Si en vous baladant dans les hautes herbes du Bourg Palette, ne vous attardez pas dans cette faune si particulière, hostile pour l'homme. Sac à dos à l'épaule, casquette vissée en arrière et mitaines au poignées, ne vous retournez pas, frayez vous un chemin. Tapi dans l'ombre, le hipster est un être à part: se nourrissant exclusivement de lait de soja, raffolant des pulls jacquard et ne jurant que par Proust... Mon pokédex s'affole. Le Hipster aime arborer un style unique et pourtant tellement conforme, répondant au principe de la ringardise élevée à l'état de grâce où le bon goût résulte d'un coït entre un flegme antipathique tête à baffe et une culture facile digne d'un étudiant aux beaux arts. N’ayez craintes, en vous approchant de ce spécimen, ne lui balancé pas une masterball dans les couilles, que diable! Demandez lui quel serait son film préféré. Il y a de grandes chances qu'il vous réponde: "Alabama Monroe".
La terre tremble sous mes pieds, les buissons bougent dans tous les sens, les feuilles volent en rafale autours de moi. Ce que je crois être une activité masturbatoire de mon nouvel ami sur du dupsteb indé où phallus et vinyle ne font plus qu'un se révèle être tout autre... D'un agacement surgi "THE BROKEN CIRCLE BREAKDOWN", le titre original de l'oeuvre sus-nommée. En effet, il est important de prendre en considération le titre qui fut à la base de ce film mais je dois avouer que "Alabama Monroe" en plus de bien sonner pour la plèbe reste parfaitement justifié avec son histoire. Ce n'est pas une énième traduction débile, c'est déjà ça. Ça reste cohérent avec l'histoire et la certaine morale du film quand on l'a vu.
Alors qu'en est-il de ce film belge à la réputation de haute tenue? Plébiscité par les spectateurs, reconnu comme un très bon film par la critique, le long métrage a de quoi susciter l'intérêt et me faire saliver moi qui ne connaît rien de celui-ci, ne connaissant aucune ligne de l'histoire, puceau que je suis. Réalisé par Felix Van Groeningen, j'avais vu de lui le sympathique "La Merditude des choses" il y a quelques années dont j'avoue ne plus avoir de souvenirs si ce n'est un bon petit film aux allures d'humour grolandais à base de caravanes, de moustaches et de Jupiler. C'était vraiment sympa.
Bon ici on délaisse totalement le côté comique, on est vraiment dans un film premier degré, pas forcément dans le sens péjoratif non plus mais qui s'éloigne de l'humour et du ton décalé de ce dernier en s'attachant au genre du mélodrame. Ce qui intéresse le cinéaste c'est l'humain, la fragilité de ses personnages qui éclabousse l'écran. L'histoire est triste, on y parle de la mort d'un enfant qui pour moi est l'un des thèmes les plus horribles à traiter. Comment amener ça? Comment éviter de tomber dans une sortes de voyeurisme malsain qui pousse à l'émotion facile? Groeningen arrive à basculer tout ça, le film est solaire à certains moments et c'est ce qui me plaît, il s'accorde à faire passer des détails pour m'émouvoir, que ce soit par un dialogue entre un père et sa fille mourante à propos d'un pigeon décédé, cette scène est juste dans son dialogue, son jeu et surtout ce qu'elle sous-entend.
On a cette femme Elise, qui rencontre Didier, un chanteur de Bluegrass Country qui vénère l'Amérique et qui finira par détester cette nation suite à certains événements. Je trouve ça génial cette idée qu'une femme tatoue le nom de ses exs pour les recouvrir une fois la relation fini et consumée. Ça apporte du poids à son personnage, non seulement c'est beau à l'écran ce corps sensuel recouvert de dessins, de marques qui ont eu un sens, une histoire pour au final être remplacées. J'aime cette idée que tout est éphémère et s'amène à disparaître et pourtant on continue d'avancer, ça reste là mais on garde cette idée qu'il faut lutter pour vivre avant tout, que ça ne sert à rien de s'apitoyer.
Malgré son sujet et des séquences en deuxième partie qui sombrent dans un spleen maintes et maintes fois revu dans des tas d'autres films, bon vu le sujet fallait s'y attendre, j'apprécie beaucoup l'ensemble et notamment le premiers tiers. Je ne connaissais pas cette musique, le Bluegrass Country et putain ce que ça passe bien, j'ai pris mon pied lors de toutes les scènes de chants. Cette folie qui émane de ses personnages perdus, heureux, tourmentés, ils chantent leurs sentiments de manière à exorciser ce que la vie leur fait subir. J'ai ressentis vraiment de la joie dans ses chants et ça apporte un certain cachet au film, les gens vont pour la plupart retenir la bande original: des balades country pleines de punch et qui nous laisse dans un tourbillon d'émotions.
Bon après j'ai un peu du mal avec la construction narrative de ce film. On oscille entre plusieurs époques, ça m'a grandement rappelé "Blue Valentine" de Derek Cianfrance qui surfait sur le même principe de montage parallèle. Ce qui en fait un film moins linéaire d'accord mais bon alterner entre l'époque où tout va pour le mieux, puis passer à une scène de "dépression de couple qui rase les mur en faisant la gueule" au bout d'un moment c'est un peu plat et ça me laisse indifférent. On a comprit que la vie n'est plus la même, pas besoin de tout alourdir dans le récit. Le film évite d'être didactique quand même, grâce aux séquences musicales et apporte des réflexions intéressantes quand à la puissance des instances religieuses, des aboutissements de la science et ses progrès qui peinent à aboutir face à ça et les décisions politiques. Cette place qu'à l'espoir par rapport à ce problème. Comment se battre et accepter cette injustice? Comment accepter l'echec?
On a affaire à un film qui brase des thèmes chargés en mélancolie, la souffrance du à la perte d'un être cher, le rapport à cette tragédie, et c'est bien pensé la plupart du temps et cette fin qui au delà de tout le pathos détourne tout ça à travers la musique, cette passion commune, ce grand feu qui les rapproche. Quand j'y repense c'est vraiment bouleversant et le film laissera sûrement une grande empreinte dans mon cœur de pleurnicheur.