Plus d'un siècle après sa sortie, "The Kid" fonctionne toujours. Preuve, s'il était encore nécessaire de le démontrer, du talent de Charlie Chaplin. Qui écrit, réaliste et interprète ici son premier long-métrage. Il incarne son personnage fétiche du Charlot/Tramp, qui découvre un bébé abandonné dans une ruelle. Malgré sa rude existence, il prendra cet enfant sous son aile. Le film est clairement inspiré de la vie privée douloureuse de Chaplin. L'acteur ayant grandi dans une grande pauvreté, dans une cellule familiale dissolue. Et ayant lui-même perdu son jeune enfant quelques jours avant la production ! Ce qui explique que les émotions du film paraissent aussi authentiques. A ce niveau, "The Kid" est célèbre pour avoir été l'une des premières œuvres à mélanger rire et larmes. Chaplin fait preuve d'un talent comique inné, avec une gestion parfaite de la gestuelle et du timing. Et il forme une équipe des plus naturelles avec le jeune Jackie Coogan, espiègle et attachant. Leur relation sera au coeur de l'aspect dramatique, parfois déchirant. Voire cynique quand il s'agit de critiquer sévèrement les institutions. A l'image de la BO, composée par Chaplin lui-même, qui sait osciller entre les genres. Un très beau film, qui au passage existe dans deux versions. 68 minutes pour la sortie originale, et 53 minutes pour la ressortie de 1972.
Plus de 104 ans après sa sortie à New York le 21 janvier 1921, « The Kid » le premier long métrage réalisé par Charlie Chaplin continue d’être encore l’un des plus beaux films du monde. Arrivé à Hollywood en 1912 où il s’est installé après la fin d’une tournée théâtrale de la compagnie anglaise à laquelle il appartenait, Chaplin y aura mené quasiment toute sa carrière d’acteur puis d’acteur/réalisateur, travaillant successivement pour la Keystone, la Essanay, la Mutual, la First National puis la United Artists. Dès 1916, il est l’acteur de cinéma le mieux payé au monde et sa popularité est immense. Soucieux d’accroître son indépendance artistique et financière, il fonde en 1919 avec ses amis Mary Pickford, Douglas Fairbanks et D W. Griffith la United Artists. Mais il doit encore six films à la First National qui refuse de résilier son contrat. Sur le plan sentimental il vit une période tourmentée, sa relation avec Edna Purviance jusqu’alors son actrice fétiche (trente films en commun) ayant pris fin, il s’est marié avec Mildred Harris alors âgée de 17 ans. Son premier enfant meurt au bout de trois jours. L’événement marque profondément Chaplin dont le mariage avec Miss Harris sera de courte durée, se soldant par un divorce difficile en 1920. C’est sans aucun doute dans un état psychologique instable qu’il aborde une nouvelle étape d’une carrière pourtant déjà largement couronnée de succès. Son premier long métrage auquel il pense depuis un certain temps sera donc consacré à la relation fusionnelle qui se noue entre Charlot, spoiler: le vagabond survivant de menus travaux (ici vitrier) et un enfant (Jackie Coogan) abandonné par sa mère (Edna Purviance). Devant en priorité penser à sa survie au sein d’un quartier miné par la misère (sans doute une assez fidèle retranscription du Londres famélique que Chaplin a connu dans son enfance) le vagabond tombant par hasard sur un bébé abandonné sur un trottoir, n’a de cesse que de se délester de ce poids qu’il ne peut assumer. Naturellement personne n’accepte ce que lui-même refuse.
