceux d’alors, en osant dépeindre soit par la fiction, soit par le traitement de faits réels, des erreurs judiciaires ou des procès ayant défrayé la chronique. On en retiendra peu. 12 Hommes en Colère, Philadelphia, Des Hommes d’Honneur. Une catégorie fermée, quasi hermétique, auquel Le Juge, dernière incursion en date du cinéma US dans les travers d’un palais de Justice, a tenté de s’y adjoindre mais s’entiche d’un résultat aussi laborieux que poussif (...) Ambitieux, le film l’était, osant conjuguer tous les boniments du film total, œuvre casse-gueule car devant faire cohabiter en son sein une pluralité d’intrigues capables de porter le film, une fois que le volet juridique se termine (...) Mais ici, force est de constater que la mièvrerie a remplacé l’ambition. Outre un classicisme étouffant, une galerie de seconds-rôles indigents si ce n’est inutile (mention spéciale à Billy Bob Thornton et à Vincent d’Onofrio, et un rythme aussi rapide qu’une délibération de cour administrative, le film déçoit par son absence notable de fraîcheur (...)