Il y a deux parties dans ce film. La première, du déclenchement de l'affaire à l'année 1897, est réussie. La reconstitution historique est parfaite et le sujet - un officier du renseignement devant faire face au corporatisme de l'armée - est traité avec finesse. Mais tout dérape avec le retour de Picquart de son exil forcé en Tunisie. Polanski donne alors à son héros un rôle qu'il n'a jamais eu. Cette scène improbable où il rencontre Zola quelques jours avant la publication de son célèbre article à la Une de l'Aurore donne à croire que rien n'eut été possible sans lui, ce qui est totalement erroné. En faisant le choix de ne pas évoquer les autres enquêtes (dont celle de Matthieu Lazare) et la multitude de prises de position publiques, Polanski crée une relation directe de cause à effet sur la résolution de l'affaire et la réhabilitation de Dreyfus. Or il n'en fut pas ainsi. Picquart eut un rôle important mais fut l'anti-Zola au sens où son objectif n'était pas de libérer un innocent mais de sauver l'armée d'un discrédit qu'il redoutait. Dommage. Un film qu'il ne faudra pas utiliser dans les salles de classe. [NB : il n'y a pas de spoiler dans la critique. Personne ne s'attend à ce que Dreyfus se transforme en Han Solo]
Ce film est beau et ce qu’il raconte est fort. Il se place du point de vue du colonel Picquart. Un point de vue droit, un peu froid, avec une proportion d’anti sémitismes d’époque. Nous sommes fin XIXeme, une partie de la société française de l’époque semble gangrenée et il faut du courage pour simplement faire reconnaître la vérité. J’avais vu ça en cours d’histoire il y a longtemps mais ce film éclaire les faits simplement tout en illustrant cet épisode par de très belles images.
Avec un réalisateur comme polanski aux commandes, je ne doute pas de la fidélité historique du scénario, et c'est tant mieux, je préfère la réalité aux arrangements. Premier ressenti : l'ambiance du film est pesante, lourde... ce qui peut déranger au départ est finalement compréhensible : le film est fidèle au passé, à ce poids coupable que les hommes portaient sur leurs épaules, à cette rigueur militaire parfois d'un autre temps...
Faisons tout de suite l’impasse sur la polémique qui a opportunément entourer la sortie du dernier film de Roman Polanski, elle n’a rien à voir avec le cinéma. Quant au possible parallèle entre la chasse aux sorcières opérée à l’époque de l’affaire Dreyfus sur les juifs ainsi que le traitement infligé à ce dernier avec celui subi par le cinéaste dans ses démêlées judiciaire aux Etats-Unis, ce n’est guère plus utile ni vraiment probant. La vague d’antisémitisme présente à l’époque trouve en revanche fortement écho avec les relents actuels, c’est ce qui fait de « J’accuse » une œuvre moderne tout à fait en accord avec son temps. Mais concentrons-nous plutôt sur un film fleuve et touffu qui sort le cinéaste de ces derniers errements littéraires sur grand écran entre le totalement raté « D’après une histoire vraie » et le laborieux et ennuyant « La Vénus à la fourrure ». Son nouveau film est un grand film, la chose est avérée mais peut-être que le sujet, par sa complexité, se serait mieux adapté en mini-série tant il est passionnant, intarissable et plein de ramifications.
En effet, si on est captivé dès les premières minutes par les prémisses de cette affaire et que la dernière demi-heure est tout aussi convaincante, « J’accuse » s’avère parfois ténu et pas toujours aisé à suivre sans se perdre. Ténu parce que l’affaire Dreyfus, connue de tous, est éminemment compliquée, longue et pleine de zones d’ombres que deux heures de films peinent parfois à synthétiser. Notre attention est sans cesse sollicitée, ce qui n’est pas un mal bien au contraire. Mais l’abondance de noms, de personnages, de preuves, de revirements et de rebondissements est parfois difficile à suivre. Si le gros de l’affaire nous semble relativement clair, il apparaît qu’une seconde vision – ou une excellente connaissance de l’affaire – ne serait pas inutile pour en saisir tous les tenants et les aboutissants. On est parfois un peu perdu. Et tous ces excellents comédiens et acteurs (de seconds rôles connus du cinéma français à ses plus grands acteurs) n’ont pas toujours assez de temps et d’espace pour exprimer leur talent et s’acquitter de leur devoir d’acteur comme on l’aurait souhaité. C’est quelque peu frustrant. Ce film d’espionnage à l’ancienne au réalisme impressionnant, forcément anti-spectaculaire comparé aux films du genre actuels, manque aussi parfois de mouvement et d’action. Il est peut-être trop littéraire.
