Une ode à la différence et à l'évasion dans laquelle les personnages sont difficilement supportables. Ils sont écrits de manière catastrophique, en plus d'être sur-écrits constamment. Il est difficile de percevoir la symbiose entre les personnages (que cela soit le personnage principal avec son ami, ou avec ses frères, ou encore avec sa mère). Et cela est d'autant plus difficile pour le film que le cadre est toujours centré sur les personnages, on retrouve très peu de plan permettant aux spectateurs de respirer, de se libérer de ses personnages, de s'en dégager pour aller explorer d'autres éléments.
Chaque situation est traitée de la même manière, le film est sans nuance, sans adversité, on passe d'une séquence à une autre, sans pour autant que ces situations soient développées. Pour donner une métaphore, j'ai vraiment eu la sensation de regarder ce que serait une bande dessinée adaptée le plus fidèlement possible dans sa forme. On passe d'une scène à une autre comme on passerait d'une case de BD à une autre. D'ailleurs, cet élément est souligné par un des personnages du film, remarquant que lui-même passe d'un endroit à un autre sans transition. Mais malheureusement, sa remarque n'a pas d'effet sur le spectateur puisque c'est pas s'il y avait eu une véritable différence dans le montage à ce moment-là, il le fait remarquer alors que cela fait depuis le début du film que chaque situation est traitée de cette manière (et que cela fait depuis le début du film que le montage opère de brusques transitions). Ces effets de réalisation et cette remarque du personnage ancrent encore plus la sensation que j'ai eu d'être face à des pures personnages de fiction, totalement irréels.
Le film se veut être plein de chose à la fois (un coming of age, un road trip, un film de "vacances" - dans cette tradition de film ancrant une grande partie de leur récit durant les vacances d'été), mais se retrouve à n'être pas grand chose pour moi. Comme ce que j'ai développé concernant l'enchaînement des séquences, le film passe d'un genre à un autre sans jamais en développer un. D'ailleurs, à quelques occasions, se déploît des éléments visuels (des scènes joués à l'envers,...) dont j'ai du mal à saisir la portée stylistique et symbolique, m'amenant donc à la conclusion que cela appuie davantage le côté fantasque des personnages (montrant à quel point les personnages sont différents ou qu'ils ont une imagination différentes de la norme). Toutefois, sur ce coup, il est possible que quelque chose m'échappe.
J'ajouterais qu'il est assez étonnant qu'aucune réflexion (sur les enjeux sociaux, politiques ou autres) n'émerge du visionnage. Un des personnages adolescents est pauvre (à la différence que l'autre vit dans une famille aisée) et le film ne peut produire aucun discours sur ça (j'ai pris cela comme exemple et cela s'étend à l'ensemble du film et à ses thématiques). Tout est blague ou légèreté, rien n'est conséquent. J'ai eu le sentiment d'être face à une fable filmée (dans sa légèreté, dans la sur-caractérisation des personnages, dans la rapidité que le film développe ses thématiques et situations), sans pour autant avoir quelque chose à en tirer.
Et pour finir, le fait que les dialogues soient sur-écrits, parfaitement contrôlés, amènent chez moi la sensation que rien n'est naturelle, que les acteurs ne s'amusent pas mais récitent. Rien est organique, j'ai l'impression que l'improvisation n'a pas sa place, tout est parfaitement contrôlés, des dialogues, aux situations, aux jeux des acteurs et cela contraste pour moi avec la vitalité qu'il devrait y avoir dans ce genre de récit et film. C'est pour moi tout le contresens que le film fait. Il devrait respirer la vie (au travers de ses adolescents qui veulent s'évader, s'échapper...) et finit par transpirer le contrôle et donc la mort (je fais ici de manière très schématique une distinction entre vie-improvisation et mort-contrôle excessif des dialogues).