Pour être allées se baigner à la sortie des cours avec des garçons de leur école, cinq soeurs sont cloîtrées chez leur oncle jusqu'à leur mariage. "Mustang" est un film étonnant très cohérent et très éclectique. La cohérence : l'histoire linéaire depuis leur exclusion du lycée jusqu'à leurs noces de cinq soeurs organiquement liées par les liens du sang et le partage de la réclusion. L'éclectisme : "Mustang" fait rire, pleurer, trembler. Rire de la malice que déploient, pendant le premier tiers du film, ces gamines pour tromper la vigilance de leurs geôliers débonnaires. Pleurer du drame qui frappe l'une d'entre elles, qu'on avait senti venir, mais dont la soudaine brutalité, au milieu du film, surprend. Trembler devant la tentative d'évasion des deux benjamines, filmée comme un film d'aventure et qui occupe le dernier tiers du film. On sort de "Mustang" plein de joie et de tristesse. Ce n'est pas grand chose. Mais c'est déjà immense !
Mustang est le premier film de la réalisatrice franco-turque Deniz Gamze ErgüvenMustang. C’est un bon film qui m’a fait passer par des moments de rire et d’émotions, mais il a les défauts d’un premier film en voulant trop en faire. Mustang est le reflet d’une réalité en Turquie, plus particulièrement au centre et à l’Est de ce pays, l’opposition entre une Turquie moderne et le poids des traditions, notamment les mariages forcés. On ne peut qu’être séduit par ces jeunes et charmantes actrices jouant 5 sœurs voulant vivre avec leur temps, leur complicité admirablement filmée. Le film souffre néanmoins de quelques maladresses scénaristiques (spoiler: les penchants de l’oncle sont-ils nécessaires, cet aspect perturbe le final : la fuite de la cadette est-elle motivée par une envie de liberté ou parce qu’elle se savait être la suivante à subir les penchants de son oncle ). Dommage que la caméra souvent tremble surtout pour les plans en extérieur qui auraient mérités une meilleure photographie car la Turquie est un beau pays.
Un film plein de vie et avec un peu d'espoir sur un sujet et des situations pourtant dramatiques. Cinq sœurs se retrouvent face à une société faite par les hommes, et subies par les femmes dont certaines doivent cependant être complices (c'est notamment le cas de la grand-mère). Elles ne peuvent ni totalement s'y soumettre, ni s'en affranchir aisément. C'est donc par petites touches de résistance quotidiennes qu'elles tentent de "survivre" et de trouver des échappatoires. Elles parviennent pourtant difficilement à échapper à leur destin tracé d'avance et certaines s'y résoudront, d'autres non, selon leur caractère et leur capacité à finir par accepter ou non, ou à s'adapter, devant ce qu'elles considèrent toutes comme une injustice. C'est plaisant, cela s'enchaine bien, c'est même parfois humoristique. L'ensemble peut cependant paraître un peu prévisible et les "bourreaux", notamment le personnage de l'oncle, un peu caricaturaux, ne nous permettant pas ici d'essayer de comprendre l'incompréhensible.
Elles sont cinq. Cinq sœurs qui s'entendent comme larrons en foire et dont le corps ne cesse de frétiller de cette belle vie sensuelle qui marque le grand tournant de l'adolescence. Orphelines, elles sont élevées dans un village de la Turquie profonde par leur grand-mère qui leur impose une morale rigoureuse et conservatrice. Soupçonnées de s'adonner à des jeux équivoques avec des garçons, elles sont alors condamnées par leur oncle à demeurer enfermées dans la grande maison familiale. Dès lors, retirées du monde corrupteur, elles devront délaisser leurs tenues occidentales un tantinet provocantes pour endosser des robes informes et tristes à faire pleurer et apprendre tout ce qu'une femme turque doit connaître et rien de plus, la couture et la cuisine pour satisfaire la gent masculine dont elles auront à subir la domination durant toute leur vie. Ce qui pourrait se présenter comme un film d'une noirceur épouvantable est en fait un joli conte plein d'humour sur la résistance des femmes dans un pays aux traditions avilissantes. Car ces jeunes filles vont organiser une résistance à cet ordre moral, avec plus ou moins de bonheur cependant. Et le film passera ainsi d'un ton enjoué et ironique à un registre tragique, le tout avec une égale force de conviction. Ce qui domine en effet dans cette belle réalisation, c'est la vitalité juvénile, c'est la force du désir de liberté, c'est malgré les difficultés rencontrées l'espoir en un monde plus humain pour les femmes des nouvelles générations. Deniz Gamze Ergüven est une cinéaste audacieuse qui parie sur des lendemains meilleurs : elle le fait en maîtrisant pleinement l'outil cinématographique et l'on ne peut que se laisser séduire par cet usage de la caméra qui virevolte et enregistre les moindres soubresauts de cette adolescence féminine. Et bien sûr un tel film eût été impossible sans des actrices de qualité et une mise en scène traduisant cette irrépressible vitalité. C'est ici qu'il convient de saluer la prestation des cinq jeunes filles et plus particulièrement de la plus jeune, âgée de douze ans, la délicieuse Günes Nezihe Sensoy, qui incarne la volonté d'user de tous les moyens pour parvenir à ses fins. Quel plaisir que de suivre la trame du film du point de vue de cette pré-adolescente déterminée et rusée à souhait ! Et si l'on voulait résumer en un adjectif ce film étonnant, c'est sans doute le mot "solaire" qui conviendrait le mieux, même si les ténèbres de la nuit ont aussi leur importance.
