L'Homme irrationnel
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455 critiques spectateurs

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christine D.
christine D.

36 abonnés 52 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 18 octobre 2015
La perfection ! Woody Allen n'est jamais aussi bon que quand il insère dans ces films une dose de suspense, voire de cruauté perverse. Le film peut se lire à au moins trois niveaux, une réflexion désabusée sur la vacuité de la philosophie (du moins quant à sa capacité à résoudre les questions existentielles), un thriller psychologique, mais aussi une intéressante illustration sur la contradiction entre l'engagement réciproque en couple et l'attirance sexuelle. C'est très bien fait, on ne s'ennuie pas une seconde et Joaquin Phoenix est tout simplement génial, Emma Stone aussi d'ailleurs !
officiel76
officiel76

56 abonnés 411 critiques Suivre son activité

1,5
Publiée le 26 octobre 2015
c'est mauvais, c'est creux, c'est niais au delà du supportable, et surtout c'est joué par la cruche du siècle dont le seul jeu consiste à spoiler: rouler ses yeux de veau.
...une horreur. dommage, à la fin, on voudrait bien que ce soit elle qui meure, au moins, le film serait un peu trash. il y a même des scènes qui font penser aux plus mauvais sitcoms que l'on peut voir à la télé !
Benji S.
Benji S.

105 abonnés 48 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 16 octobre 2015
Avec l'age certain prennent de la bouteille, d'autre s'enfonce dans un abime sans fond. Et bien Woody Allen fait partit de cette première catégorie. Il n'a rien perdu de sont talent et de son coup de patte artistique, chaque année il revient avec quelque chose qui en ravira plus d'un et bien cette année et la bonne pour moi après une certaine déception pour "Magic in the Moonlight".

Globalement j'ai jamais trouvée Woody Allen mauvais ni moyen, ni même excellent ou jouissif mais plutôt une vision d'un réalisateur "bon" dans l'ensemble. Mais parfois il y a des années ou le cru est d'une excellences! Et bien pour moi 2015 en fait partie au même titre que "Match Point". C'est un réalisateur qui ne prend pas temps de risque que ça, mais arrivera toujours à trouver un public réceptif à ses films sociétale.

Un Homme Irrationnel ma donc particulièrement touché par son rythme tendre et poétique avec sa pointe de thriller qui laisse en allène le spectateur mais tout gardant intact ou presque ce coter romanesque. On oubliera pas d'applaudir Joaquin Phoenix qui apporte une âme au personnage.
Emma Stone a également livrer une belle prestation (Les muses de Woody sont toujours rayonnante.)
La fin est quand à elle toujours une surprise, rien n'est laissé au hasard pour faire quelque chose comme nul autre avec la lampe qui fait bien la transition et répond de manière violente au philosophe sur le "hasard" et en fait donc un homme irrationnel comme plein d'autre élément durant le film notamment "le mensonge" sujet qu'il aborde au début du film et qui s’avérera être en plein dans la contradiction plus tard... A souligner aussi une narration très intéressante.

Chapeau à l'artiste. 18/20
traversay1

4 481 abonnés 5 351 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 15 octobre 2015
Imaginez : séance spéciale au paradis organisée à la demande de Kant, Kierkegaard et Sartre. Et un débat à suivre avec Dostpïevski. Le film projeté ? L'homme irrationnel de Woody Allen, variation acidulée et moderne d'un roman célèbre de l'auteur russe susmentionné avec moult allusions à la philosophie du trio cité plus haut. On donnerait cher pour assister à une telle rencontre. Restons sur terre et délectons-nous de ce nouveau Woody Allen, pas loin d'être au niveau de Match Point. Tant pis pour ceux qui prendront (trop) au sérieux cette histoire de professeur de philo dépressif qui va trouver un moyen radical de reprendre goût à la vie. C'est une fable noire écrite avec un timing parfait, des dialogues corrosifs, un sens de la morale subversif et une narration maligne comme tout avec deux voix off lesquelles, pour une fois, n'alourdissent que modérément le propos. Cependant, s'il y avait un reproche à faire, ce serait ce côté parfois trop explicatif qui aurait pu faire dérailler le film. Mais que nenni, se jouant des codes de la comédie universitaire américaine, L'homme irrationnel prend un sacré virage dans son récit quand il cesse d'être drôle pour se métamorphoser en thriller épicé de macabres pensées. Ce qui frappe d'emblée dans le film, c'est sa mécanique de précision qui ne laisse rien au hasard, diversifiant les points de vue pour mieux en revenir à son personnage principal. La part de jeu est constante dans cette oeuvre au demeurant conceptuelle et cérébrale qui rappelle un grand crû hitchcockien (en donner le titre serait criminel mais c'est assez facile à deviner). Autres qualités incontestables du film : son montage, ciselé, la qualité de sa photo, merci Darius Khondji, et son interprétation. Celle de Joaquin Phoenix est géniale et Emma Stone s'avère être une muse tout à fait talentueuse, apte à résister à son charismatique partenaire. Malicieux, désinvolte et rusé, L'homme irrationnel ne fait sans doute que reprendre les thèmes de prédilection de son réalisateur. La sauce prend quand l'assaisonnement réjouit et titille le palais. C'est le cas ici.
ninilechat
ninilechat

