À l'image d'un Benoît Poelvoorde étonnamment calme, "Une Famille à Louer" est empreint d'une certaine sobriété dans le traitement de son pitch amusant
(collision entre 2 mondes (Paul-André a tout sous la main, Violette doit voler au supermarché pour nourrir sa famille), la déprime (pilules, musique triste et livre sur le trou noir) opposée à la vie bruyante, Violette étonnée de ne pas avoir à coucher avec Paul-André
), ce qui a l'avantage d'éviter l'abondance de clichés
(il y en a quand même quelques-uns ici et là, comme le fait que Paul-André soit jamais allé au supermarché, que Violette ne connaisse pas les amuse-bouches, que les riches vont voir leur mère le week-end alors que les pauvres font des pique-niques tous les dimanches, et bien sûr la fin téléphonée)
et de dépeindre des protagonistes non caricaturaux
(les enfants par exemple sont très bons, entre le jeune plein de vie et l'aînée qui questionne tout)
mais aussi l'inconvénient d'offrir un résultat au rythme trop léger (la mise en scène de Jean-Pierre Améris manque parfois de panache) et à l'humour insuffisant
(Violette bourrée, le "J'ai vu sa nuque", la porte de frigo, le vouvoiement, le ballon dans la tête de la mère de Paul-André, Violette qui met KO un vigile, Paul-André qui prend les choses en main (les règles, les courses, le ménage))
. Si on pourrait reprocher au film d'éviter de tomber dans un registre trop sérieux sur des thématiques graves
(la solitude et la pauvreté sont dépeintes de façon peu tragique)
afin de rester dans le carcan du film familial, le scénario dévoile quand même quelques bonnes touches d'émotions
(Paul-André ému que Auguste lui fasse la bise, Lucie qui pète un plomb quand elle apprend le contrat entre sa mère et Paul-André, Paul-André rabroué quand il défend les ambitions de Violette pour être assistante de direction, la mauvaise relation entre Paul-André et sa mère, Violette qui pleure quand Paul-André n'est pas là)
et des situations familiales véridiques
(le resto pirate, les disputes mère-fille, raconter des histoires avant d'aller dormir (sur la charpie!!!), faire les maths avec le fils, chanter tous ensemble dans la voiture dans un beau moment de complicité, tout le monde à table au dîner mais chacun fait son truc dans son coin)
, tout en mettant chacun face aux manques de sa vie
(Violette a beau se satisfaire de sa vie, il lui manque un homme, de l'argent et de l'épanouissement professionnel (elle ouvre sa boîte à la fin); Paul-André a besoin de gens autour de lui)
. Côté casting, Virgine Efira est toujours aussi lumineuse, Benoït Poelvoorde séduit en plus nuancé que d'habitude et Caliste Broisin-Doutaz et Pauline Serieys campent des enfants adorables. Bref, "Une Famille à Louer" aurait pu faire plus dans le rythme, l'humour et surtout le drame mais le film suffisamment d'atouts pour passer un bon moment.