Une chose est sure : Maïwenn ne laissera jamais indifférente! On assiste ici encore une fois à un film assez coup de poing, dans un autre registre que Polisse : les sentiments amoureux, la vie et le mort (ou pas!) d'un couple. On sent une direction d'acteurs assez hallucinantes. Le prix d'interprétation pour Emmanuelle Bercot n'est pas usurpé mais déception que Cassel ne l'est pas eu aussi. Les rôles de salauds seraient-ils effrayants à récompenser ? Honneur aux victimes ? Leur couple fait littéralement des étincelles. On les sent corps et âmes dans leurs rôles, rare de ressentir autant de naturel et spontanéité. Bravo. Visuellement, la caméra suit de près ces 2 personnages (fêlés dans tous les sens du terme) et capte chaque souffle, émotion, cris etc comme autant de vérités mises à nues. Bouleversants, dérangeant aussi et étouffant parfois. On vibre et ressent avec cette femme. Le processus de la manipulation psychique est aussi bien exprimé et rendu. Pas de jugement possible. Qui ne craquerait pas pour Cassel et sa séduction incarnée? Après, c'est ici que l'on voit que tout réside dans ce couple d'acteurs. Avec d'autres on aurait pu tourner au ridicule, à la perte du magnétisme et de notre empathie, autant pour elle que pour lui (exploit!). Car c'est ici que frappe souvent fort la réalisatrice : oser oui, risquer des scènes, se tenir à la frontière du "border line", mais toujours rester à la limite du "tolérable" et "pardonnable" au final. Le fait de ne pas surligner par de la musique par exemple y contribue. Quelques scènes sont accompagnées par un son simple et presque tendre, en parfaite adéquation avec la scène, pas de "fard" inutile. J'espère une séance de rattrapage pour Cassel aux Césars, rien que pour son immense carrière et ses paris osés. Le film ne laisse donc pas indifférent, les hommes peuvent ressentir d'autres émotions que les femmes (pour preuve entre mon mari et moi : grand débat en sortant sur chacun des "héros" de cette histoire). car ce film secoue et réveille des sensations contradictoires et même brutales sur le couple. La manipulation amoureuse pourrait-elle arriver à tout le monde ? Est-ce quand même de l'amour pour celui qui manipule ?
Ce qui est d'autant plus intéressant, c'est que Maiwenn ne fait pas de psycho à 2 sous, pas de portrait caricatural et psy de cet homme et de cette femme (alors qu'on se doute bien que leur vécu commun est lié à leur propre histoire familiale et affective précédente) : on les prends tels quels à un moment donné. Comme eux, on prend les choses au fur et à mesure, brutes comme merveilleuses.
Mention à Louis Garrel également; seul élément "réel" côté sentiment, un port d'attache pour l'héroïne. Assez magistral lui aussi. Bémol : toujours cet aspect "bobo" dans ses films, assez clinquant mais on lui pardonne!
A voir donc sans hésitation pour être secoué, parler du couple et même de bien au-delà que ce seul thème : que et qui sommes-nous face au sentiment amoureux ?