Ce sentiment d'inéluctabilité qui pèse tout le long du film, et qui perdure même encore après, est une des principales réussites de "It Follows". Quoiqu'il arrive et quoiqu’il advienne, c'est fatal, la Chose te poursuit, te traque et te retrouvera. Ce sentiment inexorable, grande force du long-métrage, est renforcé de toutes parts grâce notamment au parti pris stylistique du réalisateur qui axe l'aspect visuel sur une dimension très froide, monotone, presque symétriquement anormale. Quoi de mieux qu'une banlieue banale dans un état quelconque des États-Unis ? Là où se trouve le même sentiment de calme et d'uniformité surgit la peur et un chaos bien tranquille. Le film est composé principalement de longs mouvements de caméras vers l'avant, ou se projetant vers l'arrière illustrant la marche inexorable et inarrêtable de la menace vers ces ados livrés à eux-mêmes. Les plans se suivent et se ressemblent, toujours dans cette même fatalité : on avance le long des routes, les façades décrépies des banlieues abandonnées défilent dans une même harmonie, les rues désertes se ressemblent trop, les chemins conduisent au point de départ, et les mouvements rotatifs soudainement proposés par la caméra dévoilent la lente et angoissante arrivée du danger, sourdement, sans bruit, sans visibilité. La bande-son, quasi-expérimentale dans ce qu'elle propose, accompagne cette ambiance sourde, pesante, véritablement lourde d'une angoisse bien plus intériorisée qu'extériorisée qui traverse le film et l'histoire de ces personnages enfermés dans un piège inextricable. La scène d'ouverture est d'ailleurs sans appel : la menace s'insinue subrepticement et frappe subitement le moment venu. Aussi, "It Follows" est de ces films d'horreur qui sortent complètement de l'ordinaire et proposent une expérience d'angoisse intérieure, de mal-être inexplicable mais maladif que l'esthétique visuelle frappante ne fait que mieux illustrer encore. L'avancée de ces personnages aux confins de leurs peur intimes et profondes (le danger du sexe, le passage à l'âge adulte, la peur de vieillir, la mort comme point final de l'existence) se fera dans la difficulté, dans l'amour et la jalousie, dans l'entraide mais l’incompréhension, sans que jamais la figure parentale n'intervienne, les laissant véritablement laissés pour compte à la merci de ce danger pesant. On le répète, les interprétations multiples du film semblent passer au second plan (et c'est peut-être dommage), tant l'ambiance et le visuel laisse une marque profonde dans l'esprit du spectateur. Le ressenti est plutôt rare, surtout dans le genre de l'épouvante-horreur et procure un plaisir certain, jusque dans son dénouement qui ne se dépare jamais de ce ton fataliste et désespérant.