Le mot trouvé sur l’enfant finit par convaincre le pauvre bougre de se charger de l’éducation du petit être sans défense. La relation père/fils se crée naturellement, les deux destins finissant par s’unir pour être plus forts dans la lutte pour la survie . Mais les soucis ne vont pas tarder à s’abattre sur le duo quand les services sociaux vont un peu tardivement et de manière brutale se préoccuper du sort du mioche désormais âgé de cinq ans. En 68 minutes, Charlie Chaplin parvient à partir d’une intrigue relativement simple et parfaitement cohérente à émouvoir tout en provoquant par instant le rire alors que le contexte évoqué est tragique qui rappelle au spectateur que malgré les promesses nées de la Révolution Industrielle, la pauvreté n’a pas été éradiquée et que l’écart entre les classes sociales est toujours aussi béant. Chaplin évoque aussi le drame de la maternité parfois non consentie dans un contexte miséreux. S’il se trouve d’autres chefs d’œuvre parmi les dix longs métrages qu’il réalisera jusqu’à la fin de sa carrière en 1967, « The Kid » est assurément le plus personnel de Chaplin, celui où à la croisée des chemins bien avant l’arrivée du parlant qu’il n’acceptera jamais vraiment, il regarde en arrière pour se rappeler à travers Jackie Coogan et l’enfant qu’il vient de perdre ce môme qui jusqu’au bout restera en lui. Artiste complet, Chaplin produit, écrit, réalise, interprète et monte ses films tout comme il en compose avec un immense talent leur musique toujours juste et mélodieuse. Un artiste qui comme Buster Keaton son alter-ego possède son univers propre qui s’étale avec grâce et malice sur une pellicule encore dénuée de parole qui fut une bénédiction pour l’expressivité des visages et des corps parfaitement élastiques de ces deux immenses acteurs. Mais « The Kid » c’est aussi Jackie Coogan, jeune acteur prodige ayant débuté sur scène à l’âge de 18 mois que Chaplin fit tourner en 1919 en figurant dans « Une journée de plaisir ». Les dons d’imitateur du jeune garçon et son incroyable précocité vont convaincre Chaplin de lui confier le rôle du « Kid ». La grande émotion que procure le film provient bien sûr de l’osmose parfaite qui transparaît dans chacun des regards que l’acteur fragilisé et le petit Coogan échangent. Qui n’a pas pleuré en voyant Jackie Coogan désespéré tendre les bras vers son « père » alors qu’il est à l’arrière du fourgon qui l’emmène vers l’asile ? Preuve absolue que les émotions vraies n’ont pas besoin de mots. Dans cent ans e « The Kid » fera encore mouche, soyons-en sûrs.
Profitant du partenariat Netflix / MK2, me voici parti pour explorer la filmographie de Charlie Chaplin avec un oeil neuf.
Je commence donc par le commencement, et ce premier long-métrage de 1921.
Le Kid comprend de façon compressée tout l'art de Chaplin. Il y apparaît clairement que la plupart des techniques qui feront le cinéma du siècle à venir existent déjà chez Chaplin (à l'exception des mouvements de caméra) : la variété d'échelle des plans, les divers angles de prise de vue, les trucages, les différents types d'enchaînement de séquences, l'art du montage.
Ce qui frappe également, c'est l'extrême concision et précision de chaque scène. Alors que les cinéastes modernes allongent parfois inutilement certains plans, Chaplin semble vouloir tout placer dans un minimum de temps. Cela entraîne un jeu d'une intensité incroyable de la part des acteurs qui doivent exprimer un maximum de sentiments en un minimum de temps. Chaplin s'avère être lui-même un performer hors du commun sur ce plan, évidemment : c'est une chose de le savoir, une autre de voir son visage transmettre en un éclair à notre cerveau trois ou quatre messages différents !
Le Kid parvient, grâce à son script très malin et son beau casting, à dépasser son statut initial de slapstick pour explorer les champs du mélodrame et de la critique sociale. C'est sans conteste un premier coup de force pour Chaplin.
Premier long-métrage de Charlie Chaplin, "The Kid" est un véritable chef-d'oeuvre de la comédie dramatique. Le film est à la fois très drôle et propose également des moments de très grande émotion, à l'image bien évidemment de la fameuse scène où l'enfant est embarqué par l'assistance publique. L'interprétation est magistrale, la réalisation magnifique et la musique composé par Charlie Chaplin lui-même est sublime. Une oeuvre immense que mérite d'être visionner sans modération.