84 abonnés 564 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 17 octobre 2015
Tous les jours, la poule Allen s'installe sur son pondoir et hop! parachute un œuf.
Non, j'exagère; pour Woody c'est une fois par an seulement, mais régulier!

Mais l'œuf du jour est un œuf Fabergé! On ressort vraiment euphorique. Cet opus philosophique qui vire au thriller est irrésistible, et pour une fois chez Woody Allen, dites donc, c'est la morale qui gagne! (de justesse....

Abe Lucas, professeur de philosophie, arrive dans une fac de province (où il fait toujours beau, où les étudiants sont gentils et les étudiantes en short, où le corps professoral semble avoir comme préoccupation, non sa carrière, mais les collègues du sexe opposé) précédé d'une flatteuse réputation d'homme à femmes. Hélas, Abe est complètement dépressif et s'est laissé pousser le ventre. En gros, il enseigne à ses étudiants que de Husserl à Heidegger, tout n'est que bullshit. Tout cracra, avachi, et gonflant à l'extrême son estomac qu'il se montre, Joaquin Phoenix reste irrésistible! Il est même plus sexy que jamais, ce qui n'échappe pas à la sémillante Rita (Parker Posey), professeur de chimie. Même s'il ne bande plus, notre Abe se sent, lui, plutôt une inclinaison certaine pour une de ses élèves, la craquante Jill (Emma Stone) qui de son côté trouve Abe follement exotique, tellement plus que son gentil fiancé..... Comment Abe va retrouver dynamisme, goût à l'existence, projets d'avenir et naturellement vigueur sexuelle, c'est le sujet du film.

C'est drôle, mais surtout extrêmement bien fait. Tout s'enchaîne avec une implacable joyeuseté.... Tiré au cordeau. Il n'y a pas une minute de trop! Là où le moindre thriller dure deux heures quinze, Allen a l'élégance de boucler son histoire en moins d'une heure quarante cinq, et on n'a rien manqué, je vous assure... Tous ces incontinents de la pellicule devraient en prendre de la graine.

A voir de toutes façons, et tout particulièrement s'il pleut à verse et si vous avez raté votre train ou le passage du facteur. Preuve qu'on peut faire des films drôles -intelligents, sans vulgarité. La c'est toute la production française qui devrait en prendre de la graine...
anonyme
Un visiteur
4,0
Publiée le 14 octobre 2015
Je ne sais pas si c’est la vieillesse ou Emma Stone qui inspire à Woody Allen des décors aussi bucoliques mais L’Homme Irrationnel reprend les mêmes décors enchanteurs que dans Magic In The Moonlight tout en y accolant certains questionnements tragiques d’un bon Match Point. Réfléchit, bien amené et comme souvent assez cruel, L’Homme Irrationnel est un concentré de ce qu’on aime chez Woody Allen: une bonne tragi-comédie sans fioritures.
Non, Woody Allen ne fait pas toujours “les mêmes films”, il a simplement une patte, une manière de filmer et une manière de narrer qui lui sont propres. Et c’est toujours un régal.
La suite en suivant le lien
islander29

