« Jimmy’s hall » est un film réussi, parce qu’il n’est pas seulement un film militant. Oui, bien-sur, le scénario ne laisse pas beaucoup d’ambigüité sur qui sont les gentils travailleurs et qui sont les méchants exploiteurs, certains personnages sont dénués de nuance et certaines scènes prêtent presque à sourire tellement le trait est grossi et voyant. Mais dans « Jimmy’s hall », il est moins question de lutte des classes que de la lutte entre l’austérité catholique et l’insouciance de l’art, que de la lutte entre l’ignorance et la culture. Vu en VOST (et l’accent de l’Irlande profonde, c’est quelque chose !), ce film a au final beaucoup de qualités, belle mise en scène, casting soigné (avec un Barry Ward tout à fait à son affaire, dans le genre révolutionnaire écorché vif et charmeur, on y résiste difficilement !), des personnages caricaturaux mais d’autres étonnamment nuancés (le jeune prêtre par exemple), filmé dans des paysages sauvages parfaitement mis en valeur. L’ambiance des années folles dans cette Irlande rurale fait l’effet d’un choc improbable de deux mondes ! La musique est omniprésente, forcément. Même si la musique de cette époque n’est pas tellement ma « cup of tea », je reconnais qu’elle est entrainante (mélange de folklore irlandais et de jazz américain) et donne une belle couleur au film. Ce film qui a le bon gout de quelques notes d’humour, discrètes mais qui font mouche. Le scénario, comme je l’ai dit, est un peu manichéen, en même temps on est chez Ken Loach, c’est de bonne guerre ! Le film dure presque deux heures et je n’ai pas vu passer le temps, malgré quelques longueurs indéniables et quelques scènes trop longues et à la limite superflues. Plus on avance dans le film et plus les enjeux politiques et historiques deviennent ardus à comprendre quand on ne connaît pas très bien l’histoire de l’Irlande au XXème siècle. C’est le principal reproche que je ferais au film de Ken Loach, à part les irlandais, je ne suis pas certaine que tout le monde aura les clefs pour comprendre toutes les subtilités du film. Les quelques explications données au début ne peuvent suffire à appréhender clairement le rôle de tous et comment tout s’imbrique : quel est le poids de l’Eglise catholique dans l’indépendance irlandaise et la guerre civile qui l’accompagna, et quelles sont ses relations avec l’IRA dont le nom est prononcé 10 fois sans qu’on comprenne clairement leur(s ?) position(s ?) ? Le poids du marxisme naissant dans une Irlande ultra catholique à la paix civile si fragile est finalement au centre du propos, mais c’est tellement compliqué que je suis sûre d’avoir raté quelque chose, sans que je sache vraiment quoi et dans quelle proportion. Je sais bien qu’il n’est pas facile de présenter clairement une situation complexe, mais du coup, on garde de ce film, en plus du plaisir qu’on a eu à le visionner, l’impression de ne pas avoir tout parfaitement compris et tout intégré. Mais bon… On ne va pas se plaindre de pouvoir voir, en salle, des films exigeants qui poussent à la connaissance et à la réflexion, ils ne sont pas si nombreux, surtout l’été !