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Un visiteur
3,0
Publiée le 3 novembre 2015
Filmé presque comme un documentaire, j'ai ressenti beaucoup de distance. Du coup, j'ai eu du mal à me laisser émouvoir mais le film m'a bien plu. Les tous premiers acteurs semblent être des amateurs ainsi que plusieurs autres comédiens (répliques récitées et surjouées, surtout la petite soeur). D'où ma note moyenne.
Philippe Faucon trace le joli portrait épuré d’une quinquagénaire maghrébine qui a tout sacrifié pour ses deux filles : sa vie personnelle, son ambition professionnelle et sa soif culturelle.Une mère courage incarnée avec pudeur et justesse par une actrice non profesionnelle, entourée de deux jeunes comédiennes parfois maladroites mais servies par des dialogues percutants et réalistes.
Délicatesse et sobriété de la mise en scène comme celui du jeu des actrices. Les plans fixes, souvent américains, cadrent l’essentiel: les rapports humains. Stakhanoviste du don de soi, la mère s’évade dans l’écriture. Elle parle en arabe à ses filles qui lui répondent en français ; tout est dit.
Enfin un film juste et sans clichés sur les femmes musulmanes. Une mère courage, femme de ménage portant le voile et ses deux filles, beurettes modernes, l'une étudiante l'autre en révolte. Ni l'une ni l'autre ne veut le destin de la mère. Après la désintégration, Faucon nous fait un film sur l'intégration. La dernière scène est très émouvante.
Chronique d'une famille maghrébine dans une France au racisme latent. La situation retenue est intéressante car elle témoigne à la fois d'une jeune qui dérape lentement (la sœur de 15 ans) et d'une autre qui cherche à faire fonctionner l'ascenseur social par le travail qu'elle fournit. La question de la langue est au cœur de ce film et rappelle que le vivre-ensemble passe par la compréhension de l'autre (subtilité du vocabulaire, expression des émotions, us & coutumes hérités, etc.). Un beau témoignage qui contribue à lutter contre le racisme.
Le film met en lumière l'histoire de cette femme sur qui la motivation quotidienne consiste au bonheur entier de ses enfants. Le récit très court, mais pas moins efficace, trace le portrait d'un personnage très intelligent, qui a compris et qui s'adapte à son environnement. Ce film restera dans un coin du cinéma français, car certaines répliques y sont inédites : c'est peut-être banal, mais rare sont les films où les interlocuteurs font des échanges franco-arabe. Le personnage de Fatima soulève un paradoxe qui mérite débat : elle a la fois très moderne et très consciente que le bonheur de ses filles passe par l'éducation, en cela elle figure à la marge de sa "communauté", comme très explicitement évoqué dans le film. Mais en même temps, reste inhibé, comme le père, dans un conformisme et des codes de bonne tenue. Le regard de l'autre est quelque chose chez eux qui est légion. Cela a une emprise entière sur leur comportement, et c'est vraiment très bien retranscrit à l'écran.
Ce qu'on ressent avant tout à la vision de ce film inspiré est l'impression d'une grande douceur : hauteur des voix, sensibilité et précisions des dialogues, jeux tout en finesse des trois superbes actrices, même lors de leurs énervements, simplicité et pudeur de la mise en scène, absence de musique... Proche de Abdellatif Kechiche et de Maurice Pialat dans la manière dont les interprètes sont en relation, Faucon donnent cependant une approche plus sociologique (et c'est la faiblesse-relative- du film). Le cinéaste énumère les problèmes d'intégration (accès au logement, difficulté du monde du travail, tensions religieuses dans la famille...) Si Faucon commet cette erreur par trop naturaliste, il a le mérite de réussir d'une autre façon ce film par la force de son écriture et la direction de ses actrices, toutes sublimes. La mère toute en pudeur et en retenue dans un rôle digne des meilleurs films du néoréalisme italien, très ambîgu. La plus jeune soeur toute en violence contenue d'une adolescence à problèmes et la grande, ambitieuse et solaire. A noter aussi le rôle du père, un homme empreint de contradictions mais très humain. Alors que bien des films portent en eux un certain ennui en raison d'une durée trop longue, on aurait aimé que Fatima durât plus longtemps. Le film aurait eu sûrement plus de choses à dévoiler. Fort et prenant, il est selon moi le meilleur opus de Philippe Faucon.
