« Y'a jamais eu de croisement sur ma route », nous dit Cheryl Strayed, dans ce film autobiographique tiré de son roman, "Wild - marcher pour se retrouver" (2012). Elle va donc parcourir 1700 km sur les chemins du Pacific Crest Trail… Se confronter à l’infiniment grand, pour être encore plus petite, et aussi, peut-être pour mieux renaître.
Comment être soi, comment faire pour vivre, trouver sa place. Ce qui est puissant avec « Wild » est que le classicisme de la narration est supplanté par l’empathique aventure plus que jamais humaine que va vivre Cheryl. Une métaphore totale de nos vicissitudes à chaque étape de son épique marche contre elle-même.
Avec toute cette solitude, on revisite ou découvre des coins de sa tête, qu’on avait enfouis ou qu’on ne soupçonnait pas… Il existe dans « Wild » une poésie sous forme d’ode à la nature, tout sauf factice, pas une carte postale, mais une émotion, une sensibilité. On est avec elle, on avance avec elle, on aime avec elle. Les décors somptueux et la musique enivrante apportent une évidente splendeur formelle. Rien que Simon and Garfunkel, Bruce Springsteen, Leonard Cohen, Portishead…
« Nous ne sommes jamais prêts pour ce que nous attendons » … Une devise existentielle parfaitement ancrée et adaptée à « Wild », et qui si vous faites résonner les mots, ressemble à une drôle de vérité, sur notre façon d’accueillir le monde. Reese Witherspoon est bluffante et bouffante dans son primitif dessein et cette utopie dépouillée de simplement tenter de vivre sa vie.
La lourdeur abyssale de son sac, son meilleur ami, mais son piège aussi. C’est l’allégorie parfaite du poids de son passé qui l’immobilise, dans son dos, mais qui paradoxalement lui permet de se comprendre, se connaître pour tenter d’avancer, de marcher inlassablement, en contournant les obstacles vers la résilience, et pourquoi pas même vers le bonheur…