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Un visiteur
5,0
Publiée le 7 octobre 2012
Un film extraordinaires. Honnêtement je suis vraiment surprise de la qualité de Shock Corridor. Les acteurs et leur prestation, l'utilisation de séquences en couleur pour illustrer leurs cauchemars. Pour un film de 1963, il est vraiment actuel dans ses propos, il pourrait tout aussi bien avoir été réalisé la semaine dernière (quoi que, la qualité en aurait surement été moindre).
Dans les grands films où l’action se situe dans un asile psychiatrique, Vol au-dessus d’un nid de coucou est le titre qui on ne peut plus naturellement. C’est d’ailleurs le succès de la pièce initiale que Samuel Fuller sera décidé à adapter un vieux projet qui deviendra Shock Corridor, que l’on ne peut finalement pas vraiment comparer au film de Milos Forman tant le ton y est différent. Néanmoins, sur une toute autre échelle, le long-métrage de Samuel Fuller parvient tout autant à marquer. Plus qu’un banal film sur la folie, Shock Corridor est une véritable expérience, appelée à retourner le spectateur. C’est aussi un labyrinthe tortueux qui n’est ni plus ni moins que l’image des tréfonds de l’âme. Il y a tout d’abord cette collaboration avec un des plus grands chefs-opérateur du cinéma. Stanley Cortez, spécialement connu pour son travail sur La Nuit du chasseur, dont l’obscurité brillait alors de mille éclats. C’est ces mêmes éclairages qui confèrent à Shock Corridor son ambiance emplie de psychose. Cet univers cauchemardesque où les péripéties se produisent machinalement, de façon à empêcher la progression du protagoniste. Par ailleurs, le long-métrage tout entier est d’une esthétique superbe, où les plans en arrivent parfois à côtoyer le cinéma expérimental. Grâce à l’incroyable – et méconnu – Peter Breck, le film atteint des sommets de démence rarement vus au cinéma. Cela se voit on ne peut mieux, le but de Samuel Fuller n’était pas de filmer la meilleure histoire de tous les temps. Au contraire, le scénario est ici passé au second plan, pour privilégier l’exercice de style censé représenter à lui seul toute la folie qui peut s’accaparer l’esprit d’un être humain, initialement normal. Néanmoins, le réalisateur ne se limite pas à une simple expérimentation et va plus loin en appuyant là où ça fait mal. Sur la jaquette du DVD, on peut lire un commentaire de Scorsese disant que dans l’Amérique de Fuller, tout le monde était devenu fou. Effectivement, il ne faut pas longtemps pour voir dans son long-métrage une certaine dimension critique qui le fera d’ailleurs interdire dans le sud des Etats-Unis. En effet, à travers une galerie de personnages devenus des paradoxes ambulants – un rescapé du Vietnam qui se croit devenu général, un noir diablement raciste envers les autres noirs ainsi qu’un brillant scientifique réduit à vivre avec l’esprit d’un enfant de 5 ans –, Samuel Fuller entend parler respectivement de cette guerre du Vietnam, du Ku-Klux-Klan et de la bombe nucléaire. Autrement dit, trois zones sensibles qui reflètent merveilleusement bien la folie de notre monde. Il y a donc ce journaliste à l’ambition débordante, tenté de gagner le prix Pulitzer en trouvant l’assassin qui serait parvenu à semer la police. À travers ce protagoniste prêt à tout pour avoir ce qu’il veut – y compris se mettre à dos sa femme –, Fuller semble vouloir dire que nulle âme n’est incorruptible. De plus, la citation qui ouvre et clôture le film (non sans causer quelques frissons lorsque l’on comprend enfin son sens) « Celui que Dieu veut détruire, il te rend d’abord fou » semble elle aussi vouloir rendre des comptes à l’espèce humaine. Est-ce le surplus d’audace qui fut la source de ce final bluffant ? De toute manière, là n’est pas la seule question que l’on peut se poser après avoir vu cet étrange objet qu’est Shock Corridor. Cette merveille follement réussie et immensément osée. Après tout, ceux qui critiquent la société via l’exploration de la folie ne courent pas les rues et c’est très certainement pour cette raison que Shock Corridor peut avoir un tel impact sur le spectateur. Shock Corridor est une œuvre que l’on se doit de ne pas mettre entre toutes les mains, tant le sujet qu’elle aborde et les façons dont il est abordé s’avèrent éprouvantes. Séance de psychologie sans précédent qui se clôt par un immense frisson, suivi plus tard par un nombre incalculable de questions.