La bonne surprise du mois! Le film nous montre les difficultés de dialogue mère-filles dans une famille d'émigrés et l'opposition tradition/modernité. Remarquable interprétation des trois principaux rôles féminins.
La femme respectable dans toute sa splendeur. Celle qui ne se laisse pas flancher devant ses filles, qui travaille jusqu’à pas d’heures et qui vit dans le mal-être avec bien l’envie, en sortant du boulot, de s’en plaindre, mais elle ne peut pas. Ou plutôt elle ne veut pas. Avec son ton jamais misérabiliste, « Fatima » touche juste, se plaque de force dans le vif du sujet mais avec une tendresse qu’on ne retrouve aujourd’hui que dans très peu de films. On peut alors parler sans peine de la très bonne interprétation de Soria Zeroual pour qui, faut-il le rappeler, est le premier rôle et n’espérons pas le dernier. Du cinéma naturaliste dans toute sa pureté et sa beauté, une caméra comme collée à ses personnages pour mieux pouvoir les observer dans la vie de tous les jours et la quête du meilleur que possède une mère pour ses deux filles. Dans un pays dans lequel elles sont le plus souvent placées sur un banc particulier, elles tentent de vivre, puis parfois même de survivre à l’impulsion de la crise économique sur une mère et sur sa fille étudiante, tandis que l’autre, n’appréciant pas le scolaire, chute en pleine crise identitaire. Et c’est bien pour cela que ce film ne touche pas seulement une population « immigrée », installée depuis peu sur un autre territoire, mais franchit plutôt les frontières et ses préjugés si durement implantés depuis des siècles et des siècles, instaurant au même moment des conflits au sein d’une société basée sur l’individualisme et sur la méfiance de l’étranger. De cette société, Philippe Faucon préfère en montrer des particules d’humanité qui y circulent, relatant les difficultés d’une mère à apprendre une langue ou le trac que subit une étudiante en médecine, stressée par son devoir de réussite. Une belle métaphore se produit alors, montrant la mère de famille n’arrivant pas à s’exprimer avec ses enfants, sauf que la barrière de la langue y est oubliée. Elle peut leur parler, mais guère se faire comprendre par elles. Bien que l’histoire qui en découle manque souvent d’énergie dans son rythme et manque parfois d’émotion pour nous faire décoller, le casting parvient cependant à nous toucher profondément grâce à leurs jeux, justes et honnêtes. On y retiendra la grande prestance de Zeroual, et la bonne maîtrise de la réalisation. Les deux combinés, on obtient un projet qui nous touche au coeur, et qui reste en nos esprits telle une envolée contrôlée par ses acteurs et son auteur.
ÉBLOUISSANT ! Une puissance inouïe à travers un jeu d'une sincérité profonde. Une adaptation sans faille de la réalité de tant de femmes et familles d'immigrés que la société refuse d'intégrer. C'est l'ensemble de ces familles qui sont victimes de forts préjugés et de la mise au ban de la société française car ne partageant pas la même origine et étant considérés comme "non intégrés". L'issue de ce film est heureuse et porteuse d'espoir, n'en faut-il pas oublier la myriade de situations analogues qui n'ont pas ce beau final. Les enfants de ces familles, sur qui pèse la double peine de la barrière de la langue et de la nécessité "d'intégration", sont dans un mal-être constant... jamais suffisamment "français" et coupés des origines. Ils regardent vers un modèle bourgeois qui impose à tous de porter ci de porter ça, l'excellence pour les meilleurs et qui piétine la réussite de chacun et ne donne pas ses chances à tous. Après nous rappeler ou faire découvrir cette réalité là, c'est un sentiment de révolte qui est transformé et ravivé pour changer cette société classiste et raciste.
Après La désintégration, Philippe Faucon continue de nous parler du malaise social qui persiste en France. Plus apaisé, son récit suit le quotidien d'une famille d'origine algérienne. Mais contrairement à son film précédent, le réalisateur ne s'attache ici qu'à des figures féminines. Fatima, la mère, est une femme de ménage qui travaille autant que possible pour subvenir aux besoins de ses deux filles, Nesrine et Souad. La première, douce et travailleuse, entame sa première année de médecine. La seconde, révoltée et impertinente, passe son temps à sécher sa troisième.
