Qu’on s’intéresse ou pas au vélo, je ne pense pas me tromper en affirmant que tout le monde a entendu parler un jour ou l’autre de Lance Armstrong. D’abord sous les meilleurs termes, ensuite sous des mots moins éloquents. L’affiche mise en avant par le site préféré des internautes cinéphiles porte quatre qualificatifs du champion américain déchu : champion, menteur, héros, tricheur. Je vous laisse le soin de mettre ces quatre mots dans l’ordre. Mais il existe des variantes d’affiche où figurent d’autres mots, souvent seuls : traître, science, vérité. Eh bien je crois que tout cela résume à peu près la carrière de ce coureur cycliste. Alors que pouvait apporter ce film sur une personne tour à tour adulée et détestée ? Pas grand-chose si ce n’est de mettre en images cette immuable rage de vaincre, et les rouages de la mise en place du dopage. Une certaine façon de montrer les coulisses du Tour de France, plus centrée sur son côté obscur et peu enviable. On doit saluer les recherches qui ont été faites pour rapprocher ce biopic au plus près de la réalité, mais il existe des inexactitudes de taille. En effet, le journaliste David Walsh par qui le scandale est arrivé est présenté comme solitaire ramant contre le reste de la presse. Dans les faits, Pierre Ballester (ancien journaliste du journal L’équipe) a non seulement participé à l’enquête, mais il a écrit lui aussi les articles et partagé les ennuis avec Walsh. "The program" a beau être un film britannico-français, c’est toute la partie française de l’enquête qui a été occultée. Parmi les autres inexactitudes, l’escamotage d’un contrôle positif est bien évoqué, mais il semblerait qu’il y en ait eu un ou deux autres. Et je ne parle même pas du fait qu’on expliquait alors les performances de l’athlète par les prises de médicaments prescrits à la suite de son cancer du testicule, évocation inexistante dans ce film. Il n’empêche que l’essentiel est là, sur un rythme qu’on pourrait croire dopé pour boucler le tour de la question en 103 minutes seulement. La réalisation est propre, crédibilise le propos à l’aide d’images d’archives, et le scénario ne se perd jamais en futilités qui auraient pu servir à romancer un peu tout ça. Mais qui de mieux qu’un américain pour jouer le rôle d’un américain ? C’est Ben Foster qui s’y est collé, et de quelle manière ! Il nous livre une énorme prestation parce qu’il va jusqu’à ressembler à cet ex immense champion dans l’effort. Non, je ne confonds pas avec les images d’archives, je parle bien des courtes séquences recréées pour les scènes à vélo. La performance de Foster passe par une psychologie du personnage très compliquée (grande intelligence, ego démesuré, cynisme, manipulateur, sincérité devant les enfants atteints du cancer…), et va jusque dans l’imitation du positionnement si particulier de Lance Armstrong sur le vélo. Un travail remarquable auquel Chris O’Dowd a répondu présent de façon très convaincante dans la peau du journaliste David Walsh. Par ailleurs, notons les présences remarquées de Denis Ménochet plus que convaincant dans le rôle de Johan Bruyneel, de Dustin Hoffman (que je n’attendais pas là) et de Guillaume Canet, littéralement transformé pour ressembler au célèbre médecin (italien) d’Armstrong. "The program" est donc un film bien fait, très bien fait, même, que ce soit au niveau de la reconstitution des courses, ou que ce soit au niveau des plans embarqués (vue sur le dérailleur, sur les pédales…). Beaucoup de choses sont évoquées, mais certaines d’entre elles ne sont pas suffisamment développées ; il va ainsi de l’influence du fameux "train bleu" sur le peloton, et du cas de Floyd Landis dont le rôle au sein de l’équipe n’a pas été suffisamment exploité, bien que là n’était pas le sujet. En revanche, les séquences podiums font faux… Un film qui ne s'arrête pas seulement aux initiés.