D'abord, Fatih Akin en profite pour dénoncer le racisme ambiant mais de façon caricatural notamment via une enquête de police qu'il suggère en proie à un racisme "ordinaire" alors que l'enquêteur ne pose toujours que des questions légitimes au vu du passif de l'époux. Ensuite vient le procès, dont le verdict invraisemblable finit par nous laisser perplexe. Et enfin, l'épilogue dont les incohérences sont trop nombreuses. Finalement le seul point fort reste la performance inouïe de Diane Kruger. Dommage... Site : Selenie
Fatih Akin, depuis « De l’autre côté » moi c’est un gars que j’ai toujours à l’œil. Je l’ai toujours à l’œil parce que ça me surprend à chaque fois que, malgré une forme qui ne me convient guère d’habitude, son cinéma peut parvenir à me toucher. Je viens tout juste d’évoquer « De l’autre côté » et ce n’est pas un hasard. Pour moi ce film c’est la quintessence de ce qu’Akin est capable de produire. C’est cru, voire presque un peu poisseux, mais au final il y a quand même une véritable force qui ressort de cette sécheresse là ; de cette réalisation à fleur de peau. Et si je vous dis tout cela avant de vous parler de « In The Fade », c’est parce que je pense que ce film a l’air d’être pensé plus ou moins dans la même veine. On prend des personnages lambdas plongés dans un monde bien banal, et puis un enchainement d’événements qui les dépasse les amènent à se bouffer dans la tronche une réalité du monde bien rude ; quelque-chose qui n’est qu’une réalité abstraite et qu’on ne connait qu’aux informations mais qui là devient une réalité qui s’ancre dans la chair des gens. D’une certaine manière, « In The Fade » n’échoue pas vraiment sur ce point là. Si le début m’a totalement laissé indifférent (mais bon, ça c’est comme chaque film d’Akin), je dois bien avouer qu’à partir du moment où l’élément perturbateur est posé, je me suis globalement laissé prendre. Pour moi, ça a marché quand le film savait être sobre et cru ; quand les éléments tombaient sèchement sans préliminaires ni emphase. La partie II est d’ailleurs pour moi la plus réussie parce que, aussi bien dans le fond que dans la forme, on est dans ce genre de démarche très froide et brutale. Seulement voilà, si au final je ne mets que deux étoiles à ce film, c’est parce que malheureusement il ne remplit pas entièrement cette promesse là et, surtout, je trouve qu’il se perd dans son dernier tiers. Parce que oui, j’avoue qu’en termes de sobriété, il y a quand même quelques moments qui auraient pu être évitables. Les scènes de pleurs et de désarrois, moi, je n’ai pas besoin qu’on m’en mette des tonnes pour que je sois en empathie avec le personnage. Du coup, quand un réalisateur s’attarde sur des moments de pathos, je ne peux m’empêcher de le percevoir comme une facilité qui peut vite m’énerver. Heureusement, ces excès sont ici modérés, mais ils sont là, et ils ont quelque peu nui à mon immersion. Mais bon, comme je le disais à l’instant, pour moi le vrai problème, ce fut surtout ce dernier tiers durant lequel on se rend compte qu’en fait… bah on ne pas vraiment nous dire ou nous révéler grand-chose de plus que ce qui a été montré lors de la partie II. Pour le coup, j’ai vraiment vécu ce dernier tiers comme une évidence qu’on a délayé pendant un temps bien trop long, si bien que j’ai accueilli la fin d’un « ouf de soulagement », ne ressentant rien par rapport à ce qui m’avait été montré et qu’avait anticipé depuis un petit bout de temps déjà… Alors du coup, quand est venu le moment de faire le bilan au sujet de ce film eh bah j’avoue que ça a été compliqué pour moi d’en tirer de bonnes choses. Certes, j’avais quelques bons moments en tête, mais d’un autre côté je tombais un peu des nus face à une histoire qui, au final, ne m’a que très peu dit de choses sur l’humain et m’a très peu requestionné. C’est bête, parce que pour le coup je trouve que c’était aussi là-dedans que se trouvait la force des films de Fatih Akin. Cette force, malheureusement, je ne l’ai pas retrouvé dans ce « Ijn The Fade », et ce n’est pas l’interprétation propre mais quelconque de Diane Kruger qui a pu changer quoi que ce soit à cette donne… Bon alors après, ce n’est que mon point de vue. Donc si vous n’êtes pas d’accord et que vous voulez qu’on en discute, n’hésitez pas et venez me retrouver sur lhommegrenouille.over-blog.com. Parce que le débat, moi j’aime ça… ;-)
Nous allons vivre, en trois actes, la vie d'une allemande frappée de plein fouet par un attentat à la bombe qui va ôter la vie à son mari Kurde et à son jeune fils. Diane Kruger incarne de façon bouleversante le rôle de cette Katja Sekerci touchée dans le fond de son âme par cet acte barbare. Elle remporte d'ailleurs le prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes 2017. La première partie du film est la plus terrible avec la tragédie proprement dite, les actes 2 et 3 sont plus didactiques même s'il est vraiment intéressant de suivre l'évolution psychologique de cette femme face à "l'après" : le procès et les conséquences du jugement. Un thriller dramatique assez prenant qui vaut le détour notamment pour la prestation poignante de cette actrice de 40 ans. --> Site CINEMADOURG <--