Charlie Chaplin a l'image d'un humoriste de l'absurde. Dans Le Kid, c'est un drame social qui se joue, certes non dénué d'humour. Un bébé est abandonné et se retrouve pris en charge par Charlot, qui s'y attache et l'élève comme son propre fils, avec la moralité qui lui est propre. Retrouvé par sa mère, l'enfant ne veut évidemment pas être séparé du père de substitution qu'il a toujours connu. Résolument émouvant, Le Kid bénéficie d'une direction d'acteurs impeccable et d'un rythme qui n'a pas vieilli. Seule l'absence de paroles peut étonner un spectateur qui découvre ce film 100 ans plus tard, mais elle est largement compensée par l'art du cinamé muet de Chaplin. Un chef d'oeuvre.
Même si certains effets mélodramatiques se révèlent peu efficaces, datés et trop appuyés, ce moyen-métrage conserve toute sa saveur grâce à sa partie burlesque, toujours plaisante et riante, ainsi qu'à l'interprétation sans faille de Charlot évidemment mais aussi de Jackie Coogan ainsi que des seconds rôles. Chaplin traite à nouveau, avec tendresse mais justesse, de cette incertaine roue de la fortune ainsi que des rapports humains, notamment de la nécessité de vivre la solitude à deux pour lui conférer plus de légèreté et de poésie. Une nouvelle preuve de la volonté du réalisateur d'insuffler de l'espoir dans des situations a priori miséreuses et douloureuses. Un exemple supplémentaire du génie de cet artiste.
Charlie Chaplin met Charlot au service d'une cause touchante, celle des enfants abandonnés. Dans ce film la tendresse de Charlot l'emporte su rl'humour, même si les nombreux gags , pour la plupart réussis ne sont là que pour adoucir des scènes brutales : celle de la bagarre de l'enfant, ou encore du édecin et des services sociaux. Un petit regret, celui de la scène du rêve avec les anges qui dansent que j'ai trouvée inutile et bien trop kitch
Nouveaux petit-enfants, de bientot 7 et 8 ans, et rebelote pour l'initiation à Charlot. Ca marche, même s'il faut calmer quelques craintes lors de la bagarre avec le costaud, et commenter quelques "intentions" des protagonistes pour éviter des contresens liés au muet. Inoxydable DVD6 -décembre 2023
Question à l'un de mes petits-enfants, 8 ans: tu veux revoir un Charlie Chaplin? Oui. Le quel? Le kid sans hésiter (on ne l'a pas vu depuis 4 mois…). Et c'est parti pour 50 mn de pur plaisir, une durée suffisante et adaptée aux enfants pour pleurer, compatir, rire, rêver et sourire. Indémodable et authentique. La brusque conclusion, un peu bâclée, est peut-être le seul tout petit maillon faible. Et largement compensé par la musique expressive de Chaplin himself! DVD4 - août 2018 -
Près d'un siècle et pas une ride dans ce moyen-métrage. Un plaisir de le voir avec un petit-fils de 8 ans. De francs éclats de rire lors des courses poursuites et des bagarres mais aussi des larmes, de l'émotion, un peu mais pas trop. La scène de rêve avec tous les habitants habillés en anges dénote très légèrement mais dans l'ensemble Charlot réussit déjà là un film complet, avec une palette d'émotions variées. L'expression passer du rires aux larmes ne s'est jamais si mieux appliquée. DVD 3 - avril 2018
Le kid est sûrement le premier grand film de Charlie Chaplin dont Une vie de chien, un peu sur le même registre, avait annoncé celui-ci. Le kid aborde le thème de l'abandon, de l'humanisme, du manque de tolérance dans une société où la pauvreté domine et de une prise de responsabilité plus fort que son propre confort. Le film est à la fois drôle, intelligent dans son approche de la société de l'époque et très émouvant, voir à certains moments bouleversant. Accompagné par une musique sensible et recherchée, l'histoire de l'affection entre un homme pauvre et simple et un gamin abandonné est sublime. Le kid a servi d'inspirations à bien des films dont certains peu inspirés (La vie est belle de Roberto Begnini), voir à bien des oeuvres du néoréalisme italien (ceux de Vittorio de Sica). Les scènes de gag sont parfaitement travaillées (voir le berceau de l'enfant suspendu au lit de Charlot ou la scène de bagarre qui mime un combat de boxe). Brutalement, après l'humour, très vite, l'émotion rejaillit (la maladie de l'enfant). Le kid bénéficie de la belle interprétation de Jackie Coogan, très mature pour ses six ans et de Charlie Chaplin au corps toujours élastique. Le film se termine brutalement (trop ?) mais il ne pouvait verser dans une fin conformisme et niaiseuse. Un quasi chef d'oeuvre du cinéma muet qui se joue de l'imbécilité des hommes et de leur égoïsme.
