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scorsese69
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4,0
Publiée le 11 décembre 2019
Sous un ciel grisâtre, dans un silence de mort, un officier de l'armée française s'avance sur la cour Morlan de l'école militaire de Paris. Il s'agit du capitaine de confession juive Alfred Dreyfus, reconnu coupable d'espionnage pour le compte de puissances étrangères, en l'occurrence l'Italie et l'Allemagne. L'officier est dégradé devant ses partenaires de régiment. Nous sommes le 5 janvier 1895. Dans l'assistance, un homme assiste à la scène. En effet, le lieutenant-colonel Picquart ne se doute pas que l'individu dégradé est un parfait innocent et que l'armée française a fabriqué de fausses preuves pour protéger l'un des siens. Ainsi s'introduit "J'accuse" de Roman Polanski, Grand Prix du Jury à la Mostra de Venise 2019. Adaptée du récit de Robert Harris, "D" (2013), l'oeuvre du cinéaste franco-polonais se concentre sur l'enquête menée par le lieutenant-colonel Picquart pour faire éclater l'innocence du capitaine Dreyfus. Orchestré comme un thriller politique dans lequel un homme se trouve seul contre une institution, '' J'accuse" perpétue avec cohérence la filmographie de Roman Polanski. Le lieutenant-colonel Picquart, interprété avec une étonnante sobriété par Jean Dujardin, s'inscrit dans la continuité du personnage de l'écrivain-fantôme de "The Ghost Writer" (2010). Victimes d'intimidation, les parcours des personnages principaux de "J'accuse" et "The Ghost Writer", scénarisées par le même Robert Harris, se heurtent à de multiples obstacles, accusations et jugements sans preuves ni raisons. En ce sens, l'univers paranoïaque décrit par Polanski s’inscrit dignement dans celui du "Procès" de Franz Kafka. Le classicisme de la mise en scène examine froidement les faits sans sentimentalisme. Reconstitution fidèle de la France de la fin du XIXème siècle, sobriété de l'interprétation, discrétion de la musique, concourent à faire de "J'accuse" une oeuvre froide, précise et dénuée de toute forme de pathos. L'épure y apparaît comme essentielle. Simplement les faits, les faits uniquement. Cette froideur se communique par le choix d'une action située essentiellement en huis-clos. Tandis que l'étau se resserre sur Picquart, se déplaçant de salles sombres en salles sombres à la recherche de pièces à conviction, le spectateur se sent oppressé, cherche à respirer, à voir la lumière du jour. De nombreux face-à-face opposant Picquart à ses supérieurs hiérarchiques rythment "J'accuse". Les dialogues, écrits avec justesse, soulignent l'antisémitisme ordinaire de l'armée française et révèlent une fracture de la société française de la fin du XIX ème siècle, divisée entre dreyfusards et antidreyfusards. Avec "J'accuse", Polanski signe son meilleur film depuis ''The Ghost Writer'' (2010). Toutefois, le cinéaste dépeint le lieutenant-colonel Picquart comme un individu agissant de manière désintéressé. Philippe Oriol, historien auteur de l'ouvrage "Le Faux ami du Capitaine Dreyfus" (2019), met en doute cette vision du personnage. Selon ce dernier, Picquart, antisémite et soucieux de sa carrière, pense d'abord Dreyfus coupable puis témoigne devant les tribunaux, moins pour défendre le capitaine que pour se défendre lui-même. Une thèse à étudier pour apprécier la complexité du personnage du lieutenant-colonel Picquart, en complément du visionnage de "J'accuse".
Dernier Polanski, J'accuse fait plus parler de par la position délicate de son réalisateur que par son contenu et au sortir de la séance, on se rend effectivement compte que c'est bien dommage parce que cette petite pépite à beaucoup de choses à raconter. Pour ma part c'était véritablement l'occasion de m'enrichir culturellement puisque je n'étais pas du tout calé sur ce pan de l'Histoire française. L'ensemble m'est donc apparu absolument passionnant, l'intrigue ne nous lâche pas une seule seconde, le tout sublimé par la mise en scène sans fioriture de Polanski ainsi que par des interprétations sans faille. Malgré certaines longueurs, j'ai beaucoup aimé J'accuse et lorsque l'on s'aperçoit du climat délétère régnant notamment en France à la fin du XIXème siècle, doit-on vraiment s'étonner de ce qu'il se passera dans le Monde 50 ans plus tard ...
