Albert Dupontel à toujours montré un certain sens de la mise en scène et de l'esthétisme au travers de son cinéma. Travaillant ses cadrages et les mouvements de caméras avec soin, il a développé un regard que n'aurait pas à envier un cinéaste comme Jean-Pierre Jeunet par exemple. Une affinité qui transparaît assez avec le dernier né de Dupontel, Au revoir là-haut. Tiré du roman éponyme de Pierre Lemaitre, le cinéaste français opère un tournant notable dans son cinéma, s'attaquant pour la première fois au film d'époque et à l'adaptation. Avec un budget confortable et une ambition rare pour une production française, il offre un rafraîchissement délectable, imparfait mais au combien attachant.
On se rend très vite compte que ce Au revoir là-haut ne sera pas aussi transcendant qu'on avait plus l'espérer malgré sa réalisation léchée. Techniquement, Dupontel déploie un savoir-faire qui laisse pantois entre l'excellence de la reconstruction d'époque à des trouvailles visuelles virtuoses comme une scène de bataille dantesque qui ouvre le film. Avec pudeur et gravité il présente l'horreur de la guerre sans trop en faire et surtout sans la dénaturé, là où certains cinéastes plus renommés avaient pu échouer à la tâche comme Nolan qui aseptisait la guerre dans son Dunkirk. Ici, le maître mot est clairement virtuosité avec ce sens du cadrage impressionnant qui sert plus souvent pour exprimer les rapports de force que l'écriture en elle-même. Ici, Dupontel offre un pur film de mise en scène en tombant dans ses plus grandes qualités comme ses quelques défauts. Visuellement l'ensemble est donc riche et délectable, mais le cinéaste à peut être tendance à en faire trop. Les plans séquences, les travellings complexes, etc. Il abuse de la performance, pour la performance. Même si cela fait plaisir de voir un réalisateur français autant s'amuser derrière sa caméra et même si l'ensemble est toujours très maîtrisé, on reste face à un aspect "démonstration de force" un peu vain.
L'histoire se situe ici entre l'adaptation fidèle et des ajouts originaux dans un parfait équilibre. A la fois drôle et touchant, l'intrigue nous emporte sans trop de difficultés même si elle n'atteint pas des sommets de dramaturgies. Plus accessible que le roman, mais aussi moins profond, le film trouve un juste milieu convenable mais qui manque véritablement d'une prise de risque notamment dans la critique de la société moderne à travers cette étude de l'époque. Cette dimension est bien présente mais trop discrète, que soit dans la satire acidulé ou le drame plus classique. Le récit se montrera finalement jamais pleinement poignant mais fonctionne relativement bien surtout grâce aux talents des comédiens. Même si il est plus discret qu'on aurait pu le penser, Nahuel Pérez Biscayart offre une performance bluffante. Tout dans la gestuelle et le regard, il marque chaque scènes de sa présence élégante et incroyablement sensible. Albert Dupontel fait ici office de personnage principal, il reste dans son registre habituel mais apporte suffisamment de subtilité et d'énergie pour qu'on prenne plaisir à le suivre tandis que Laurent Lafitte offre une prestation de parfait salaud absolument délectable. On regrettera une sous-exploitation du casting féminin mais tout le monde se montrent justes et impeccables.
Au revoir là-haut est un très joli film. Une adaptation parfaitement dosée et un exercice de mise en scène parfois un peu trop appuyé mais toujours impressionnant. Albert Dupontel signe incontestablement son meilleur film, peut être son plus classique aussi, mais il gagne une ampleur et une ambition qui fait plaisir à voir au sein d'un cinéma français qui à une tendance à être bien trop frileux. Ce Au-revoir là-haut n'est donc pas le chef d'oeuvre promis, ou attendu, la faute aussi à une histoire pas si transcendante mais il reste un objet de cinéma saisissant et totalement maîtrisé qu'on ne peut qu'aimer à défaut de vraiment l'adorer.