Pour son premier long-métrage, Charlie Chaplin nous offre un très joli récit à la Charles Dickens. Les bons sentiments sont omniprésents mais l'humour désamorce le pathos et on s'attache très vite à cet orphelin et à son père adoptif.
Charles Chaplin a eu une enfance marquée par la misère et sa séparation avec une mère incapable de l’élever et enfermée dans un asile psychiatrique. C’est cette jeunesse douloureuse qui est au centre de son premier très grand film : Le Kid. Si celui-ci n’est pas encore techniquement un long métrage (il ne fait qu’une cinquantaine de minutes), il réunit ce qui sera désormais sa marque de fabrique, à savoir l’union de l’humour slapstick de ses débuts et de l’émotion (renforcée par la musique qu’il composera pour le film plusieurs décennies plus tard). En effet, s’il réussit toujours brillamment à faire rire, il arrive aussi à susciter l’émotion au fur et à mesure que le film avancespoiler: : il est difficile de ne pas être ému lors de la scène d’enlèvement de l’enfant à Charlot (celle-ci a dû être écrite en référence au moment où il a été enlevé à sa mère) . La sincérité du cinéaste est évidente et on peut aisément penser qu’il signe ici son œuvre la plus personnelle. La mise en scène privilégiant l’art de la pantomime est toujours d’une perfection absolue et d’une efficacité redoutable. Ainsi, le rythme découlant de sa faible durée et l’universalité de son propos rend ce chef-d’œuvre toujours aussi appréciable de nos jours par un public peu adepte du cinéma muet. Cent ans après, Le Kid reste un chef-d’œuvre intemporel qui prouve à qui en doutait encore à l’époque qu’il n’est pas juste le roi de l’humour burlesque populaire mais bel et bien un des plus grands artistes qui ait été donné par le cinéma.
Un des plus beaux Chaplin. Son premier essai de long métrage réussi du coup qui passe sans accroche de la comédie au drame. Des scènes déchirantes qui bouleversent encore 100 ans plus tard. CHAPLIN était un génie c'est sur !
"The kid" restera à jamais marqué par la complicité visible entre Charlie Chaplin et le petit Jackie Coogan. Le jeune acteur n'est-il pas, de surcroît, la réplique miniature de Charlot ? Son interprétation, ses courses dans la rue et sa gestuelle, son espièglerie parfois, sont calquées sur le personnage du vagabond. La composition de l'enfant est formidable, rare, tout autant que celle de Chaplin, lequel sait admirablement exprimer l'attachement pathétique de ce père adoptif pour l'enfant trouvé. D'abord comique, lorsque le vagabond ne sait pas comment se débarrasser de l'encombrant bébé, la relation entre les deux devient violemment sentimentale quand, faute d'une existence convenable, ils sont menacés d'être séparés. Le film reste une comédie et elle n'est jamais aussi drôle que dans les séquences de rue où le duo est confronté à un policier, à un costaud patibulaire ou à un fonctionnaire qui voudrait bien saisir l'enfant. La mise en scène de Chaplin est d'une limpidité et d'une cohérence qu'on ne rencontre guère dans les comédies muettes de l'époque.
Chaplin prouve encore sa grande humanité dans ce film qui, malgré sa date de création, fait encore l'effet d'un conte merveilleux pour son spectateur, bref, qui n'a pas vieilli. Un grand film, beau, sensible, universel. L'un des meilleurs Charlot.