C’est l’histoire d’un film qui dès le titre, a tout faux : la vraie beauté américaine, c’est un plan Bayhem avec The Rock en débardeur qui balance un hélicoptère sur un méchant avec du Rap US couvrant à peine le bruit des explosions.
Ici, dans une banlieue américaine, derrière les façades lisses de maisons parfaites aux pelouses impeccables, seuls explosent des vies et un mariage.
- Cette critique contient des spoilers -
[Critique 2016 : J'ai eu la chance de voir American Beauty suffisamment jeune et de le recevoir avec la virginité (cinématographique) qu'il réclame ce qui m'a permis de profiter pleinement de ce chef d'oeuvre. Rarement je ne me serai autant identifié au héro et à ses réflexions cyniques sur sa vie et sa banalité, sur l'esclavage qu'est le processus de socialisation et notre besoin viscéral, inhérent, de fuir l'ordinaire en exprimant nos pulsions refoulées.]
Je suis toujours en phase avec ma critique de 2016 mais en fait, on peut découvrir et apprécier American Beauty à tout âge. Il est vraiment aussi bon que ça. J'en ai d'ailleurs gardé un souvenir étonnamment précis et il me parle toujours aussi directement.
American Beauty se concentre sur la laideur pas la beauté, sur ces familles en apparence normale mais rongées de l'intérieur par l’hypocrisie, la frustration et les illusions perdues. Même si je ne partage pas ses habitudes matinales sous la douche, je me suis toujours senti proche de Lester : sa lassitude devant l'hypocrisie, son refus de la quête de performance, du consumérisme. Par contre j'arrive bientôt à son âge et jamais sa crise de la quarantaine (voiture de sport, rebellion, muscu, weed) ne m'a paru aussi puéril et pitoyable.
Je ne me souvenais pas à quel point le personnage de Carolyn était par contre aussi manichéen. Derrière son sourire figé et ses manies de contrôle, elle incarne la vacuité de l’obsession de réussite sociale. Elle pleure seule dans sa voiture, hurle à la réussite, se baffe mais ne sait pas aimer, ni son mari ni sa fille. Le système capitaliste a promu en elle un système de valeurs que j’exècre tout particulièrement : l'importance de l'image, de la réussite ("Your personal sales record"), l'obéissance aux codes sociaux. Le contrôle, partout, tout le temps. Un être déshumanisé à la vie étriquée.
Ce qui m'a frappé à ce visionnage c'est à quel point, en 2025, le regard d'American Beauty est toujours aussi aigue, voir davantage. Le règne du paraître s'est massifié à coup de Tiktok et de réseaux sociaux qui promeuvent également consumérisme et culte de la performance. On a jamais vendu autant d'ouvrages de développement personnels. La scène du sac plastique est cringe mais sa longueur, son dénuement est un appel à ralentir, contempler, ressentir dans un monde saturé de contenus. Cette idée n’a jamais été aussi radicale.
Enfin, surtout, le confort matériel des pays industrialisé est inégalé dans l'histoire de l'humanité et pourtant, le niveau de bonheur baisse depuis 10ans.
Aussi, j'aime bien voir la jouissance de chanter seul dans sa voiture