Ken Loach adore l’authenticité, aussi bien que l’histoire si particulière des îles britanniques et irlandaises. A sa patrie et à ses alentours, le cinéaste britannique aura consacré presque toute sa prolifique carrière. Il revient, pour ce qui est annoncé comme son dernier long-métrage, en terre d’Irlande, période de la grande Dépression, pour narrer le combat du communautarisme face au lobby des propriétaires terriens et des religieux catholiques. L’homme derrière cette mouvance se nomme Jimmy Gralton, figure de proue d’un mouvement qui assumera jusqu’au bout son ouverture vers une nouvelle nation. Confronté à l’église, à diverses fractions politiques ainsi qu’aux riches propriétaires du comté de Leitrim, la communauté doit se battre sans pour autant se résoudre aux bassesses de leurs adversaires. Un combat social et historiquement vérifiable qui passionne vraisemblablement le cinéaste, qui retrouve l’Irlande bouleversée, telle que décrite dans Le Vent se lève, film primé à Cannes.
Les pâturages luxuriants, les tanières paysannes et le prolétariat irlandais du début du siècle passé sont le terreau d’une nouvelle et brillante critique sociale de la part d’un metteur en scène qui aura somme toute alterné excellence et œuvres moyennes. Son Jimmy’s Hall, à l’identité authentique très prononcée n’est pas une œuvre majeure, à mon sens, dans la carrière de Loach, nettement plus inspiré, notamment, sur son récent La part des anges. Ici, le cinéaste semble se complaire au travers d’un fait social relativement mineur en égard à la complexité de la situation irlandaise au 20ème siècle et ne fait qu’un effort minime pour démarque ce long-métrage de l’ensemble de ses réalisations passées. En somme, si l’on reconnaît la pâte du metteur en scène, sans le moindre doute, dans la mise en scène et les propos développés dans Jimmy’s Hall, il apparait que le film n’est qu’un ersatz de tout ce que le bonhomme a pu faire durant sa carrière.
En dépit de son engagement social très prononcé, Ken Loach ne parvient que très peu souvent à nous impliquer dans son débat. Seules quelques scènes bavardes et astucieusement écrites viennent égayer notre visionnage, à l’exception peut-être, pour certains, de séquences musicales très vivantes et authentiques qui privilégient, logiquement, le folk irlandais et la musique Jazz américaine des années 30. En somme, Ken Loach signe ici un film à forte connotation politique, ne s’orientant que vers l’un des camps, celui qu’il considère ouvertement comme le bon, en obturant son regard sur les rivaux, souvent considérés comme d’illustres et sombres abrutis. A l’exception du père nommé Sheridan, farouche détracteur du mouvement communautaire de Gralton mais adversaire respectueux et intelligent, les opposants ne sont qu’une esquisse d’injustice, une pâle image de fond qui aurait mérité un traitement plus approfondi.
Chez Loach, on est bon ou on est mauvais. Il ne semble pas concevable, au vu de Jimmy’s Hall que l’un des partisans d’un quelconque camp puisse avoir été pragmatique et ouvert d’esprit. Le cinéaste aime tellement dénoncer les injustices qu’il omet parfois, comme ici, d’en montrer l’envers du décor. Pour autant, Jimmy’s Hall est un film positivement engagé et qui nous rappelle, en surplus, qu’en 1930, les îles britanniques n’étaient pas encore complètement sorties du moyen-âge. Quant aux images de Jimmy’s Hall, est sont fantastiques, qu’ils s’agissent des paysages verdoyants, de la qualité des costumes ou des décors intérieurs édifiants. Par ailleurs, si le casting de comprend pas de tête reconnue à l’international, soulignons que tous s’en tirent avec les honneurs, notamment dans le premier rôle, un Barry Ward que je brûle de mieux connaître. 12/20