1 028 abonnés 2 662 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 14 octobre 2015
On est dans un cru "moyen" de Woody Allen, à cheval entre romance et policier......Cela se suit sans beaucoup de surprise hélas ni de twist marquant......On appréciera plutôt la relation entre Emma Stone et Joachin Phœnix, qui elle est à mi chemin entre romantisme et philosophie (lui est prof de philo, elle étudiante)......Il y a une ou deux répliques cultes qui se veulent cyniques (quand certaines personnes meurent la terre est un peu plus vivable) et un film qui avance sans ennui, c'est déjà pas mal (c'est toujours agréable 90 minutes, on reste bon ou mauvais) .....On est chez un Woody Allen, assez conventionnel, pas de musique à vous faire grimper aux rideaux, pas d'humour sous autre forme que celui d'un cynisme assez noir...... On reconnait peu sa patte en définitive, mais le réalisateur depuis 15 ans cherche apparemment son chemin......Qu'il reste lui même me semble un bon conseil, car au cinéma come dans la vie, l'authenticité finit par être reconnue.....Pour résumer, le film vaut plus par le jeu de ses deux acteurs principaux que par la griffe à peine perceptible de Woody;..A vous de voir.....
dagrey1
dagrey1

107 abonnés 655 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 15 octobre 2015
Toujours sur un ton badin et sur un thème musical guilleret et récurrent, Woody Allen nous distille un polar sentimental à mi chemin entre matchpoint et la corde d'Hitchcock, l'aspect comique en plus. Le rôle principal convient à merveille à Joaquim Phoenix, cérébral dépressif et suicidaire avant de devenir un jouissif desinhibé. Bien sûr, le film est bavard et tourne à la masturbation intellectuelle, mais peut il en être autrement avec un film de Woody Allen?
Le film d'Ariane
Le film d'Ariane

87 abonnés 179 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 20 octobre 2015
Je n'avais pas aimé "Minuit à Paris" ni "Scoop" mais j'avais pris un plaisir fou à "Blue Jasmine" et adoré "Match Point" auquel son dernier film me fait penser, avec ce mélange bien dosé de cynisme et d'humour noir drapé de réflexions comiques et philosophiques. Abe Lucas est d'ailleurs un prof de philo à la dérive qui vient enseigner sur un campus de province. Précédé d'une réputation sulfureuse, suscitant crainte et admiration de la part du corps professoral et des étudiants, il promène son mal être et son désespoir dans les couloirs de l'université. Son alcoolisme et sa misanthropie séduisent néanmoins une collègue dont le mariage bat de l'aile puis une élève brillante qu'il commence par repousser avant d'en tomber amoureux. Il faut dire que Joachim Phoenix prête son charisme et son sex-appeal à cet enseignant fatigué. Sobre (au sens propre du terme évidemment), intense et touchant, il est formidable, tout comme Emma Stone, délicieuse et virevoltante. Ils forment un couple atypique et crédible qu'on voudrait voir s'aimer pour toujours. Mais le hasard, bien sûr, va compliquer les choses… car à la faveur d'une conversation à laquelle ils n'auraient jamais dû assister, Abe retrouve un sens à sa vie. Et c'est là que le film bascule vers une direction assez inattendue. L'immoralité la plus totale, les pensées les plus folles, un projet insensé et sinistre, redonnent à un scénario plutôt ronronnant, le twist farfelu qui lui manquait. Avouez que l'apologie du crime comme remède au vide existentiel ne manque pas de sel. Les dialogues font mouche et même si le film souffre, à mon avis, de 10 minutes un peu longuettes dans la dernière demi-heure, la fin, pour le moins cocasse, est réjouissante. Woody n'a pas perdu la main et sur cet opus aux tons chauds (le grand Darius Khondji à la photo), plane, comme souvent, un voile pudique de tristesse et de mélancolie.
Photo de Le film d'Ariane.
QuelquesFilms.fr