Film à voir absolument. Le sujet est extrêmement grave et on sort du film bouleversé. Il est nécessaire de parler de la condition féminine en 2015 et ce film le fait parfaitement bien. Les soeurs sont fantastiques et sont tout simplement des filles et des femmes en devenir qui, comme les hommes, ont droit à leur liberté et à l'éducation. L'énergie qui se dégage du film est magnifique.
Mustang, qui célèbre le désir de liberté et le caractère plus ou moins indomptable de cinq soeurs ados dans un contexte familial verrouillé, est un ersatz plutôt réussi du Virgin Suicides de Sofia Coppola, made in Turkey. La parenté concerne le fond (avec un étonnant parallèle entre des moeurs US et turques). Elle concerne aussi la forme avec une mise en scène sensuelle, quelques images vaporeuses, une musique aérienne et gracieuse (signée Warren Ellis dans Mustang). Mais le ton est ici différent. Pas mélancolique. Plutôt tragi-comique. Les dialogues et le récit en voix off sont émaillés de petites touches cash voire trash qui singularisent l'insolence rebelle des protagonistes (et du film). Entre tradition et modernité, Deniz Gamze Ergüven parle de l'éveil du désir, de mariages arrangés, de zones d'ombre familiales, en jonglant joliment avec plusieurs registres : humour, émotion, cruauté. Les moeurs traditionnelles et conservatrices turques prennent une claque. On peut toutefois regretter que la barque soit un peu trop chargée, avec un message répétitif et un personnage (l'oncle) tout en excès dans son portrait et son interprétation. D'autres maladresses apparaissent également ici et là : dans le casting des filles qui ne font pas très "campagne profonde", dans la crédibilité de certaines scènes ou dans la conclusion, moyennement convaincante. Cela dit, l'énergie et la sensibilité qui se dégagent de ce premier long-métrage emportent globalement l'adhésion.
J'ai adoré. Film plein de fraîcheur, qui soulève certains tabous de la société turque. Un film qui peint une Turquie très attachée à la religion mais surtout aux traditions. On retrouve en effet les us et coutumes des turcs. Les femmes symbolisent l'honneur de toute une famille, difficile pour ces 5 ados de se plier aux règles. Elles ont soif de liberté, elles sont belles, séduisantes et attachantes. Émouvant, marrant et captivant. Bravo !
Nous sommes à 1000km d’Istanbul, dans un village reculé de Turquie où le patriarcat, le poids des traditions et de la religion font encore peser une chape de plomb sur les jeunes filles. Au travers de leur virginité, elles portent l’honneur de la famille. Cinq sœurs, orphelines et élevées par leur seul grand-mère, commencent à rechercher sans malice la complicité des garçons. Une fin d’année scolaire très gentiment festive et le regard porté sur leurs jeux innocents par le voisinage va faire basculer leurs vies. Déscolarisées et enfermées dans la maison familiale par un oncle venu en renfort, l’apprentissage des arts ménagers prend le relais de l’éducation laïque en vue d’en faire des filles « bonnes à marier » le plus vite possible.
Repérée à Cannes dès son court métrage de fin d’études de la Femis, la franco turque Deniz Gamze Erguven signe un film bourré d’émotion derrière un engagement ferme sur la liberté des femmes à disposer de leurs corps. Et les quelques maladresses d’un premier film (personnage de l’oncle un peu chargé, une même famille agglomérant toutes les dérives de l’obscurantisme, une fin un peu facile) s’oublient vite face à ces cinq jeunes filles amatrices au charme et à l’énergie dévastatrices comme un fougueux mustang. Indomptables et toujours prêtes à briser les carcans, leurs présences cannibalisent la toile. Très souvent entrelacées, lovées sur un matelas ou au soleil ; elle offre un corps unique, une belle unité. Lorsque une à une, elles vont quitter la maison et la fratrie pour des destins et des fortunes plus ou moins enviables ; c’est comme si on arrachait un membre à chaque fois. La plus jeune prend alors une place de plus en plus prépondérante dans le film, comme un symbole d'une liberté devenue possible par la trace faite par les aînées. Intelligent, ce film ne force jamais le trait malgré une condamnation sans nuance du sort fait aux femmes au nom de la morale. Et puis la grande force du film est de jouer constamment entre la tension dramatique et l’humour omniprésent, héritage de la légèreté de l’adolescence. A la cruauté des situations, la réalisatrice propose toujours un contrepoint jubilatoire de revanche des jeunes filles. Et lorsque la prison érigée pour protéger ces filles de la faute se retrouve être un refuge contre la tyrannie de l’obscurantisme ; c’est un des grands moments du film.
Accueilli à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes avec un tonnerre d’applaudissements et promotionné par Agnès Varda… Ce tsunami d’émotions en tout genre jamais misérabilistes est une belle claque de l’année cinéma. Incontournable car plus fort, moins ampoulé, et surtout beaucoup plus crédible que le « Virgin Suicides » de Sofia Coppola auquel il est souvent comparé.
Un film qui même s'il traite de sujets délicats, surprend par ses moments de légèreté, de grâce, de lumières... Et l'éblouissante prestation de ses jeunes comédiennes