La fin d’année civile marque l’occasion de revenir sur les films qui ont « compté ». Adulé par les critiques, « It follows » semblait être le film d’horreur incontournable de 2015. Vraiment ? Inquiétant mais pas horrifiant, le long-métrage était pourtant rempli de belles promesses : avec une si bonne presse et une ouverture de film impressionnante, on s’attendait à être emporté dans un genre nouveau et effroyable. Mauvaise pioche : le rythme est lent, très lent (malgré quelques scènes plus intenses) et l’ambiance pesante devient répétitive voire lassante. Le film, intelligent, manque d’horreur et le problème c’est que c’est ce que nous étions venus chercher, sans vraiment la trouver.
L’affiche promotionnelle aux divers superlatifs, une distribution incroyable d’étoiles sur les sites de critiques cinématographiques étaient l’annonce d’une belle révélation. Et pourtant, après la vision du film, nous serions tentés de dire : « tout ça pour çà ? ». En effet, si on reconnaît que le travail de réalisation est soigné, le scénario n’a rien de transcendant et le film ne révolutionne pas son époque, que du contraire. Là où certains crient au génie, on aurait tendance à dire que le film est correct mais peu innovant.
« It Follows » est le deuxième long métrage de David Robert Mitchell. Le premier étant « The Myth of the American Sleepover » (« la légende des soirées pyjamas ») au genre radicalement différent bien que traitant également de l’adolescence. Avec la sortie remasterisée de « The Thing » de John Carpenter, on peut aisément constater que Mitchell semble vouloir travailler dans la même lignée. De son côté, il propose un film d’horreur où une bande d’adolescents devront affronter une chose les poursuivant
chacun à leur tour et il est bien évidemment difficile de s’en débarrasser.
Pour jouer le jeu, une brochettes de jeunes acteurs dont les visages sont peu connus : la jeune Maika Monroe qui, a seulement 22 ans possède déjà une petite filmographie bien fournie, interprète Jay, l’héroïne du film, Jake Weary (Hugh, petit ami à l’origine du mal qui les traque) , le britannique Keir Gilchrist (ami fidèle de la jeune fille) , Olivia Luccardi (Yara, la bonne amie de Jay) , Lili Sepe (Kelly, sa sœur) et Daniel Zovatto (le voisin peu impressionnable)… on constatera d’ailleurs qu’il y a peu « d’adultes » à l’horizon. Leurs interprétations sont justes et ne tombent pas dans la dérision comme on peut parfois le voir dans d’autres films du genre. Pas d’ironie, pas d’humour au second degré (bien qu’on rira à quelques répliques bien amenées), on est dans le stress du début à la fin et les comédiens le maîtrisent plutôt bien. Le casting, même s’il est composé essentiellement d’acteurs débutants, signe un sans faute.
Le souci vient de l’intrigue à proprement parler. Une vilaine chose aux multiples apparences poursuit des adolescents sans que l’on ne sache trop pourquoi. La seule raison ? Avoir eu un rapport sexuel avec une victime de cette malédiction. A chaque acte physique, l’entité se transmet et il faut ainsi essayer de la refourguer au plus vite pour pouvoir y échapper… Là, on met un petit halte-là car ce n’est pas très catholique tout çà ! Plus sérieusement, l’idée de base pose problème quand on sait que les adolescents peinent à se protéger et à vivre des relations « épanouies ». Le sexe, outil de transmission de calamité ? A moins que le réalisateur ait voulu faire une prouesse métaphorique sur les MST (maladies sexuellement transmissibles), on a du mal à cautionner le propos : coucher pour transmettre le « mal », la peur, c’est un peu border line, non ?
Par contre, le tour de force de David Robert Mitchell vient des poursuites incessantes, un peu stressantes, bien amenées et bien filmées.
Pour preuve, ce moment de répit loin de la ville où les adolescents pensent être à l’abri alors que l’entité malveillante s’en donnera à cœur joie quelques minutes plus tard. Même chose avec la scène finale dans la piscine : dans un premier temps, on la trouve improbable voire ridicule mais lorsque les choses tournent mal, on est bien obligé de dissimuler notre sourire niais et nous serrons un peu plus les poings…
Avec ce film, on est souvent dupé mais jamais vraiment étonné. Raison pour laquelle il est difficile de dire si on a aimé ou non l’expérience ciné. Pire, on s’étonne que le film ait remporté le prix de la critique au 40ème festival du film américain de Deauville et le Grand Prix du Festival international du film fantastique de Gérardmer en 2015. Le réalisateur dit de son film que c’est un cauchemar. Que « quand vous vivez un cauchemar vous n'essayez pas d'en expliquer la logique. Vous essayez d'y survivre ». Oui mais quand même Monsieur Mitchell, même en essayant de ne pas trop intellectualiser votre film, on aurait bien voulu ne pas passer totalement à côté et trouver un peu plus l’horreur que vous vouliez nous présenter…