La première scène donne le ton de l'exigence du réalisateur tant dans la dynamique de son récit qui nous happe alors que nous ne distinguons que quelques soldats marchant à travers une cour que dans le soin apporté aux décors et aux costumes pour dépeindre au mieux le climat délétère - et tellement métatextuel! - de cette intrigue qui mêle enquête policière et thriller à un récit historique où chaque personnage habite pleinement l'espace. D'une absolue maîtrise!
Vraiment impressionnant à tous les niveaux, les acteurs, et surtout la mise en scène. On sens que le film est à gros budget, mais que l'argent a été intelligemment dépensé. Succès mérité, La salle comble a applaudi à la fin du film !
J’ai longtemps hésité à aller voir J'ACCUSE vu la polémique qui l'entoure. Sans rentrer dans le débat et la question "Faut-il séparer l'œuvre et l'artiste", j'ai choisi d'aller quand même le voir pour l'importance de l'affaire DREYFUS dans l'histoire de la justice française. J'ai aussi choisi d'aller le voir car sans vous lister tous les métiers du cinéma, un film n'appartient pas qu'à son réalisateur; c'est la sueur d’une centaine de personnes. Revenons maintenant à la critique du film lui-même, J'ACCUSE fait partie de ces films où nous avons tout (un bon scénario de base, acteurs stars à l'affiche, grands moyens de production etc...) mais où ce « tout » ne prend pas. Je n'ai pas retrouvé la dimension émotionnelle attendue. Des longueurs, un manque de rebondissements et une neutralité artistique (voulue ou pas ?) font partie des raisons pour lesquelles on n'a pas ici le bon thriller que l'affaire DREYFUS aurait mérité. Aussi, concernant les personnages secondaires, autant Louis GAREL est touchant dans la peau d’un Louis Dreyfus plus qu’émouvant, autant il est urgent qu’Emmanuelle SEIGNER se remette en question (moi qui l’avais adoré dans LA VENUS À LA FOURRURE, toujours de Polanski, il y a quelques années), son jeu est plus que mauvais, le rythme est faux (on ressent limite le mot « Action » tellement elle est en décalage dans ses dialogues face à Jean DUJARDIN). Un peu déçue globalement de cette œuvre.
Ce film me parle dans la mesure où tous les personnages et événements évoqués sont réels. J'ai trouvé admirable le courage et la détermination de plusieurs personnes clés dans cette affaire qui ont permis de faire justice - au départ, ce n'était pas du tout gagné. A noter en particulier : le courage d'Emile Zola, qui aurait pu rester tranquillement installé dans son confort et sa fortune. Il semble que son engagement du côté de Dreyfus lui ait coûté très cher, au moins pendant qqs temps. Les manifestations de ces grandes qualités sont belles à voir et font vraiment du bien.
L’Affaire Dreyfus, ce « drame inouï d’humanité » selon Clemenceau, cette « crise religieuse » selon Péguy, cette « orgie de métaphysiciens » selon Barrès, ébranle profondément la conscience du pays. Considérée par Barrès comme une question « de vie ou de mort pour la nation », l’Affaire constitue dans la vie politique française une coupure. En mettant chacun dans l’obligation de se définir par rapport à un certain nombre de principes, elle accentue les clivages politiques et provoque une clarification….L’Affaire provoque l’affrontement de deux visions du monde, de deux conceptions de la société, de deux échelles de valeurs morales. L’équipée boulangiste est ramenée à de plus justes proportions par une crise qui remue les consciences et façonne le comportement politique des Français pour plusieurs dizaines d’années. Bien que les problèmes qu’elle a soulevés n’ ont pas été résolus, l’Affaire, pour autant, n’a pas sombré dans l’oubli. Non seulement parce que les forces battues en 1902 ont continué de jouer un rôle de premier plan jusqu’au lendemain de la seconde guerre mondiale, mais surtout, peut-être, parce qu’elle a posé d’une manière concrète, et en lien direct avec la vie de tous les jours, quelques-unes des questions fondamentales de la politique… (Zeev Sternhell, Maurice Barrès et le nationalisme français (1972), pages 246 à 281) L’Affaire s’invite à nouveau, en force, en 2019, à un moment où le retour de l’antisémitisme se ramifie, se développe sur le tronc des vieilles branches mais se nourrit également de jeunes branches inventant un racisme new school et vingt et unième siècle. Repenser les racismes n’est pas sans intérêt philosophique, historique et social. Le repenser en lien avec la mondialisation et en terme de fléau universel est certainement un exercice utile. Mais devait-on revenir sur cette affaire de façon cinématographique ? Lire une thèse sur Dreyfus et décortiquer l’affaire d’un point de vue scientifique au regard de nouveaux documents fera toujours progresser nos connaissances. L’illustrer par un film est une autre affaire. Un film n’est pas un livre. Ni un article. J’accuse ne montre que des militaires à moustaches, moches et ridiculisés. Le Film est vilain… même ce beau gosse de Dujardin est enlaidi. Dans sa maigreur hautaine. Pour ceux qui ne trouvent pas les histoires d’Armées très folichones, le film est fatiguant. Il grince comme ces vieux parquets. Le niveau sonore cherche à nous ramener aux ambiances du 19éme et au générique on s’aperçoit qu’il y a un directeur des « Ambiances ». Quel a été le prix de ce film ? Le nombre de décorateurs et d’experts en tout genre est ahurissant. La lumière est également savamment étudiée. Mais tout est moche et marron. Ce film est un cauchemar. J’ai passé deux mauvaises heures dans des ambiances sombres avec des personnages désagréables avec d’immenses moustaches, faux, racistes et méchants. Le dernier film de Polanski est vilain. Tout juste vilain.
