Commencerait-on à voir l’influence de l’énorme FURY ROAD sur le cinéma d’action ?
« Rassurez vous », LE TRANSPORTEUR : HÉRITAGE n’égale en rien le film de George Miller. Par contre, à l’instar de No Escape sorti une semaine avant, il emprunte un élément qui ne faisait pas forcément partie du cahier des charges de l’actionner lambda, sequel ou saisonnal;
Le film des Dowdle, lui, adoptait de Mad Max ce rythme non-stop… Explosant au passage la règle proposant au spectateur des temps de respiration. Mais sans la riche narration par l’univers de George Miller, No Escape demeurait un simple objet éreintant, un geste de violence pure, presque gratuit.
Dans le cas du TRANSPORTEUR : HÉRITAGE, l’emprunt est bien plus surprenant, quoique relativement logique… Avant d’aborder Fury Road, reconnaissons d’abord à Luc Besson, son talent dans l’écriture de rôles de femmes fortes et sensibles, quoique singeant le male alpha héros habituel de ce genre de productions.
Ici, c’est autre chose: LES femmes – elles sont nombreuses et présentes dans les deux clans – conduisent le film de A à Z. Elles sont pourtant certes sexy, mais également féminines, intelligentes, manipulatrices, cruelles, délicates, skillées, et même relativement étoffées de par leur background… Bref. Des personnages étonnement moins caractérisés qu’à l’accoutumée. Elles relèguent même le grognant transporteur à un vulgaire sous-fifre – exactement comme Max dans Fury Road (d'ailleurs Max est également un sous-fifre dans Le Défi ou le Dôme du Tonnerre).
À ceci près, que Camille Delamarre à l’inverse de George Miller, ne parvient pas à retranscrire la présence scénaristique des femmes à l’image, se contentant de les rendre sexy et charismatiques là ou il aurait pu en faire des symboles.
Luc Besson, ironiquement, aurait peut-être réussi de ce coté, comme Nikita, Mathilda, Lee-Loo, ou Lucy en leur temps. Mais le cinéaste n’aurait peut-être pas réussi l’épreuve du « bon film d’action qui ne se la raconte pas et en met plein la gueule ».
Car après tout, ce qu’on cherche das un TRANSPORTEUR, ça reste quand même de la course-poursuite et des bastons...
Et à ce niveau, sans faire un chef d’oeuvre, la réussite de Camille Delamarre est de proposer l’un des films EuropaCorp film les plus sympathiques depuis Taken !
Pour re-comparer à No Escape, c’est pas vraiment une question de mise en scène mais plutôt de dosage. Ici, entre rythme, action, glamour, effets signatures de chez EuropaC, facilités, incohérences et clichés... Voitures de polices détruites par dizaines, chorégraphies bourne-esques, scénario prévisible mais tenu, effets soooo 70’s lors des courses poursuites (zooms rapides sur visages & vues aériennes notamment), petits effets maîtrisés et bien placés (caméra tournant à toute vitesse autour de l’action, courts mais judicieux ralentis), gunfights en environnements étroits, punchlines à la con… Bref.
L’action est là, et l’action est fun et sans prise de tête – sans éclat non plus.
Le petit plus: deux bastons à la Jackie Chan (voir site)
Le petit moins: le placement produit un peu abusé pour Audi et Evian.
Quant à Ed Skrein… Il réussit par un faux charisme à composer une relativement bonne parodie de son prédécesseur. C’est clairement pas le Statham, mais il récite bien ses punchlines et tabasse avec style et second degré. Un honnête remplaçant.
Au final, LE TRANSPORTEUR : HÉRITAGE constitue un efficace quoiqu’improbable mélange, à même de surprendre par son approche plus féminine qu’espérée !
On est d’ailleurs curieux de voir la réception qu’aura le film auprès de son public cible, habitué au trio: héros central/gonzesses sexy à sauver/méchants à dégommer.
Critique par Georgeslechameau pour Le Blog du Cinéma