Ceci mis de côté, on ne peut nier le travail d’orfèvre opéré par Roman Polanski. Les recherches faites pour le film ont dû être dantesques et tout cela respire l’authenticité, que ce soit dans la reproduction des faits ou dans le sens du détail mis en branle dans chaque scène ici. Les décors et la reconstitution du Paris de l’époque interpellent et impressionnent tout comme les costumes et une foultitude de petits détails savoureux (notamment sur les méthodes de contre-espionnage et de renseignement de l’époque). Jean Dujardin, dans un rôle principal grandiose et quasiment de tous les plans, est royal et prouve encore une fois qu’il est un grand comédien de la trempe des Belmondo ou Delon. « J’accuse » est d’ores et déjà une grande pièce du cinéma français qui valide encore une fois le talent de son réalisateur après des monuments comme « Le Pianiste », « La Neuvième Porte » ou « The Ghost Writer ». On aurait juste aimé que le propos soit plus clarifié ou vulgarisé, mais c’eut été peut-être aussi sacrifier la minutie du script et la véracité de l’ensemble. Il faut donc juste être très attentif, alerte et constamment au fait des échanges des personnages pour ne pas perdre le fil, surtout que parfois la tension retombe, aspirée par le flot d’informations délivrées. Un bon film, voire un très grand long-métrage, mais dont le sujet aurait peut-être mieux convenu au format télévisuel ou à un découpage en deux parties pour plus de compréhension.
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Le “J’accuse” de Roman Polanski, relate l’enquête du colonel Picquart, nommé au Service des Renseignements français, sur l’affaire Dreyfus, et sa machination quant à la fabrication d’un bouc émissaire. Grand film historique, reconstitution bluffante, mise en scène rigoureuse, distribution hors pair, avec notamment quelques uns du Français, ce film intéressant et passionnant m’a captivée. Jean Dujardin est impeccable d’ambivalence. Mais à part les pro dreyfusards, force est de constater que dans cette page d'Histoire, tous pourris, et cela donne vraiment froid dans le dos. Par ailleurs, et bien que je n’ai voulu y voir là que la réalisation cinématographique, et l’art en soi, il n’est évidemment, et malheureusement, pas possible d’occulter l’actualité en parallèle.
Très académique, un peu froid... Cela va avec l’histoire qui nous est racontée. Les faits sont rapportés chronologiquement pour informer, rappeler l’histoire... Très bon jeu des acteurs, surtout Gregory Gadebois, belle reconstitution et leçon efficace.
Passionnant mais réalisation poussive. Le nouveau film de Roman Polanski s'intéresse au scandale majeur de l'histoire de la 3ième République: l'affaire Dreyfus. Interprétation impeccable (chapeau M. Dujardin !), reconstitution soignée et excellente pédagogie pour illustrer un des aspects de cette histoire complexe. Alors que manque t-il ? Un film de cinéma.. "J'accuse" est un téléfilm agréable plombé par une réalisation paresseuse et un montage dés plus classique qui ne laissent aucune place à une quelconque fantaisie. Le mérite du film réside toutefois dans l'envie donnée aux spectateurs de se replonger dans cette période troublée.
