Du cinéma qui patauge et qui se baigne dans l’agréable savoir-faire et dans la douce passion. Vivre, mourir, des sujets drôles car potaches, tristes par fatalité. Caine et Keitel sont rassemblés en cet hôtel béni pour chercher le repos et l’inspiration. Tandis que l’un refuse de participer à son hommage dédié par la reine elle-même, l’autre doit se faire aidé par un groupe de jeunes cinéastes pour la fabrication d’un scénario. Mais les deux posent une semblable problématique, qui se confond comme la question quotidienne et celle la plus importante : « combien de gouttes as-tu pissé aujourd’hui? ». De l’art aux grands pieds d’argile qui ne se traînent jamais, mais qui courent, courent et courent sans y trouver fin grâce à un casting somptueux et au réalisateur Sorrentino lui-même. Qu’on l’aime ou pas, le spectateur ayant vu au moins deux de ses films serait hypocrite de ne pas considérer son talent comme vrai. Mais il faut aussi des imbéciles pour faire un monde, alors tant pis, comme disait Amiel dans l’intimité de son journal récurrent : « chez l'idiot la sottise naturelle coule à pleins bords ». Ce qui nous est montré sont des rencontres fortuites, accidentelles, un Diego Maradona (sosie aidant) nostalgique de sa carrière de footballeur, et bien-sûr, quelques jeunes pour compléter la bonne équipe d’acteurs. Un ton mélancolique se dessine peu à peu, égayant un champ de quelques bruitages animaliers ou en remplissant un autre d’actrices qui avaient eu « la chance » de tourner avec le réalisateur qu’interprète Harvey Keitel, répétant à l’infini les mêmes répliques sur une intonation semblable. C’est une pure fléchette, enflammée à l’art, empoisonnée à l’amertume puis parfois à la facilité, qui ne vise dans le mille que rarement mais qui parvient à atteindre le vert, proche de la cible et valant le plus de points, ou ce même vert qui complète la nature environnante, autour de l’hôtel luxueux dont feront partie un compositeur et son fidèle ami. On reste étonné de la tendresse de leurs liens tout comme de la loufoquerie du scénario et sa soudaine émotion, qui jaillit et qui nous flatte tout en nous surprenant. Et c’est bien pour ça que « Youth » donne beaucoup de plaisir à être vu : bien que se relâchant parfois, le long-métrage est un sympathique moment de fantaisie et de souplesse sentimentale. Une pure bouffée d’air frais qui nous libère et nous fait envoler hors de la salle durant près de deux heures sans jamais ennuyer et, bien-sûr, encore moins sans verser dans la platitude et la faiblesse technique et scénaristique. Le film ne touche pas toujours juste, mais qu’il peut être grandiose!