J'ai longtemps hésité à attribuer 4 étoiles à «Shock Corridor». La raison : certains passages sont loin d'êtres transcendants. Mais étant donné le génie d'autres, il me semble qu'en moyenne et au final «Shock Corridor» est bien un chef-d'oeuvre, de série B américaine comme du cinéma tout court. D'ailleurs l'aspect même du film est le parfait reflet de la vie de Fuller : «Shock Corridor» s'inscrit dans les codes du cinéma de genre hollywoodien, mais peu à peu s'en éloigne pour aboutir à une liberté de ton et une originalité insolentes. Il en fut de même pour la carrière de Samuel Fuller, qui sut garder son indépendance au sein du système hollywoodien, disposant même de davantage de marge de manoeuvre que bien des cinéastes de « série A ». Le résultat est donc fascinant, «Shock Corridor» est un film prenant (Fuller maîtrisait à la perfection le storytelling et savait comment toucher son public), puissant, mais aussi particulièrement fouillé et recherché, aussi bien sur le fond que sur la forme. Le plus extraordinaire est qu'il a été tourné dans l'urgence, en 10 jours seulement! Bref, derrière son apparence (relativement) conventionnelle se cache une véritable personnalité, celle de Sam Fuller, auteur et réalisateur vénéré par la Nouvelle Vague ou Martin Scorsese (entre autres). Surtout qu'il était en l'occurence bien entouré : le célèbre chef-opérateur Stanley Cortez («La Nuit du Chasseur», «La Splendeur des Amberson»,...) et sa sublime photograpie expressionniste ainsi que l'acteur méconnu Peter Breck étant les 2 autres pôles d'attraction majeurs du long métrage. La collaboration du trio Fuller/Cortez/Breck fut donc bien plus que fructueuse, et il va sans dire que leur apport fut essentiel quand à la pertinence et la qualité du film. Comme on peut aussi signaler la force impressionnante du montage, amenant conjointement avec la mise en scène et dans un long crescendo le récit dans un suspense et une intensité des plus remarquables. Bien plus qu'un film « culte »! [3/4] http://artetpoiesis.blogspot.fr/
Film plus difficile d'accès qu'on pourrait le penser, "Shock Corridor" débute avec une trame de polar : un journaliste infiltre une clinique psychiatrique pour en savoir plus sur un crime qui s'y est déroulé. Mais on ne se fait pas passer pour fou impunément. "Shock Corridor" relève de fait du thriller psychologique, ainsi que du drame. Il est facile, mais obligatoire, de comparer ce film au "Vol au-dessus d'un nid de coucou" : Fuller a pu réaliser son film après le succès de la pièce de théâtre qui allait donner lieu au long-métrage de Forman. On laissera aux spécialistes le soin de disserter sur la crédibilité de la représentation des maladies mentales dans les deux films, mais il est inutile de préciser que "Shock Corridor" est bien plus sombre, pessimiste, voire même un peu terrifiant. Auteur et réalisateur du film, Fuller partait avec un scénario déjà très dérangeant. Porté à l'écran, le manque de moyens est assez flagrant : les décors sont peu nombreux et très épurés et les acteurs sont de relatifs anonymes (mais néanmoins exceptionnels). Si les plans de Fuller sont déjà très esthétiques, c'est indéniablement le montage qu'il faut saluer : il donne vie au film, traduit la folie qui gagne son personnage principal. Un film violent, physiquement et psychologiquement, qui ne peut pas laisser indifférent.