Dans "J'accuse", il ne faut voir aucun lien entre l'affaire Dreyfus et celle de Polanski, c'est en tout cas ce que dit ce dernier. Le cinéaste livre néanmoins un film très personnel, dont la misanthropie poisseuse rappelle l'ambiance du "Locataire", en tout cas dans une première partie très réussie qui rend compte du caractère anxiogène des bureaux dans lesquels travaille Picquart. Ce qui est troublant, c'est de ressentir cet antisémitisme renfermé alors que ce colonel qui n'a guère de sympathie pour les juifs va finalement défendre Dreyfus : c'est seulement au nom de la justice qu'il fera son travail en tentant de rétablir la vérité. Mais cette réhabilitation est montrée sans gloire, sans emphase aucune : Polanski déploie au contraire un style austère à travers un montage sec, pragmatique et une photographie blafarde qui traduit bien le sentiment de détestation de l'affaire. "J'accuse" n'est pas pour autant asphyxiant car il réussit à pencher vers le grotesque tout en maintenant un premier degré; à titre d'exemple, Dujardin semble parfois proche du jeu d'un OSS 117 mais retient la caricature au dernier moment afin de rendre le sarcasme encore plus percutant; quant à Dreyfus, son personnage est étrangement traité dans la mesure où le jeu de Garrel est tout en exagération mais le corps qu'il habite est le plus souvent réduit à un état fantomatique, comme lors de ces plans où on le voit exilé sur une l'île du Diable filmée comme un endroit purement fantastique, hors du temps. Si la mise en scène est acérée, c'est du côté du scénario et du matériau politique que le film déçoit tant il ne creuse rien et se répète inlassablement dans une seconde partie moins convaincante et trop schématique; d'ailleurs, le contenu de certains dialogues n'évite pas la répétition en se concentrant sur trop peu d'enjeux, ce qui annihile du même coup toute forme de complexité. S'il faut voir "J'accuse", c'est donc principalement pour l'interprétation surprenante de Dujardin (l'une des meilleures de sa carrière) et pour la mise en scène inspirée de Polanski.
Film propre, sur un sujet que l'on a tendance à oublier et qu'il est bon de revoir. Pour les nouvelles générations J'accuse est un nouveau support. Cependant aucune surprise, originalité, audace, côté réalisation.
Enfin la France tient son grand film sur l'Affaire Dreyfus, véritable pivot de son histoire contemporaine dont les tentatives cinématographiques se sont avérées timides ou désincarnées. Il faillait toute la maestria de Polanski pour le faire. Le cinéaste signe une formidable reconstitution qui trouve de nombreux points d'orgue : la dégradation de Dreyfus en ouverture, la publication du texte de Zola. Il agence tout cela avec un sens du rythme toujours aussi précis. L'intrigue se trouve ainsi passionnante et menée à la manière d'un thriller. Deux points sont cependant imparfaits. Tout d'abord l'interprétation, impeccable à l'exception de Jean Dujardin, sans charisme et monocorde tout au long du film. Ensuite, le cinéaste n'est pas clair quant à l'attitude de son protagoniste Picquart, défendant tantôt l'individu, tantôt l'honneur de l'armée, alors que c'est la seconde option qui est avérée.
Ce film prend le parti pris de regarder l affaire du point de vue de Picard, c ‘est clair et sans ambiguïté, il montre assez bien le contexte de l’ époque, les rapports entre le haut commandement militaire avec un portait assez intéressant de Bois d’effre incarne par Didier Sandre, d autres généraux sont moins réussis. Le portrait du commandant Henri est assez parlant, Patti du calm carrément passé sous silence, évoqué a la lecture du début de J accuse.. Par contre la mythification a ce point de L heroisme debPicard n’ est pas conforme a la vérité historique, certes la famille Dreyfus s‘en est servie, il etait notoirement anti semite et le restera y compris quand il rentre dans le gouvernement Clemenceau.Il est honnête intellectuellement mais aussi calculateur, c est un officier atypique fréquentant des artistes, Mahler en particulier, le salon de la comtesse Greffuhle. Ce qui m a interpellée ce sont les aspects juridiques étiques, le premier procès ne montre pas le role de Labori, a part le president du tribunal et Picard, rien n est montre des arguments de Labori a qui on coupe la parole ni de ses assesseurs. La personnalite de Dreyfus est assez peu montrée et d ailleurs franchement antipathique ce qui se justifie par le fait que Picard ne l’ appreciait guere. Est occulté complètement le rolede la famille Dreyfus en particulier de son frere qui l a soutenu pendant son sejour avl ile du diable, payebles avocats remue ciel et terre en particulier le Baron Reinach.
Sur un si grand sujet, ce n'est pas un grand film. Un film techniquement beau si on peut dire, reconstitution historique aboutie,casting parfait, direction d'acteurs impeccable et fidélité aux faits. Mais de l'Affaire qui dechira la France en deux pendant une decennie en laissant de profondes blessures pour les temps a venir, vraiment on ne mesure pas l'ampleur. Il s'agit surtout du combat d'un juste pour réhabiliter un innocent et répondre aux exigences de sa conscience. C'est déjà beaucoup sans doute mais Polanski n'a pas rendu la mesure de l'événement. C'est dommage.