Le corps d'un soldat inconnu, explosé sur le champ de bataille par un obus, est rapatrié à l'hôpital. Le chirurgien principal ne décide de maintenir le soldat en vie et de surveiller personnellement sa cicatrisation que dans un but de curiosité scientifique : il s'est en effet convaincu que les dommages subis au cerveau suffisent tout juste à maintenir les fonctions vitales du soldat et excluent la conscience. Seulement, le film fait soudain resurgir aux yeux du spectateur les souvenirs vivides cet homme inerte sur son lit de mort, sur son lit de vie. Il sera difficile de ne pas s'attacher à cette pauvre créature.
Au travers des souvenirs marquants d'une courte vie presque toute enfance et adolescence, ce sont l'amour romantique autant que filial, la culpabilité, la joie, le déchirement et la délicatesse qui sont brossés presque d'un trait, d'un seul trait, juste et direct. Au travers des divagations, des rêves sous sédatifs, ce sont la philosophie et la spiritualité qui colorent toutes ces expériences.
Si ce film se trame autour d'un fervent antimilitarisme et met en exergue, comme beaucoup d'autres films avant et après lui, l'absurdité de la guerre, il dépasse de très loin cette seule thématique. Johnny got his Gun est une œuvre universelle dont l'absolu interroge de nombreux sujets depuis sa réalisation, et qui continuera d'en interroger de nouveaux à mesure que ceux qui la visionneront le feront depuis une nouvelle époque : le soin médical, l'acharnement thérapeutique, le devoir patriotique, l'humilité, la compassion, l'ontologie, l'être, ... La réalisation juste a su donner à chaque scène son rythme ou sa lenteur, sa vérité ou son onirisme, ses pulsions de vie ou ses pulsions de mort, l'isolement ou la tendresse de la situation.