Il est rare de voir un tel sujet au cinéma et il est tout aussi rare pour un cinéaste de ne jamais en dévier. C'est extraordinaire comme Fuller ne lâche rien, toutes les images concourent au sens du récit avec un coté réaliste allant jusqu'à la douleur. Aucune digression et encore moins aucune fantaisie, même les images du cabaret restent froides pour ne pas dire glaçantes. C'est la tétanisation permanente qui retient l'émotion et qui ne se libère brusquement qu'avec les larmes et les cheveux dénoués de cette femme magnifique qu'est Constance Towers; innocente victime de la folie des grandeurs médiatiques de son compagnon. Fuller est un cinéaste de la démesure avec un style particulier se rapprochant du baroque italien du 16Ième siècle à l'exception des surcharges décoratives ,faute de moyens sans doute. Un sacré film à méditer, beaucoup plus proche de nous qu'il n'y paraît. Les chemins de la vie ne sont souvent que des hasards dus aux circonstances.
Un grand film dans la ligne du film de forman "vol au dessus dun nid de coucou" mais plus violent et avec moins d'émotion! Un film coup de poing, sans concession sur les USA de l'époque... Je suis pas très connaisseur de fuller, mais ça donne envi de connaitre plus...
Le véritable point fort de ce film réside très certainement dans l'incroyable ambiance de folie qui étreint le spectateur du début a la fin et cela est du a l'extreme qualité de l’interprétation proposé par des comédiens qui n'ont curieusement pas réalisé de grandes carrières.Fuller utilise avec intelligence ce quasi unique décor constitué par ce long couloir appelé la "rue" et dans laquelle déambule les malades ,le scénario apparait quelque peu brouillon et l'on a beaucoup de mal a comprendre pourquoi le meurtre d'un patient de l'asile peut revêtir autant d'importance au point de valoir le prix pulitzer au journaliste qui découvrira le coupable.Par contre ,au travers du portrait des 3 temoins de ce meurtre ,le cinéaste aborde de façon remarquable des thèmes aussi tabou (en 1963) que la guerre du Vietnam ,le racisme ou encore les dangers du nucléaire.Dans le genre "film psychiatrique" cela reste moins accessible que le célèbre Vol au Dessus..mais a voir pour son réalisme radical
Un journaliste se fait interner afin d' enquêter sur les méthodes de choc des hôpitaux. Samuel Fuller dénonce les institutions psychiatriques de son pays dans ce classique méconnu tourné en noir et blanc avec des inserts de scènes en couleur, réalisé plusieurs années avant Vol au-dessus d'un nid de coucous. Comme déclarait Scorcese, fan du film: à l'époque, c'est toute l'Amérique qui était aliénée, et le film en fait la démonstration.
Le chef d'oeuvre ultime de samuel fuller .L un des plus grand film de tout les temps.Fuller ce sert d un scenario deja incroyable pour bien plus etendre son sujet .Le film fait l effet d une bombe ,d'une dureté incroyable et en meme temps d une magnifique bauté .
Film noir plein de folie et de fureur. Beaucoup moins "bien-pensant" que 'Vol au dessus d'un nid de coucous', cette exploration de l'univers du confinement psychiatrique cristallise par des allégories étonnantes et audacieuses la mauvaise conscience des États-Unis (et par extension de la nature humaine): puritanisme, ségrégation racial, corruption... Au bout du compte le héros, un journaliste d'investigation plutôt cynique deviendra lui même aliéné. Un film tellement riche de sens qu'il gagne à être revu. Grand admirateur de Fuller, Scorcese a dû puiser dans la noirceur de ce grand film halluciné une bonne partie de son inspiration pour réalisé le vénéneux 'Shutter Island'. En revanche, par rapport au film de Milos Forman, Shock Corridor perd un peu en émotion ce qu'il gagne en images percutantes, mais c'est justement la marque de fabrique de Fuller et ce qui manque souvent aux films actuellement.
tout ça pour ça! Fuller dresse un portrait cruelle et cynique d'un système alors naissant le confrontant avec la morale américaine! Un éléctrochoc a coup de scénario coup de poing et d'intérprétations en béton!!!
