Ce qui ressort vraiment d'une telle atmosphère de guérilla, c'est combien l'ennemi identifié fédère l'union contre lui. Des actes de sauvagerie sont rendus possibles par la certitude d'être dans la vérité face à l'adversaire à abattre. Ce qui est formidable quand même, c'est que lorsqu'il y a des affrontements, la religion est souvent de la partie. C'est curieux tout de même, n'est-il pas ? Le réalisateur affirme que le conflit entre catholiques et protestants pourrait être transposé ailleurs vers des conflits plus actuels. Comment la foi supposée orienter vers l'apaisement se trouve-t-elle revendiquée par les guerriers de tous bords? Bien sûr, des enjeux politiques, des questions de pouvoir entrent enjeu dans ces périodes troublées, mais quand même... La traque opérée à travers la ville est magnifiquement filmée, la fuite du soldat à hauteur d'homme, parfois en gros plan sur les visages est impressionnante. L'horreur, la violence, le sentiment d'enfermement sont au rendez-vous. Certaines scènes sont éprouvantes, mais à l'instar d'un Bertrand Tavernier filmant les policiers dans L627 et où entre trafiquants, malfrats et policiers, on ne sait parfois plus qui est qui et à quel bord il appartient, ici dans '71, on ne sait plus toujours très bien dans quel camp chacun se situe, les traîtres existent, les illuminés également, certains parfois se souviennent de leur humanité et cela complique leurs tâches à accomplir. Bref, voilà un film qui montre la relativité des conflits, qui avec le recul, semblent parfois tellement fous. Enfin, n'oublions pas que cela se déroule aussi toujours sur fond de précarité économique des uns au profit de l'enrichissement des autres. Comme disait Monsieur Cyclopède, par la voix de Pierre Desproges : "étonnant, non?"