Au plus près du réel, Fatima prouve que la simplicité n'empêche pas de dénoncer. Épuré et dénué de tout artifice encombrant, ce film décrit la situation complexe et difficile que les immigrés subissent chaque jour en France. En partant d'archétypes bien choisis, le cinéaste parvient avec justesse à brosser le portrait d'un pays souffrant toujours de ses stéréotypes. Ces nombreux moments de vie, filmés avec une fausse naïveté, placent le spectateur en tant que triste témoin d'une société malade.
Mais l'auteur, et c'est la meilleure façon de l'exposer, ne se montre jamais colérique et délivre une œuvre pleine de sagacité. Nullement utopiste, l'homme se montre pragmatique en montrant les conséquences de cette discrimination. Nesrine et Souad sont radicalement opposées. Quand l'une veut à tout prix réussir pour rendre sa mère fière d'elle, l'autre ne fait que s'opposer à cette figure d'autorité. Est-ce une question d'âge et de maturité ? Évidemment, mais aussi de tempérament. Face à leurs statuts particuliers et paradoxaux de fils d'immigrés, comment réagir et réussir à s'insérer. Problème, en 2015, toujours irrésolu.
'Fatima' (le film comme son personnage principal) rayonne de bonté et de tendresse, présente avec beaucoup de finesse et de dignité des problèmes humains universels et à la fois propres à la société française. L'image est belle et poétique. Un bijou.
Ce film m'a beaucoup touchée et c'est à chaque fois du si fort personnage de Fatima que me sont venue les émotions les plus fortes. La sincérité des échanges, la simplicité des situations, la justesse de certaines scènes permettent à l'empathie de se développer. On admire la force intérieure de cette femme exilée, seule, dont on sait si peu de choses (d'où vient-elle exactement ? qu'en est-il de sa famille ? de son histoire ?) qui porte dans son cœur l'amour et la peur pour ses deux filles. Que vont-elles devenir dans ce pays où elle-même n'a pas grandi et dont elle ne peut leur apprendre les codes ? Comment les aider à y trouver leur place et leur valeur, elle qui "ne parle même pas français" ? Plusieurs nuances de cette "seconde génération" s'esquissent... avec une ainée toute acquise à la réparation du destin maternel (et des sacrifices consentis pour elle au nom de l'avenir et de l'espoir) et une cadette en contestation, en souffrance face à un modèle qu'elle juge indigne et qui ne lui donne pas lieu de s'identifier avec fierté. Le film n'est pas porté par des têtes d'affiches. Une non-professionnelle, deux jeunes comédiennes à leurs débuts... mais voilà justement peut-être le lit de sa fraicheur et de son humilité. Des moments de grâce... l'écriture des poèmes, la lecture à cette médecin qui prête une oreille pour chaque langue, et ce doigt qui parcours la liste des étudiants... Une jolie musique. Pas de spectaculaire, pas de grands discours... un film simple et beau. Bravo, encore des films comme celui-ci s'il-vous-plaît !
Philippe Faucon adapte librement un recueil de poèmes et d'écrits signé Fatima Elayoubi. "Elle a appris quasiment seule, en déchiffrant puis en lisant tout ce qui lui tombait sous la main. Aujourd’hui, son expression est riche et minutieuse, on sent un besoin de l’exactitude du mot qui exprimera sa pensée ou son ressenti." précise le réalisateur.
Il démontre parfaitement le chemin solitaire, difficile et douloureux que l'héroïne de son film choisira pour exprimer ses pensées.
Non seulement pour sa propre vie, mais également pour trouver une crédibilité face à ses deux filles, dont la plus jeune est toujours dans le reproche et la honte de voir sa mère "nettoyer la merde des autres".
Le film est lumineux, d'une incroyable énergie, tout en délicatesse, non dépourvu d'humour et d'une grande profondeur. Une leçon de courage et d'optimisme mélangés.
Le rôle essentiel revient à Soria Zéroual, actrice non-professionnelle, qui vit à Lyon. Une mère magnifique dans un film tout en finesse, sans affect, sans grandiloquence et qui invite au respect. Soria Zeroual, Zita Hanrot et Kenza Noah Aïche, deux générations de femmes toutes trois magnifiques et tout simplement inoubliables.
Film nécessaire et attendrissant d'un joli trio féminin révélant l'actrice Zita Hanrot. Philippe Faucon réussit une retranscription réaliste et délicate.