354 abonnés 1 759 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 16 octobre 2015
Woody Allen et les frères Coen suivent plus ou moins la même trajectoire, alternant comédies et films plus dramatiques. Cet Homme irrationnel s'inscrit dans la seconde catégorie, même si le début est plutôt placé sous le signe de la comédie de moeurs et du jeu amoureux. Un événement de rupture oriente ensuite le récit vers une dimension plus sombre où le réalisateur laisse libre cours à son goût pour les intrigues criminelles, quelque part entre Crimes et Délits, Meurtre mystérieux à Manhattan et Match Point. Une dimension où il laisse aussi libre cours à l'expression de sa philosophie, en opposant le rationnel et l'irrationnel, la "masturbation intellectuelle" et la vraie vie, l'illusoire désir de maîtriser les choses et l'importance implacable du hasard. Pour exprimer tout cela, il revisite deux thèmes classiques de la littérature et du cinéma, l'esthétique du crime parfait et la "moralité" du crime. Il convoque ainsi Hitchcock et Dostoïevski, mais également - et c'est plus original - Sartre et le courant existentialiste français, pour un détournement à sa façon. En gros : l'enfer c'est les autres et le meurtre d'un de ces autres est une action qui peut donner du sens à l'existence. Voire la rendre joyeuse en comblant un vide... Woody Allen traite cette matière avec un mélange d'humour et de noirceur, de cynisme et d'absurde, qu'on lui connaît bien. Pas de grande surprise, donc, mais l'ensemble se suit avec intérêt et plaisir. Comme toujours, c'est subtilement écrit, bien réalisé (en explorant les subjectivités des deux personnages principaux par le biais de deux voix off successives) et bien rythmé par le montage. La photo de Darius Khondji est plus sobre qu'à l'accoutumée, mais réserve quelques effets intéressants, notamment lorsque la silhouette de Joaquin Phoenix apparaît vibrante et presque irréelle dans un beau contre-jour. La BO jazzy est agréable. Et enfin l'interprétation s'avère convaincante (sans tic allénien dans la diction), avec une petite surprise : Joaquin Phoenix, en héros romantique ventru et tourmenté, se fait voler la vedette par Emma Stone (déjà présente dans Magic in the Moonlight) qui est d'une justesse parfaite. Quelques bémols cependant : une valse-hésitation générale entre légèreté et gravité qui empêche le film d'atteindre des sommets dans l'une ou l'autre tonalité, quelques évolutions trop attendues et un dénouement que l'on aurait pu espérer plus fin. Mais cela reste globalement un "bon Woody Allen", comme on dit.
Loïck G.

389 abonnés 1 825 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 19 octobre 2015
N’étant pas un fan absolu de Woody Allen, j’avoue que cet opus est parmi ceux qui me réconcilient avec un réalisateur qui s’est visiblement bien amusé à tricoter ce genre d’intrigues pseudo-existentielles, pour un prof de philo légèrement sur la touche et qui voit son destin basculer le jour où une discussion de bistrot le ramène à la vraie vie. Ce qu’il en fera est autre chose, mais Woody Allen, le scénariste cette fois joue avec malice sur des tableaux divers, où la noirceur n’est que palabres, et le thriller, un placebo. Un amalgame de circonstances qui paradoxalement se révèle dans un dépouillement scénique total, bien agréable. Joaquim Phoenix et Emma Stone forment un excellent couple, contre-nature. Des interprètes de première urgence.
Pour en savoir plus
Bulles de Culture
Bulles de Culture

147 abonnés 634 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 25 mai 2015
Très proche de Crimes et délits, on est comme toujours avec Woody dans une réflexion approfondie sur les raisons de l'existence. Cependant, on est ici dans un basculement jouissif de sa filmographie, là où le côté sombre et ironique prend enfin la pas sur son côté humaniste et propret.

L'ivresse, la transgression, il y a du piquant dans ce film réunissant deux acteurs captivant, Emma Stone et Joaquim Phoenix, les nouveaux Scarlett Johansson et Jonathan Rhys Meyers.
De smet M.
De smet M.

