Ça y est, des français ont offert au cinéma mondial un grand film de flics et de voyous. On est loin de la transposition sur notre territoire mental des réalités et des fantasmes américains. Dans French connexion, le juge, les flics, les politiques, les voyous, les politiques-voyous passent directement de la réalité à la légende, sans jamais rester dans l'ombre des grands modèles du genre. Et les acteurs sont largement à la hauteur de l'entreprise : Gilles Lellouche crève l'écran, Benoît Magimel glace le sang, Jean Dujardin enchante, et les rôles plus secondaires sont parfaitement tenus. Tous les personnages sont absolument à leur place à l'intérieur d'un scénario bien monté qui leur permet de gagner en complexité et en profondeur à mesure que le film avance. De plus, le scénario est construit autour d'une vraie question problématique, qu'il ne perd jamais de vue, et qui permet à son "héros" de devenir l'homme providentiel : la monomanie du joueur qui pour tout gagner est prêt à jouer sa vie, et indirectement, l'existence de ses proches, est-elle moralement condamnable lorsqu'elle est mise au service d'une cause noble et supérieure ?
J'ai un peu traîné des pieds pour aller voir ce polar, m'attendant à un opus du niveau des Lyonnais, que j'avais trouvé peu abouti et parfois très cliché. Tous mes a priori sont tombés hier soir. La French dépasse, de la tête et des épaules, 36 Quai des Orfèvres ou le biopic Mesrine, et s'élève sans complexe au niveau du Parrain. Il ne révolutionne peut-être pas le genre, comme son illustre aîné, mais il le renouvelle de façon plus que réjouissante.
Enfin, le rire (ou du moins le sourire) n'est pas absent de ce film tendu, et l'allège de l'excès de gravité qui caractérise souvent les polars se déroulant en terres mafieuses.
Paco, des Gastéropodes Associés.