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    La Ligne de partage des eaux
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    4,0
    Publiée le 14 mai 2014
    Dominique marchais nous convie à une promenade au fil de l'eau, depuis les sources et le chevelu des ruisseaux débutants jusqu'aux abords de la mer.
    Tout commence avec une visite aux sources de la Vienne sur le Plateau de Millevaches. Des techniciens de l'environnement examinent l'état - en voie de dégradation - de la tête de bassin. Images rassurantes cependant : nous avons des fonctionnaires compétents et amoureux de leurs métiers qui veillent partout sur l'eau. Mais images trompeuses car l'on sait aussi que, paradoxalement, les têtes de bassin sont les parentes très pauvres de la politique de l'eau en France. Et, dans au moins une autre région, il est des têtes de bassin équivalentes où l'on échoue à mobiliser les mêmes services pour empêcher de nouvelles destructions.
    La suite immédiate est plus conforme à la situation générale. Des paysans, éleveurs du Plateau de Millevaches, sans doute des braves gens, ont néanmoins consciencieusement saccagé les rives boisées du cours d'eau sous le prétexte de... les "entretenir". Un "entretien" destructeur de la ripisylve, donc du ruisseau. Un "entretien" dévastateur comme on en rencontre tant d'exemples du fait d'exploitants et d'élus amoureux de l'exploitation à blanc de la campagne, probablement "pour faire propre" - la campagne avec des herbes, des buissons, des arbres, des animaux, c'est si sale ! D'où vient cette ignorance de leur pays, cette incompréhension de leur propre bien commun ? Du formatage par les notices d'emploi des marchands d'herbicides ? De plus loin encore, nous l'avions vu avec Le temps des grâces, le précédent film de Dominique Marchais.
    Puis, nous découvrons des gens qui joignent leurs compétences, leurs motivations, leurs enthousiasmes pour réaliser un lotissement à Faux La Montagne. Encore un lotissement... Mais un lotissement intégré au paysage, un lotissement avec des maisons qui forment rue, ou faubourg, des maisons et des jardins protégés comme construisaient les anciens et comme on devraient construire en développement des villages - donc, un quartier.
    Puis nous continuons à descendre les rivières jusqu'à la Loire, et, très vite, ça se gâte avec la présence de plus en plus massive du système de la marchandise financiarisée. Une belle figure d'élu qui débite la propagande apprise par coeur. Des camions géants sur des routes comme des autoroutes. De plus en plus de camions. Des zones industrielles, des zones d'activité, des plates-formes logistiques gagnées sur la terre et la vie - mais avec label environnemental... Et puis des maisons plantées sans idée au milieu de terrains gaspillés ; des réseaux étendus, étendus, étendus, et leur traduction lisible en déstructuration écologique et sociale, et en gaspillage croissant d'énergie fossile. Des kilomètres carrés et des kilomètres carrés de terre et de campagne recouverts de bitume et de béton. La colonisation des esprits et de l'espace par un système totalement dérégulé qui dévore tout et étend partout des banlieues vouées à l'échec écologique, social et énergétique ; mais un système nourri par l'argent public massivement détourné pour servir la dérégulation, le système prédateur de toute vie qui impose partout ses monopoles radicaux créateurs de dépendances, de servitudes et de nouvelles pénuries.
    Peu à peu, d'initiatives inspirées en problèmes en expansion, tantôt en positif, souvent en négatif, nous découvrons les grandes lignes d'un rapport de forces exacerbé autour du bien commun. Le bien commun ?, les communaux - comme on devrait dire encore... Ils sont presque partout détournés, privatisés, détruits, et leurs trop rares défenseurs ont fort à faire pour en sauver des miettes. Après Nantes, près du Lac de Grand-Lieu, nous contemplons l'expansion vertigineuse du béton et du bitume qui, en plein accroissement de la crise climatique, et alors qu'il faut économiser les déplacements et l'énergie, nous précipite vers de plus grandes difficultés encore. A peine le temps d'une pause sur les eaux du lac et nous apprenons la perte de beaucoup de chemins communaux "mis en vente par les maires". Ce petit détail dit tout de la guerre des communaux qui bat son plein sur toute la planète.

    Comme souvent, le fil de l'eau nous a naturellement conduit vers un autre fil précieux devenu aujourd'hui aussi fragile : celui du bien commun. Celui-ci nous guide pour décrypter les stratégies du grand détournement toujours en cours depuis des siècles. L'histoire nous l'apprend, c'est une guerre : la guerre des communaux ; une guerre toujours perdue par les peuples et la vie jusqu'à aujourd'hui. La guerre qui est cause de la crise écologique et sociale planétaire. Mais, comme l'ont compris les bâtisseurs de l'éco-quartier à Faux la Montagne, le fil du bien commun montre aussi le chemin pour rompre avec le système des monopoles radicaux et inverser le cours des choses...
    Pourvu que beaucoup plus s'intéressent au fil de l'eau !
    Alain-Claude Galtié
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