Si Un homme idéal est l’une des belle surprises françaises du moment, c’est parce qu’il possède deux niveaux de lecture. D’une part, nous avons l’histoire de Mathieu, un homme ambitieux, voulant faire de sa passion son métier. Sauf que n’est pas écrivain qui veut, et tous ses efforts ne servent malheureusement à rien. Jusqu’au jour où la chance lui sourit. Il tombe sur un manuscrit qu’il décide de publier à son nom. Son coup fait mouche, c’est un carton. Sauf qu’un mensonge se paye, tôt ou tard.
Prendre l’identité d’un autre peut avoir des conséquences redoutables, que cela soit pour son entourage, mais aussi pour soi-même. Pierre Niney, en Delon revisité, est formidable de pathétisme en homme invisible qui cherche à exister. Dans une ambiance troublement sexy, Ana Girardot (habituée à aimer des hommes qu’elle ne connait pas, déjà dans La prochaine fois je viserai le cœur) apporte la touche féminine et sensuelle qui manque souvent à ce genre de polar.
D’autre part, Un homme idéal prend le virage du thriller, avec son lot d’hémoglobine, d’hallucinations et de « faux semblants ». Malgré des incohérences dans le scénario qui ne ternissent pas l’attractivité du récit, le stress est omniprésent, notre corps se crispe, le pouls s’accélère, rien ne va plus. Comment un homme a pu se mettre dans une telle situation ? Grâce à l’empathie apportée par cet ange diabolique de Niney, nous nous mettons dans sa peau, comme si ce personnage à la dérive pouvait très bien être nous. Pari réussi, nous sortons de la salle en nage, épuisé d’être passé à côté de notre vie.