Sans doute l'un des films les plus attendus de la croisette 2017, "In the Fade" trace le destin fatal d'une mère de famille allemande qui perd son mari et son enfant dans un attentat à la bombe. Le sujet est on ne peut plus d'actualité et Diane Kruger mène avec émotions fortes et conviction ce parcours du combattant pour que justice soit faite. Fatih Akin s'est basé sur des meurtres qui ont lieu en Allemagne par des groupes nazis envers des turcs, qui n'étaient la cible juste à cause de leurs origines. Le sujet est fort et d'un réalisme déconcertant. Coupé en trois parties distinctes, la première se focalise sur l'attentat et sur les jours qui suivent. Tout comme le vivent les personnages, le temps semble s'arrêter, se figer pour laisser place au choc et au deuil soudain. Les scènes sont violentes, intenses et pleinement vécues, et l'émotion nous gagne inéluctablement, sans qu'on la voit arriver, tellement la situation fait écho à notre réalité. La deuxième partie, elle, se concentre sur l'aspect judiciaire de l'affaire, de la condamnation des coupables, toujours avec l'insolite Diane Kruger en ligne de mire qui assiste à l'injustice de ne pas pouvoir agir face à la justice. S'ensuit une dernière partie, qui porte en elle tout le parti-prix du film, et dont je ne dirais rien au risque de gâcher la surprise. Mais c'est cette dernière partie qui m'a moins convaincu et qui m'a en quelque sorte sorti de mon identification au personnage principal. Cette partie se veut plus personnelle et romancée, coupant tout écho avec nos références. Néanmoins, "In the Fade" est un regard poignant et crucial sur notre ère soumise à rude épreuve face à l'imprévisibilité de notre quotidien, de la menace qui nous guette et nous guettera pour encore longtemps. Je ne dirai pas que le film de Fatih Akin est pessimiste, mais il rentre dans cette vague de films à regarder, en mémoire aux victimes d'événements similaires. Bien sur, le jeu de Kruger est saisissant et mérite amplement son prix d'interprétation, mais "In the Fade" dépasse l'intérêt banal qu'on pourrait avoir sur d'autres films. Ca va au-delà, ça nous touche et ça nous parle.
"In The Fade" est un mélodrame sur la tourmente d'un personnage dont on ne connait rien, sinon qu'il souffre. Tout le récit tourne autour de sa douleur, et face à cela, on se demande comment compatir. Pas d'enquête, pas d'intrigue, rien qui nous attache au personnage. Juste des torrents de larme. Pendant 1h45, on se sent extérieur au problème, dans un ennui coupable mais bien réel. Alors, que dire de plus, sinon "Pas terrible" ? "Pas terrible" d'avoir voulu sensibiliser à une réalité tragique sans y parvenir... Après tout, c'était le but : partager une souffrance, faire prendre conscience par les tripes que des types meurent dans des attentats néonazis à cause de leur origine ethnique. Pour la partie "prendre conscience", okay, c'est fait. Mais en ce qui concerne les "tripes", ça reste à revoir. Et pourtant, c'est cette dernière partie qui compte quand on adapte une histoire comme celle-là au cinéma. Sinon, on se contente d'un article de journal...
Comment vivre et faire le deuil après avoir perdu sa famille dans un attentat à la bombe ? C'est ce que l'on va découvrir avec « In The Fade », portée par Diane Kruger en mère de famille détruite mais impressionnante comme jamais. Le film se base avant tout sur des faits d'attentats assez connus en Allemagne, par un groupe de terroriste néo-nazi. L'histoire se divise en trois parties : la perte et le deuil ; l'injustice ; la vengeance et l'après. Si la première partie est choquante et la deuxième haletante, la dernière tient moins en haleine mais nous livre un final tout de même poignant. Diane Kruger porte donc le film sur ses épaules et bouleverse, sans tomber dans le pathos. Elle est tellement convaincante qu'on empathie et qu'on enrage pour elle. Le réalisateur a également pointé du doigt la tendance des juges et policiers à pencher les soupçons envers la victime elle-même : était-elle impliquée dans des affaires mafieuses ? Continuait-elle à dealer malgré son séjour en prison ? En incluant ce jugement, il dénonce par la même occasion l'incompétence des pouvoirs publics, car dans les vrais procès, on pensait que la victime était forcément liée d'abord à une magouille ou un réseau, la preuve de crime raciste ne venant que bien plus tard. Ce combat pour que justice soit rendue ne laissera pas indifférent.