Dans "J'accuse", Polanski choisit un angle incroyablement intelligent: suivre Picquart, le "sauveur " de Dreyfus, dans son cheminement vers la vérité. Le film ne traite donc pas de l'injustice, de l'innocence piétinée, mais du courage, élan fantastique, mystérieux, qui nous bouleverse. Incroyable bravoure des défenseurs de Dreyfus, Picquart avant tout, mais aussi son avocat, Labori, qui perdra la vie dans son combat, Zola, qui encourra un an de prison et une forte amende... Plus la haine des antidreyfusards qui brûleront ses livres dans des autodafés qui préfigurent ceux des nazis. Parce que sa conscience lui parle, Picquart l'antisémite n'hésitera pas à perdre toute possibilité d'évoluer dans l'armée, à être jeté en prison, voire à risquer la mort parce qu'il a pour la justice et l'honneur une foi à laquelle il ne peut renoncer. Et on le voit craindre ce qu'il découvre peu à peu et lutter pour ne pas l'ignorer, accablé, apeuré sans doute par ce qu'il devine. Il n'a juste pas le choix de se taire, lui aussi. Courage aussi de Dreyfus qui ne s'abandonnera jamais au désespoir, avec sa rigidité d'honnête homme peu sympathique. Chaque image ou presque est d'une beauté absolue et il faut saluer le talent de Pawel Edelman, le directeur de la photographie. Les cadrages sont magnifiques, la lumière parfaitement adaptée à chaque moment de la narration, souvent dominée par des gris métalliques, puis douce et pleine de couleurs vibrantes pour les scènes de pique-nique. La scène de la dégradation réunit l'image, le son, le cadrage pour en faire un tableau vivant poignant, d'une cruauté glaçante. Polanski est un formidable directeur d'acteurs. Ils sont tous splendides. Jamais Dujardin n'a été aussi bon, les généraux sont tous plus vrais les uns que les autres:Éric Ruf, Wladimir Yordanoff, Didier Sandre, Hervé Pierre, Laurent Stocker, Michel Vuillermoz. Et l'on retrouve avec un plaisir toujours renouvelé l'extraordinaire Grégory Gadebois, homme du peuple matois et servile envers ses supérieurs, très vilain personnage auquel il arrive, avec son fabuleux talent, à conférer une vraie humanité. Un terrible film qui procure un immense plaisir esthétique et de profondes émotions.
“J’accuse” est un film au combien utile et pertinent dans l’angle choisi. Se placer du côté du colonel Picquart, le véritable héros de l’affaire Dreyfus qui se battra pour sa réhabilitation. Au plein coeur de cette IIIème République, où l’antisémitisme gangrène et pervertie la société, le film s’imprègne parfaitement de la dimension fictionnelle de cette affaire historique. On se plaît également à voir jouer Jean Dujardin dans un rôle dramatique. De manière plus anecdoctique, au travers du récit, nous découvrons les méthodes archaiques du service de renseignements de l’époque.
Passionnante de bout en bout, cette oeuvre de Polanski, la première en France à s'intéresser à cette histoire fameuse qui divisa la France de l'avant dernier changement de siècle, est remarquable dans sa reconstitution, sa mise en scène sobre et épurée et sa direction d'acteurs parfaite (Dujardin est étonnamment convaincant dans un rôle où on ne l'attendait pas). Encore une fois, le cinéaste polonais prouve sa maîtrise à traiter un "grand" sujet, après "Le pianiste", lui qui aura réussi souvent admirablement dans les genres les plus variés, au cours d'une carrière longue de plus de cinquante ans.