15 abonnés 44 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 30 septembre 2015
Cela fait maintenant dix ans que, chaque année, sans entrain, on va voir — cette expression n’a jamais été aussi vraie, tant on regarde peu ces films — le dernier Allen. Tous ont ceci de commun qu’ils se laissent aller à une facilité navrante de schématisation, suçant une idée jusqu’à la moelle et, s’il y en a un ou deux qui sortent du lot (citons Whatever Works pour son cynisme et Vicky Christina Barcelona pour sa sensualité), ils renvoient malgré tout à la caricature de lui-même qu’est devenu Woody Allen depuis Match Point : un névrosé amoureux surjouant son rôle.
Or c’est exactement de cette façon grossière que débute Irrational Man : un professeur de philosophie dépressif, naturellement alcoolique, vaguement suicidaire et passablement — apparement — émoustillant pour la midinette d’amphithéâtre classique arrive sur le campus et va tout chambouler. Citations sur citations, devoir masturbateur qui s’intitulent certainement « essais critique sur la Critique de la Critique critique » constituent le quotidien de Abe, entre deux rasades de scotch. Pourtant, aussi énervant sur papier qu’il soit, la bonhomie étonnante de Joaquin Phoenix donne d’emblée à son personnage un caractère certes crâneur mais pas tout à fait perdu : déjà un humour devenu inhabituel chez Allen s’en dégage, humour qui suintera de ce personnage petit à petit comme pour se déverser dans l’ensemble du film. Ce qui étonne d’ailleurs au début, c’est la manière dont Allen se joue de ses clichés, alors même qu’on le pensait tout à fait incapable de se rendre compte que ses personnages en étaient. C’est justement par eux qu’il nous fait rire : cette scène où de jeunes étudiants s’extasient, du fond de leur cossu manoir, devant un pistolet, évoquant avec malice « la roulette russe » pour, une seconde plus tard, faire sous eux lorsque Abe, lui, ose le dangereux pile-ou-face en est un bon résumé.

Mais si tout cela est plaisant, il ne suffit pas de sourire pour juger un film comme bon, d’autant que cet humour-là se fait encore un peu lourd et pour tout dire, on s’inquiète toujours sur la suite.

Heureusement, quelque chose se passe et vient tout changer [...]