Le cinéma postérieur a fait plus subtil et plus profond dans le vertige de la confusion mentale (certains films de David Lynch par exemple) et d’ailleurs Fuller ne pouvait guère aller plus loin qu’il ne l’a fait dans ce sens avec ses moyens de série B. Il y a tout de même un jeu avec le paradoxe du comédien, le second degré de l’interprétation de personnages pris eux même dans une autre personnalité assez troublant. La folie est surtout un instrument de charge, de satire politique de la société américaine manié avec une audace et une force qui impressionnent toujours. Son histoire prolonge les Docteur Caligari, ou les Mabuse de Fritz Lang, où l’asile d’aliénés servait de métaphore d’une société allemande déréglée. Samuel Fuller a toute l’efficacité brutale, percutante, qu’on prête au style américain avec en plus de l’anticonformisme et le sens de l’expérimentation.
Un des films les plus connus de Samuel Fuller... Mais à mon sens, loin d'être son meilleur. la faute à cette valse hésitation qui domine le scénario, qui tour à tout verse dans l'intrigue policière puis aussitôt après dans la démence psychologique. Au final, ce procédé finit par faire perdre l'intérêt et la puissance du propos. La perte d'identité finale vient rendre l'histoire invraisemblable. La folie puise ses racines avant tout dans l'enfance...
Idée géniale mais pas forcément la mieux exploitée, un journaliste se fait passer pour fou afin de découvrir un mystérieux meurtrier ayant sévit dans un asile psychiatrique. Nous sommes encore à l'époque où les USA croyaient aux bienfaits de la lobotomie (la boucherie en guise de chirurgie) et c'est dans ce contexte que l'enquête avance bon gré mal gré aux milieux de personnages très caricaturaux (fous se prenant pour un général, un autre pour un enfant...). La réalisation et la photographie noir & blanc sont en revanche fort plaisantes et évitent de donner un aspect trop vieux films de seconde zone. Une écriture moins conventionnelle et moins caricaturale dans les personnages aurait pu donner naissance à un film culte, nous n'avons qu'une bonne idée bien filmée au final.
Je ne risque pas de trop m'avancer en qualifiant ce long métrage de film expressionniste pur et dur ! Tous les ingrédients y sont : photographie en noir et blanc ultra contrastée, jeux de lumières, jeux d'ombres (photo signée d'ailleurs par un fameux chef opérateur de Welles, Laughton et Lang : Stanley Cortez) et surtout un cadre qui colle en tous points à ce courant qui débuta en Allemagne dans les années '20 : la folie ! Enfin, la particularité de ces films, et non des moindres, c'est de critiquer, soit avec finesse, soit de manière cinglante, la société contemporaine de l'auteur. Et si il y a une chose que Fuller ne lésine pas : c'est bien de cette manière à raconter très abruptement, grâce à une série de portraits de "gens devenus fous", les reflets malheureux d'une société qui court à sa perte : résidus du maccartysme pendant la guerre froide, ségrégation raciale, guerre, bombe atomique et pour finir, traitement dans les hôpitaux psychiatriques. En ce qui concerne ce dernier point, l'internement en asile de fou, le sujet est également très fort chez les cinéastes de l'époque. Je veux parler par exemple (car ils sont nombreux) de l'excellent et difficile "Titicut Folies" de Frederick Wiseman, sorti quatre années plus tard et bien entendu de l'un des chefs d'œuvres de Forman : "One Flew Over the Cuckoo's Nest", sorti quant à lui en 1975. Au final, la trame narrative (meurtre dans un hôpital psychiatrique) ne sert presque que de prétexte à une fronde farouche de la société. Il faut bien saisir la nuance : les personnages rencontrés dans le film n'ont pas tous été fous depuis toujours, mais le sont devenus à cause de l'intolerabilité de leurs passés. Les événements qu'ils ont vécus ont été suffisamment puissants et odieux pour que la folie puisse être la seule "issue" possible à leurs malheurs. Les séquences oniriques en couleur pointent merveilleusement bien ce traumatisme en témoignant une certaine forme de lucidité latente, cachée au plus profond du subconscient. Si le message est très fort, on pourrait toutefois reprocher à Samuel Fuller de ne pas avoir été plus subtil dans son récit. A défaut de l'être, le film en devient alors beaucoup plus pédagogique et nettement plus accessible, ce qui n'est au final, pas plus un mal que ça.