On se doutait bien qu’Hollywood ne laisserait pas tomber aussi facilement l’univers magique du sorcier binoclard Harry Potter, et ce malgré l’annonce de l’auteur J.K. Rowling qu’il n’y aurait pas de suite au dernier tome "Les Reliques de la mort". Pour autant, il faut bien admettre qu’avec "Les Animaux Fantastiques", les scénaristes ont su innover en proposant un spin-off suffisamment éloigné de son aîné pour ne pas faire dans la redite paresseuse mais conservant suffisamment de lien avec lui pour assurer une certaine continuité qui va au-delà du simple "fan service". Le film pose, ainsi les bases d’un nouvel univers, en traversant l’Atlantique et en s’intéressant au monde des sorciers américain, qui n’avait jamais été évoqué jusque-là. Il présente, également, de nouveaux personnages originaux qui, bien qu’ils manquent, pour l’instant, un peu de complexité (ou d’écriture), ont le mérite de proposer autres choses que les écoliers et autres professeurs auxquels on était habitués. On retrouve, ainsi , Tina (Katherine Waterston, mimi malgré sa tendance à trop compter sur son jeu de sourcils) l’ancienne Auror désireuse de retrouver son rang , Jacob (Dan Fogler, dans le rôle du comique de service), le Moldu dépassé mais fasciné par le monde qu’il découvre, Queenie (la découverte Alison Sudol en ingénue sexy), la frangine sympa et peu farouche, Percival Graves (Colin Farrell comme toujours impeccable) le Directeur du Département de la Justice Magique aux motivations obscures ou encore Croyance (Ezra Miller, décidemment très intéressant), le fils de bigote désireux d’échapper à l’ombre maternelle. Seul personnage échappant au côté un peu trop monochromatique de l’écriture, Norbert Dragonneau (campé par l’extraordinaire Eddie Reydmane) qui s’avère être un héros des plus atypiques, à la fois obsessionnel et totalement déconnecté de son entourage, mais, également, combattant téméraire et, accessoirement, peu enclin à suivre le règles . C’est sans doute la grande idée du film : ne pas avoir fait de Dragonneau un simple "ravi de la crèche" protégeant ses animaux mais, également, un sorcier à part entière se montrant très adroit une baguette à la main, qui parait cacher bien des secrets. A ce titre, les amorces scénaristiques posés dans ce premier opus le concernant laissent augurer de formidables moments à venir et promettent de resserrer les liens avec l’univers d’Harry Potter (voir ses liens privilégiés avec Dumbledore et son passé avec une Lestrange). Il est, d’ailleurs heureux que le personnage soit aussi réussi (et magistralement interprété) car, à défaut, le film aurait souffert d’un héros dont on se demande bien, au final, l’utilité. En effet, on peut légitimement s’interroger sur la pertinence de faire d’un magizoologiste, le héros de cette histoire puisqu’on a un peu tendance à se désintéresser de sa galerie d’animaux fantastiques qui sont plus perturbateurs qu’autre chose et n’apportent pas grand-chose au récit, si ce n’est de créer une ambiguïté sur le responsable des dégâts en ville menaçant la communauté des sorciers. La ficelle scénaristique est un peu grosse et, surtout pas à la hauteur des véritables intérêts du film, à savoir
le mystère entourant l’obscural tueur
et la description de la société magique US…
sans oublier l’intrigue autour de Grindelwald (qui apparaît sous les traits d’un Johnny Depp flippant, qui peut se vanter d’avoir surpris tout le monde et de nous mettre terriblement l’eau à la bouche pour la suite)
. On a, d’ailleurs, l’impression que les scénaristes (dont J.K. Rowling elle-même) n’ont pas trop su quoi faire avec ce premier opus de présentation et qu’ils ont, ainsi, exploité tout ce qu’ils ont pu, quitte à faire dans la rallonge disproportionnée ou dans la facilité scénaristique
(Tina qui va tomber sous le charme de Dragonneau sans qu’on comprenne pourquoi, Jacob qui se fait "oubliéter" mais qui semble garder quelques souvenirs…)
. Heureusement, le film sait jouer habilement de son nouveau terrain de jeu et propose un spectacle visuel saisissant de cette Amérique des années 20 en pleine mutation où le souvenir de Salem est encore présent. Il s’amuse, également, des différences culturelles avec l’Angleterre. Et puis, la mise en scène de David Yates (le réalisateur des quatre derniers opus de Harry Potter, qui assure un lien visuel) est, d’une manière générale, très soignée, tout comme la musique (signée James Newton Howard)… même si on ne retrouve pas l’inspiration incroyable de la saga originale. "Les Animaux Fantastiques" est, donc, un spin-off réussi qui annonce des suites très prometteuses mais qui, pour l’instant, n’est pas au niveau de la richesse de la légende "Harry Potter". N’est-ce pas le sort de tout spin-off, qui plus est lorsque l’œuvre originale occupe une telle place dans la culture populaire ?