Suite de la critique sur Pours Cinéphilie
poet75
poet75

298 abonnés 703 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 15 octobre 2015
Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'arrivée d'Abe Lucas (Joaquin Phoenix) en tant que professeur au département de philosophie d'une université des Etats-Unis ne passe pas inaperçue. Elle est précédée de rumeurs plutôt négatives : le nouveau professeur est réputé non seulement pour ses méthodes peu conventionnelles mais pour son manque de scrupule dès qu'il trouve une occasion de vivre une aventure avec l'une ou l'autre de ses étudiantes. Pour ce qui concerne le premier reproche, cela s'avère vite exact au point qu'on a le sentiment que l'enseignant tient en piètre estime la matière même qu'il enseigne. Quant à mettre des étudiantes dans son lit, pas si simple... La vérité, c'est qu'on a affaire à un homme dépressif, peu enclin à goûter quelque plaisir que ce soit. Ce ne sont pourtant pas les occasions qui manquent, deux femmes étant irrésistiblement attirées par ce qui lui reste de charme : avec Rita Richards (Parker Posey), l'une de ses collègues, cela tourne vite au fiasco, la libido d'Abe Lucas étant à peu près au point mort ; avec Jill Polard (Emma Stone, superbe), une de ses étudiantes, éprise au point de délaisser son fade fiancé pour préférer sa compagnie, il préfère se contenter d'une fervente amitié (quitte à alimenter les ragots, prompts à se répandre dans ce microcosme qu'est un campus).
Le hasard tenant souvent un rôle déterminant dans les films de Woody Allen, c'est à l'occasion de l'un d'eux que tout bascule. Alors que Jill et Abe sont attablés dans un café, ils surprennent une conversation mettant gravement en cause les méthodes et la probité d'un juge. Naît aussitôt dans l'esprit torturé du professeur une idée affolante qui, si elle se réalise, pourrait bien redonner du sel à sa morne existence. Commence alors la deuxième partie du film, celle qui conduit à la réalisation du projet criminel d'Abe et à ce qui ressemble à son retour à la vie. Car, dès son forfait accompli, l'homme retrouve instantanément tout ce qu'il se désolait d'avoir perdu, et son appétit de vivre et sa libido. A ses côtés se trouve une sorte de victime désignée: c'est Jill qui, d'abord consentante, devient, lorsqu'elle découvre à qui elle a affaire, comme la voix de la conscience égarée du professeur. Jusqu'à un dénouement qui doit (une fois encore) beaucoup à quelque chose de hasardeux.
Peut-être l'a-t-on déjà compris, la source d'inspiration avérée, affirmée, de ce nouvel opus de Woody Allen se trouve dans « Crime et Châtiment », l'un des chefs d'oeuvre de Dostoïevski. Dans le film comme dans le roman, il est question de commettre le crime parfait qui débarrassera le monde d'un être abject qui, de ce fait, ne mériterait pas de vivre. Ne se porterait-on pas mieux si disparaissaient de la surface de la terre l'usurière du roman et le juge inique du film ?
Cela étant dit, Woody Allen se garde bien de n'être qu'un copieur ou un pâle imitateur de Dostoïevski. Il s'approprie le récit du romancier russe pour en faire quelque chose de différent et de typiquement allenien. On peut même affirmer, me semble-t-il, qu'il en prend le contre-pied. Raskolnikov, le personnage de Dostoïevski, une fois son double crime perpétré, se rongeait de remords et de culpabilité. Rien de tel chez Abe Lucas qui, engoncé dans son orgueil, reste persuadé jusqu'au bout de son bon droit. Chez Dostoïevski, le chemin de la repentance et du salut était inspiré au criminel par Sonia, la lumineuse prostituée imaginée par l'auteur. Chez Woody Allen, Jill l'étudiante, qui se découvre plus conventionnelle qu'elle ne voulait le croire, a beau faire et beau dire, elle ne fait pas bouger d'un iota la conscience égarée de son professeur. Quant au châtiment, s'il était voie de rédemption dans le roman russe, il n'est plus ici que le fruit du hasard. A la déportation en Sibérie se substitue la chute dans un gouffre.
Qu'on se rassure, il n'est nullement nécessaire d'être un fin spécialiste de Dostoïevski ni même d'avoir lu le roman susnommé pour apprécier « L'Homme irrationnel ». Il suffit de se laisser conduire par une intrigue assez limpide et par la mise en scène élégante de Woody Allen. Il faut aussi accepter de se laisser interroger par la vision de l'humanité somme toute très pessimiste de ce dernier. Les criminels ne trouvent pas tous un chemin de salut et il en est d'impénitents comme celui que le cinéaste a choisi de faire évoluer. Nous aimerions sans doute que tous acceptent de saisir la main salvatrice d'une Sonia, comme chez Dostoïevski. Mais il en est aussi qui, tout enfermés dans leur suffisance, n'entendent rien d'autre qu'eux-mêmes et rejettent tout rachat. Sous ses apparences de fluidité, voire presque de légéreté, Woody Allen sait, mieux que quiconque, nous confronter à nous-mêmes, à ce que nous sommes, à notre pauvre humanité qui s'égare si facilement. Une fois encore, il nous fait le cadeau d'un film capable d'alimenter nos réflexions et nos méditations pour de longues heures. 9/10
Estonius

4 737 abonnés 5 466 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 17 octobre 2015
Après le décevant "Magic in Moonlight", nous revoici à un excellent niveau. Woody Allen est au cinéma un genre à lui tout seul ce qui fait qu'on a l'impression qu'il répète toujours la même chose, chaque film est donc une variation sur ses questionnements et ses angoisses. Le petit machin de rien du tout qui fait basculer une vie est l'une de ses obsessions, dans l'excellent "Match Point", c'était une balle de tennis, ici c'est une lampe torche. Au passage, Woody arrivé au soir de sa vie nous confie par la bouche de son acteur principal qu'aucun philosophe ne lui a apporté les réponses qu'il cherchait. Le film est effrayant dans sa logique "irrationnelle", mais il est passionnant et parfaitement maîtrisé avec comme toujours une direction d'acteurs inimitable (fabuleuse Emma Stone). Notons au passage l'amusante prestation de Parker Posey en femme cougar. Alors, la vie a-t-elle un sens ? Vous ne le saurez toujours pas en allant voir le prochain Woody Allen en 2016. Sacré Woody, il est super ton film !
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