Tiens, nous voici dans une atmosphère qui n'est pas sans rappeler la fin des sixties ou, si l'on préfère, le début des seventies ! Une famille hippie-écolo-libertaire vit dans le fin fond des bois du nord-ouest des Etats-Unis. Une sympathique tribu constituée d'un couple et de sept enfants. On chasse le cerf à la manière des Indiens, avec un arc et des flèches et même à mains nues pour montrer qu'on est un homme. Papa enseigne à ses rejetons aussi bien la physique quantique que la Constitution des Etats-Unis, le tout entrecoupé d'exercices physiques des plus rudes qui doivent permettre aux enfants de faire face à tous les dangers et à toutes les situations. Maman, ex-avocate, est devenue bouddhiste après avoir été élevée dans une famille catholique des plus conservatrices. Tout va à peu près bien jusqu'à... Et là les choses vont changer du tout au tout. Le film devient alors un road-movie. Destination l'Amérique avec ses complexes autoroutiers, ses fast-foods, ses villes aux innombrables gratte-ciels et surtout son idéologie mercantile et consumériste. Dès lors, on le comprend, tout sera affaire de contrastes soulignés de la manière la plus caricaturale qui soit : aux écolos adeptes d'une vie en harmonie avec la nature va s'opposer une Amérique ultra-réactionnaire qui ne peut admettre d'autres manières de vivre que l'American way of life. Il faut dire que le scénario ne donne pas dans la dentelle et que le "Captain Fantastic", incarné par Viggo Mortensen, a le don de se mettre à dos sa belle-famille par son art de la provocation. Cela dit, c'est une comédie mais aussi une fable et, comme beaucoup de fables, elle comporte quelque chose de simpliste. Fable qui interroge sur l'Amérique et son évolution, sur son rapport à la consommation, mais aussi et surtout sur une forme d'éducation qui a encore ses adeptes : enfants non scolarisés, élevés par des parents qui soit donnent dans le laxisme, soit - c'est le cas ici - ont tendance à imprimer à leur pédagogie rousseauiste un accent fascisant. Enfin c'est l'occasion pour le cinéaste, Matt Ross, de développer le thème de la paternité et du rapport d'un père à ses enfants en l'absence de la mère. Viggo Mortensen est impressionnant dans le rôle-titre, à la fois tyran et complice des enfants ; à ses côtés toute une ribambelle de jeunes acteurs et actrices jouant avec un beau naturel (surtout les plus jeunes). En somme, un film sympathique et qui rappelle l'atmosphère baba-cool de nombreuses œuvres cinématographiques qui ont marqué le tournant des années 60-70 et qui proposaient déjà d'autres formes de vie, d'autres utopies.