(...) Malgré son budget microscopique, Mitchell fait le pari de faire un vrai film, non pas en found footage, mais avec une mise en scène, un scénario bien construit, des personnages tangibles et une ambiance propice à la flippe. "It follows" n'est pas le film le plus terrifiant de tous les temps, en fait, je dirais même que j'ai rarement été effrayé par le film et pourtant, je tremble facilement. Mais l'essentiel n'est pas là. Le but n'est pas de vous faire sursauter toutes les 5 ou 10 minutes avec des jump scares ou bien de faire traîner l'apparition d'une menace. Non, Mitchell construit son scénario sur un schéma classique (petite intro de 15 minutes, apparition de la menace, montée en tension, échecs répétés face à cette menace) mais efficace. Tout d'abord, j'apprécie le fait que le tout ne tombe pas dans un schéma à twists ou bien visant à tout expliquer. Il garde sa ligne fantastique jusqu'au bout. La science et le rationnel n'ont pas leur place ici. Cela s'explique tout d'abord par l'absence des adultes, qui sont là sans vraiment être là, apparaissant en tant que silhouettes ou via des photos souvenirs (petite statistique éloquente au passage, 90% du temps que passera un enfant avec ses parents le sera avant ses 12 ans). Délaissés, abandonnés, confus, les héros du film doivent donc trouver des réponses, seuls. En creux, Mitchell évoque beaucoup de thématiques du monde adolescent mais il ne se montre jamais direct et encore moins condescendant. Via quelques plans, il parle de suicide, d'anorexie, du manque de confiance, du bouleversement hormonal et son entité qui se transmet sexuellement (le réalisateur a expliqué lors d'interviews que les préservatifs n'empêchaient pas la contamination) devient ainsi un symbole limpide. Pour autant, il ne se montre pas moralisateur. (...) Tournant dans un beau Scope, il donne de l'ampleur à chacun de ses plans et nous oblige à scruter chaque recoin de ce dernier afin de guetter la menace. De plus, il se sert de certains tics du cinéma arty (image un peu granuleuse, longs travellings contemplatifs) pour faire monter la tension. Il faut dire que d'entrée de jeu, il place la barre haute. A travers un plan-séquence tournoyant, il nous plonge dans une atmosphère où la peur sue à travers les yeux de son actrice, ne montrant pas ce qu'elle craint. Ce n'est que quand Jay sera elle ainsi sous cette même menace que nous comprendront un peu mieux. Et pour peu que l'on se mette à la place de l'héroïne, chaque séquence choc devient une torture. Le réalisateur a soigné son image et s'est fait plaisir à travers quelques séquences spectaculaires qui alternent montées de tension et plans chocs, ne cédant pas forcément à un découpage heurté à chaque fois. Il tient son film de bout en bout, arrivant à captiver et à intriguer le spectateur et il ne cède que rarement aux grosses ficelles.
Il orchestre également un final tétanisant dans une piscine publique
qui ne vous laissera guère de répit. Un classique moderne. La critique complète ici