L'enfant prodigue de Krypton devenu protecteur de la Terre est enfin de retour ! Et, dans la traînée de sa cape (ainsi que de "Creature Commandos" sorti auparavant - y inclure également "Peacemaker"), le nouveau DCU de James Gunn et Peter Safran chargé de faire oublier les précédents errements sur lesquels l'univers initié par Zack Snyder et son "Man of Steel" nous avait laissé !
Ici, on ne va pas le cacher, on était très client de l'approche de cette précédente version, nous donnant enfin le sentiment de ressentir la pleine puissance de Superman à l'écran et la dimension christo-dramatique du personnage (du moins, dans "Man of Steel" précisément, le reste nous avait nettement moins convaincu). Le voir renaître désormais sous l'oeil du réalisateur des "Gardiens de Galaxie" allait forcément de pair avec une approche plus lumineuse du super-héros, laissant peut-être augurer un retour aux sources de celle qui transparaissait du "Superman" de 1978 pour en faire quelque chose de certes plus moderne mais aussi et surtout plus profondément humain.
En réalité, s'il y a bien de ça dans le soleil qui nourrit la force de Kal-El à en devenir un ici à l'écran, James Gunn a réussi à trouver une troisième voie plutôt astucieuse en collant à un esprit qui n'est finalement pas sans rappeler celui des films d'animation DC (et de certaines de leurs séries).
En nous épargnant une nouvelle revisite de l'origin story qui n'aurait pas grand sens tant elle est archi-connue (le Kryptonien est actif depuis trois ans... et vient de se prendre sa première dérouillée lorsqu'on le découvre en ouverture), Gunn nous téléporte dans un monde de "Gods & Monsters" où l'univers DC est déjà bien en place, avec des méta-humains aux pouvoirs extraordinaires qui n'étonnent plus aucun journal TV et où les affrontements entre super-héros et kaijūs improbables en plein centre-ville sont monnaie courante pour les habitants. Même si cela entraîne parfois d'étranges répliques dans la première partie (des personnages donnent parfois l'impression absurde de dire à voix haute ce à quoi ils assistent ou quels sont leurs rôles), il en ressort quelque chose de réellement rafraîchissant dans la sphère embouteillée des films de super-héros: tout est installé, tout fonctionne depuis un moment comme ça et tout paraît suffisamment bien huilé pour que les mécanismes qui régissent ce monde nous soient dévoilés sans besoin de surexplication inutile (que vous soyez connaisseurs de DC ou non d'ailleurs). Pour cela, dans sa trousse composée du meilleur de l'expérience acquise chez la concurrence, James Gunn sait qu'il doit d'emblée compter sur des incarnations fortes pour asseoir instantanément la viabilité de cet univers et, de ce côté, c'est quasiment un sans-faute.
On avait évidemment peur d'un trop-plein de personnages DC autour de Kal-El, de l'introduction d'un "Justice Gang" à la première apparition tant redoutée de son chien Krypto, mais c'était bien vite oublier le don de Gunn à orchestrer une mosaïque de protagonistes pour leur laisser le temps de vivre et de s'imposer à l'écran.
Que ce soit le très amusant Green Lantern Guy Gardner, Mr Terrific qui a enfin sa véritable heure de gloire en termes d'adaptation (la séquence folle du camp et des boules-drones !) ou une prometteuse Hawkgirl, les débuts d'une nouvelle Justice League à venir donnent forcément envie d'en voir plus, Krypto réussit sans mal son premier tour de piste en étant aussi turbulent qu'attachant pour de vrais bons morceaux de bravoure canine, Metamopho (rappelant un certain Drax à bien des égards) concourt à l'intrigue dans un rôle de pion malgré lui, l'Ingénieure a la spécificité de ses pouvoirs très bien mise en avant... Bref, tous ces éléments DC et d'autres, pour la plupart inédits sur grand écran, s'intègrent ici avec une aisance surprenante à un premier film "Superman" pour en soutenir et enrichir ses piliers eux aussi très réussis dans la nouvelle variation qui nous en est proposée.
La dynamique sentimentale du couple Cloïs fait des merveilles à chaque interaction (l'interview est un modèle de présentation à la fois de leur relation et de mise en place de l'épreuve que Superman s'apprête à traverser), le touchant lien de Clark avec ses parents adoptifs est superbement mis en valeur au détour d'une conversation avec Jonathan Kent, l'utilisation de ses racines kryptoniennes s'avère très bien pensée pour le placer en état de faiblesse face au monde, l'environnement du Daily Planet laisse le temps à Jimmy Olsen de briller (Perry White, Cat Grant & co y font par contre encore preuve de figuration) et, bien sûr, celui de LuthorCorp dévoile un Lex jubilatoire, s'acharnant à s'affirmer dans la lutte de la némésis qu'il voit en Superman au gré de combats titanesques menés par ses sbires (et qu'il coache façon entraîneur de football US avec son équipe, une excellente idée amplifiée par la mise en scène et le montage dignes d'un film de boxe)... On va s'arrêter là car il y en aurait encore beaucoup à citer mais, avec le concours d'un casting au diapason (à commencer par David Corenswet et Rachel Brosnahan, parfaits), toutes les pièces de ce puzzle DC s'emboîtent sans jamais se heurter dans un ensemble qui, à une ou deux exceptions près, tient étonnamment bien la route dans l'intrigue lui servant du liant.
En choisissant directement de mettre son héros un genou à terre et le placer face à ses contradictions dans la place interventionniste qu'il occupe sur sa Terre, "Superman" 2025 ne pouvait pas mieux le confronter au dilemme intime d'un cœur partagé entre ses versants humain et kryptonien.
La chute inaugurale du héros capé est donc celle qui le ramène dans le monde des Hommes et de leurs failles, celles de Kal-El devenant le jouet idéal des motivations tordues de Lex Luthor pour créer la déchéance d'une icône qu'il exècre. À ces manipulations qui entraînent toujours plus loin le super-héros vers les ténèbres, parfois littéralement avec cet univers de poche aux relents infernaux (on y est même conduit par un proto-Charon sur une embarcation high tech), Superman et son marionnettiste de Gunn y répondent toujours par plus d'appels à la lumière, à la foi en son prochain (c'est peut-être là son véritable côté punk comme Kal-El l'affirme lui-même malicieusement) et de péripéties où les qualités humaines et l'espoir qu'elles peuvent soulever seront toujours invariablement mises en avant, avec l'émotion naïve mais réfléchie que son réalisateur sait si bien mêler à des enjeux démesurés.
Évidemment, comme on parle de l'éternel combat entre un alien symbole même de l'immigré et un milliardaire autant dévoré par son pouvoir que son ego, le film ne pouvait éviter certains parallèles/clins d'oeil avec l'instabilité contemporaine de notre réalité (c'est même du pain béni à ce stade !), mais, en l'état, à part quelques uppercuts bien sentis de Gunn à l'égard de ses détracteurs (et encore, à moins de se sentir personnellement visé, l'idée des bots-singes est juste hilarante !), ses rappels à notre monde ne font qu'au contraire rapprocher ces Dieux et Monstres de nos yeux de créatures plus faibles, Superman de la Terre qui l'a forgé, le super-héros de sa tenue aux plis bien plus humains que Gunn a décidé de lui coudre pour sauver un écureuil ou une passante au détour d'une ruelle de Metropolis.
L'installation de ce nouveau DCU est donc décidément bien partie, et de belle manière