Richard Quine est assurément un cinéaste sous estimé comme l’affirment Tavernier et Coursodon dans leur Anthologie du cinéma américain. Ce film noir qui arrive juste avant l’irrémédiable déclin du genre s’avère être une véritable pépite. En plus de confier à Fred Mac Murray dix ans après “Assurance sur la mort” un nouveau rôle d’honnête citoyen dévoyé du droit chemin par l’appel du sexe; il découvre une Kim Novak dont la sensualité animale inonde l’écran avec une première apparition où ses seins sont plus que suggérés sous un chandail très moulant. Mac Murray n’a vraiment pas de chance, après avoir succombé à une mante religieuse dans le chef d’œuvre de Wilder il sera sous la direction de Quine, victime de la maîtresse d’un gangster dont il assure la filature sur les ordres de son chef. Il y laissera la vie dans les deux cas. Le processus de décision du passage à l'acte était très progressif dans “Double Indemnity”, la sulfureuse Stanwyck tissant patiemment sa toile. Ici l’unité de temps est plus ramassée et le flash est immédiat. Il fallait bien une Kim Novak avec sa sexualité à fleur de peau pour entraîner ce flic désabusé dans un plan aussi fou. Le suspense est parfaitement rendu et on aperçoit déjà avec Quine l’évolution progressive du film noir vers ce qui deviendra le thriller si prisé dans les années 80 et 90. Du grand art.
Thème qui a été repris à maintes reprises depuis, l'observation d'un témoin à travers les jumelles d'un flic irréprochable, sauf que ce serait trop facile, et à jouer au jeu du chat et de la souris, les griffes de l'un sont plus acérés que l'autre et le subtil tour de passe passe, nous conduit irrémédiablement vers l'irréparable. La belle Kim Novak use de tous ses atouts et il est bien difficile de résister à de telles promesses, Fred Mac Murray sous son air de dur à cuire se laisse prendre au jeu de l'amour et en oublie tous ses principes. La roue de la chance et de la vie tourne vite dans ce genre d'histoire. Pour notre plus grand plaisir, suspens et traitement original.
Film noir. Un policier devient amoureux de l'amie d'un gangster qui vient de dévaliser une banque. Avec elle, il entrevoit de se débarrasser du bandit et de récupérer l'argent volé. Mais rien ne se passe comme prévu. Le couple maudit va aller de mal en pis.
Film d'une grande noirceur : d'ailleurs tout se passe de nuit. Il y a peu d'action (au début et à la fin), beaucoup de dialogues, l'intrigue est bien menée, il y a du suspens. La réalisation est parfaite, un beau noir et blanc, un fort constraste, ombre et lumière etc. Le récit est très vraisemblable, le scénario est habile et les acteurs sont bons (Fred MacMurray incarne bien le flic véreux). Les personnages sont crédibles, et la fin tragique se laisse entrevoir...
Par l'auteur du sympathique L'Adorable Voisine, un film noir sans surprises qui recourt à un certain nombre de ficelles déjà éprouvées en 1954 – on notera tout de même quelques troublantes séquences de "peeping tom" qui renvoient à Fenêtre sur Cour, sorti la même année. Mais l'ensemble est solidement mis en images et bénéficie de la présence de l'envoûtante Kim Novak dont c'était là le premier grand rôle.
Difficile de ne pas évoquer 'Assurance sur la mort' après avoir vu ce 'Pushover', KIm Novak tenant auprès de Fred McMurray un rôle approchant celui magistralement assuré naguère par Barbara Stanwyck. Il ne fait aucun doute que Quine soit épris de Novak tant les divers plans magnifient la jeune femme (très belle photographie de Lester White, d'ailleurs). Rarement l'actrice aura été tant mise en valeur, et qu'on ne parle pas de 'Vertigo', la visée d'Hitchcock n'étant pas prioritairement esthétique. Le personnage de Lona (Novak) n'est d'autre part perçu qu'à travers la fixation de Sheridan (McMurray) sur lui, avec un parallélisme pour le binôme Ann Stewart- McAllister (Malone-Philip Carey). C'est quelque part un film sur le voyeurisme, qui voisine par instants avec le 'Fenêtre sur cour' hitchcockien, sorti la même année. 1954 est également une année charnière pour Dorothy Malone qui tient là un de ses derniers rôles de brunette, le passage à la blondeur coïncidant avec très riche seconde partie de carrière, elle qui, dans une filmographie déjà substantielle, n'avait jusqu'alors tourné que dans deux longs-métrages notables, en tant que second rôle: 'Le grand sommeil' et 'La fille du désert'. Elle aura désormais l'occasion d'être dirigée par Sirk, Dmytryk, Walsh (de nouveau), Aldrich, Taschlin, et même Paul Verhoeven, pour 'Basic instinct', quelques quarante ans plus tard ...
Le protagoniste, ici, un policier est pris pour l'amour d'une femme dans une spirale infernale dont il aurait pu par la raison s'en sortir mais que son amour aveugle et l'appât de l'argent conduisent encore plus vers une issue fatale. Excellent film noir à connotation existentialiste avec tous les ingrédients du genre: la femme fatale, le héros seul contre tous, le mal omniprésent, les forts contrastes ombre-lumière, la quête du héros pour s'en sortir, les rôles secondaires qui jouent comme des pions de jeux d'échecs sur le final de la partie, les gadgets, les armes á feu, l'opposition intérieur-extérieur très marquée, la fatalité du hasard,.... Des plans serrés et courts d'une parfaite maîtrise qui mettent bien en exergue la psychologie des personnages. Tout cela nous donne un bon petit film noir haletant et passionnant dont la tension ne retombe jamais. Kim Novak est éblouissante dans son rôle économe à la fois de femme fatale et de femme amoureuse. Fred Mac Murray qui incarne un policier dont la droiture en apparence inébranlable sera déchiré entre son devoir de justice et son amour aveugle pour la belle Kim. À noter, les petites anecdotes parallèles des rôles secondaires: le coéquipier intéressé par la voisine de palier de Kim Novak, les réflexions des enquêteurs sur les femmes, etc... Tout semblait être un jeu (pushover) d'enfant pour les deux amants mais tout se termine comme une tragédie grecque.
Cela met du temps à démarrer (45mn de huis clos à surveiller les fenêtres) mais cela se rattrappe bien après. Par ailleurs, on se régale tout au long du film des "geules" de l'époque ainsi que de la musique. Enfin, Kim Novak est toujours aussi sublime. Un vrai film noir.