En 2015, Paul Feig, artisan de la comédie américaine parmi les plus emblématiques de cette décennie, à tort ou à raison, depuis le succès de ses dames d’honneurs, livre une comédie parodique qui marquera d’une pierre blanche le Box-Office estival. Ce succès commercial s’appuie sans conteste sur les solides épaules de sa comédienne, Melissa McCarthy, drôle de bonne femme, très célèbre Outre-Atlantique et faisant se faisant gentiment une place de choix dans le cœur des amateurs européens. L’actrice, laquelle n’ayant jamais eu la crainte ni de honte à jouer de son physique que la société d’aujourd’hui n’hésiterait pas à qualifier de peu avantageux, en impose de par sa présence littéralement bouillonnante. On irait même parler d’omniprésence. Bref, la dame endosse le costume du plus improbable des agents secrets et par sillonner le monde dans un esprit très bondien, alignant les maladresses, les moments de bravoures comiques et étalant sa non-culture, là encore l’actrice ose l’autodérision à l’américaine.
N’étant pas seul au casting, bien au contraire, l’actrice bouffe littéralement la place de ses collègues, qu’il s’agisse de Jude Law, sorte de 007 de pacotille, de Jason Statham dans un rôle à contre-emploi intéressant mais sous-exploité, ou encore de Rose Byrne, cette dernière en faisant des caisses. Oui, Melissa McCarthy prend les reines et ne les lâche plus, ne laissant que des miettes à son entourage. De ses looks impayables à sa chute en scooter, de ses cascades improbables à son franc-parler parfois jouissif, la comédienne avance bel et bien seule en tête, tourbillon de mœurs douteuses amusantes qui pourraient, pour autant, laisser de marbre les amateurs d’humour plus fin. Qu’on se le dise, Melissa McCarthy, par analogie les productions dans lesquelles elle s’affiche, ne font que peu souvent preuve d’une quelconque finesse. Cela n’était absolument pas le but de Paul Feig, mais disons simplement qu’au vu de la durée du long-métrage, presque deux heures, cela peut faire trop.
Bref, coté narration, rien de nouveau à nous mettre sous la dent. Dans la longue tradition des parodies des aventures de James Bond, saupoudrées parfois de quelques autres références, Austin Powers, Johnny English, Max la Menace, notamment, Spy ne fait figure que de maillon supplémentaire. Certes, ici nous parlons au féminin, mais cela ne varie en rien notre approche de cette énième tentative de relecture comique. On ne rit très clairement pas du scénario, mais uniquement de la bêtise des protagonistes, souvent maladroits, stéréotypés et parfois même insupportables. Le procédé est, à ce titre, simpliste, mais fonctionne, on s’en doute, merveilleusement bien auprès d’un public de masse. Melissa McCarthy a donc un bel avenir devant-elle, actrice que l’on retrouvera notamment dans les nouvelles aventures de SOS fantômes, troisième du nom, du même Paul Feig. Qu’importe que le film soit préalablement décrié, le succès commercial est déjà chose acquise et la vision de Spy, justement, nous démontre que Feig et sa comédienne fétiche sont déjà parfaitement rodés à l’exercice.
Une comédie qui s’adresse donc à ceux qui aime rire du ridicule, de l’exubérance et de la bêtise poussée à l’extrême. Sur un rythme infaillible, on aligne ici le comique de situation, les dialogues punchys sur une cadence d’athlète olympique, au risque de la surchauffe, de l’exaspération. Pour terminer, le film trouve en la technique une plus-value indéniable. Le budget alloué étant conséquent, la mise en scène n’a pas à rougir face à la concurrence. 10/20