Drame romantique, coécrit et réalisé par Gilles Lellouche, L'Amour Ouf est un mauvais film portant très mal son titre. L'histoire se déroule dans les années quatre-vingt, dans le Nord de la France, et nous fait suivre deux adolescents, Clotaire et Jackie, qui tombent éperdument amoureux malgré des différences de condition sociales et d'aspirations personnelles. Jackie, elle, rêve d'émancipation, alors que Clotaire, lui, plonge peu à peu dans la délinquance. Ce scénario, adapté du roman Jackie Loves Johnser OK ? de l'auteur Neville Thompson, n'est hélas pas une grande réussite, pour ne pas dire un ratage total à visionner pendant toute sa durée d'environ deux heures et demie. Une durée particulièrement mal exploitée qui se fait largement ressentir. La faute à une intrigue très mal écrite, affreusement caricaturale, sans nuance, ne bénéficiant d'aucune subtilité et à la morale franchement discutable. Celle-ci se divise en deux parties avec une première nous faisant suivre une rencontre que tout oppose qui va petit à petit se transformer en amourette juvénile. Cette grosse première heure s'avère être la moins catastrophique. En effet, la suite est encore moins bonne. Car, après une ellipse de dix années complètement éclipsée alors qu'il y avait énormément de choses à approfondir, on retrouve les deux protagonistes à l'âge adulte qui continuent de penser l'un à l'autre alors que leurs vies ont pris des chemins différents. Mais absolument rien ne fonctionne dans ce récit non maîtrisé. Tout d'abord car il est impossible d'éprouver une quelconque affection ou sympathie pour ce jeune braqueur, véritable cas social, et pour cette jeune fille creuse. Mais le pire, c'est qu'on ne ressent à aucun moment de l'amour entre eux. La passion, le désir, la nostalgie, le soutien, tout ce qui fait le sel d'un couple est aux abonnés absent. C'est même carrément le contraire. Le métrage ne montre que du banditisme et de la violence crue et brutale à l'écran. Résultat, le propos est carrément malhonnête. L'ambiance n'a rien de romantique et certains passages sont carrément ridicules. L'ensemble est en plus porté par des personnages caricaturaux aucunement attachants qui n'évoluent pas. Des rôles interprétés par une distribution changeant de visages en cours de route. Les jeunes Mallory Wanecque et Malik Frikah sont plutôt bons. Ils sont ensuite remplacés par François Civil et Adèle Exarchopoulos qui sont eux moins convaincants, notamment elle à laquelle on ne croit pas tant elle est physiquement éloignée et à cause de son phrasé diamétralement opposé à sa prédécesseur. De plus, on ne ressent aucune alchimie entre eux. Les autres rôles sont tout aussi peu crédibles et hautement clichés entre celui joué par Benoît Poelvoorde, Vincent Lacoste, Anthony Bajon et Karim Leklou. D'autres comédiens s'en sortent un peu mieux comme Alain Chabat, même si son rôle n'a aucune épaisseur à l'instar de celui campé par Elodie Bouchez. Jean-Pascal Zadi et Raphael Quenard sont sûrement les moins foirés. Tous ces individus entretiennent des rapports ne procurant aucune émotion malgré les nombreux événements dramatiques. La faute entre autre à un ton trop neutre et à des dialogues sans authenticité ni sincérité ne comprenant aucun mots doux. Au contraire, on entend des insultes et des mots exprimés avec un accent de racaille. Sur la forme, la réalisation du cinéaste français a le mérite de tenter des choses et d'être ambitieuse. Mais, malheureusement, cette mise en scène est surfaite et beaucoup trop nerveuse, foisonnante et tape à l'œil pour se poser et servir son propos. De plus, elle évolue dans une époque fantasmée très mal retranscrite à l'écran à cause d'un travail de reconstitution bâclé. Il en va de même en ce qui concerne la notion de temporalité. L'histoire se déroule sur plus d'une décennie et pourtant elle ne parvient pas à s'ancrer dans sa période et à la faire évoluer. Ce visuel artificiel est accompagné par une b.o. aux titres éclectiques et de qualité. Cependant, ils sont beaucoup trop envahissants, cassant ainsi l'intimité qui devait ressortir des images. Reste une fin abrupte totalement ratée, venant ainsi mettre un terme à L'Amour Ouf, qui, en conclusion, est un film indigent ne méritant pas qu'on lui consacre autant de temps.