Et bien, je crois bien que j’ai tout compris à l’affaire des affaires (pour paraphraser Denis Robert, si Clearstream est la banque des banques, l’affaire Clearstream est l’affaire des affaires) et ce n’était pas gagné d’avance vu que je suis plus ou moins hermétique à ces histoires de flux bancaires, de rétro commissions et de blanchiment d’argent. D’habitude, ce sont des choses qui me dépassent et je n’ai jamais eu envie de faire l’effort de m’y intéresser. Mais comme j’entends dire partout que le film de Garenq était clair et intéressant, j’ai eu envie d’aller voir. Et bien c’est vrai : filmé comme un polar, avec du rythme, une narration claire et linéaire, « L’enquête » nous fait entrer assez facilement dans ce monde opaque. En fait, le prisme est celui du journaliste, têtu et opiniâtre, qui veut savoir, qui veut comprendre et l’on investigue avec lui, on progresse avec lui, on comprends avec lui. Toute la première heure du film, qui traite essentiellement du système Clearstream en lui-même, est assez simple à comprendre, bizarrement. En revanche, dés que l’affaire dans l’affaire apparait, celle du listing, il faut s’accrocher un peu plus pour bien comprendre qui manipule qui et dans quel but : empêcher Thomson de racheter EADS, si j’ai bien compris, ou prouver que Jean-Luc Lagardère n’a pas été victime d’un simple accident, ou empêcher Sarkozy de se présenter à la Présidentielle, ce listing apparait comme une aubaine pour bien trop de monde, la tentation était trop grande. Le film aborde de manière claire et appropriée l’affaire des Frégates, mais aussi la lutte contre le terrorisme et son financement, tout reste intelligible si on est un peu attentif et intéressé, et c’est presque un tour de force. Les a-côtés sont également montrés avec la mesure qui s’impose, la pression sur la famille de Denis Robert qui s’accentue, les problèmes d’argent qui lui coupent les ailes, son éditeur qui n’a plus les moyens de le soutenir. On se rend compte concrètement du prix exorbitant qu’à payé Denis Robert (qui fait une petite apparition !) à son métier de journaliste d’investigation. Si certains journalistes sont le honte de ce métier, lui en est certainement l’honneur. Le casting est tout à fait à son affaire, Gilles Lellouche en tête. Ca fait plaisir de voir cet acteur enfin récompensé par des rôles de ce calibre, lui qui a si souvent du s’effacer devant des premiers rôles qui lui volaient la vedette et éclipsaient ses prestations. Charles Berling est épatant en Van Rymbeke (mais j’ai l’impression d’écrire une évidence en écrivant cela), et tous les seconds rôles sont très justes. La réalisation est très propre, sans artifices particuliers, elle est entièrement au service d’un sujet complexe, elle ne fait pas de chichis. Evidemment, ce n’est pas un film très grand public, il ne faut pas se bercer d’illusion là-dessus, mais il a le mérite d’exister, d’avoir été financé et de pouvoir un jour passer en prime-time sur France Télévision, ce qui n’est pas rien ! On pourra toujours objecter que le film ne va pas assez loin, ne dénonce pas plus clairement untel ou untel. Mais il faut se souvenir que l’affaire Clearstream est une affaire jugée, que certains ont été condamnés, certains relaxés et que le scénario doit en tenir compte pour de simple raisons de prudence. C’est peut-être dommage, je ne sais pas, mais c’est ainsi…