Constatons pour commencer que l'ensemble de la critique dite "sérieuse" descend le dernier film de Fatih Akin.
Ces critiques portent-elles sur des considérations liées aux qualités du film ? Souvent non, les articles débordent la plupart du temps sur des considérations d'ordre politique ou moraux.
On reproche à Fatih Akin le parcours de son personnage, comme si le réalisateur affichait de facto sa solidarité avec lui (l'article de Serge Kaganski dans les Inrocks est à ce titre d'un niveau de bêtise inouï). En raisonnant aussi bêtement, on pourrait reprocher à Scorsese les errements du personnage de Taxi Driver, à Coppola le comportement des soldats de Apocalypse now, etc. A travers cet écheveau de jugements négatifs en tout genre, c'est finalement une sorte de nouvel ordre moral qui semble émerger de façon inquiétante.
Mais je reviens au film. Katjia perd son mari et son fils dans un attentat. Qui sont les auteurs ? Le passé de son mari explique-t-il l'attentat ? Comment la justice va-t-elle agir ? Comment le deuil de Katjia peut-il s'exprimer ?
Akin répond à ses questions dans trois parties très différentes, dont la variété donne du piment au film. Personnellement, j'ai souvent été égaré par la conduite de l'intrigue, et cela m'a beaucoup plu. L'accusation de certaines critiques sur la prévisibilité des évènements me semble absolument injuste, le dénouement final possédant un véritable effet dramatique.
La prestation de Diane Kruger est exceptionnelle (prix d'interprétation féminine à Cannes) et on aura rarement ressenti avec autant d'acuité la difficulté du travail de deuil, qui irrigue le film du début à la fin. La mise en scène de Fatih Akin retrouve le niveau de qualité de ses débuts (on songe à De l'autre côté) : elle est à la fois ample et déliée.
En synthèse In the fade ne me semble pas mériter la curée dont il est l'objet. Même s'il est globalement un peu trop appliqué pour vraiment décoller, il n'est pas sans mérite : la presse américaine lui a octroyé le Golden globe de meilleur film étranger.
In the Fade raconte une histoire plutôt simple. Avec un sujet qui suscite des réactions personnelles des spectateurs, un peu plus en tous cas que dans des films dits de divertissement. Il peut provoquer un rejet pur et simple, on le constate en parcourant certaines critiques, qu'elles soient professionnelles ou pas. Trop de pathos estiment certaines. Ah bon, vraiment ? Parce qu'une femme pleure quand le terrorisme aveugle a décimé sa famille ? On peut estimer au contraire que Akin ne pousse pas le bouchon trop loin en la matière. Et qu(il fait montre de pudeur et de sensibilité. "Un éloge de la loi du talion" peut-on lire également. C'est ridicule. S'il est impossible de ne pas éprouver de l'empathie pour l'héroïne tragique du film, nulle glorification de ses actes n'est proposée et chacun dispose de son libre-arbitre pour en juger. Le tout est que ces actes-là aient une cohérence dans la psychologie du personnage et c'est le cas pour cette femme brisée, malheureuse mais aussi remplie de colère qui d'une certaine façon l'empêche de tomber. C'est la souffrance et la tristesse du samouraï (qu'elle a tatoué sur sa peau) qui s'exprime de cette manière. Si In the Fade évoque l'internationale néonazie et les failles des tribunaux, il est avant toute chose un portrait de femme précis et contondant dans des moments dramatiques. Et là, il n'y a aucune exemplarité ni leçon morale à tirer. Du point de vue cinématographique, In the Fade est par ailleurs une totale réussite, dense, intense et vibrant avec une mise en scène condensée et sans gras inutile (voir les scènes de procès). Enfin, il y a Diane Kruger, malmenée et stoïque dans la tempête. Une merveille d'interprétation dans un film digne et surtout profondément humain. On est vraiment loin du pauvre récit de vengeance que certains veulent y voir. Mais bon, comme toujours, à chacun son ressenti et son opinion.
Un film captivant et dur sur les conséquences d'un attentat, porté par l'interprétation magistrale de Diane Kruger. Une critique plus détaillée et d'autres sur le-blog-d-elisabeth-g.blogspot.fr
Diane Kruger, une présence, une actrice incroyable dans ce rôle d'une femme blessée, meurtrie dans sa chair. Un film, une œuvre bouleversante. Reflets d'aspects les plus sombres de l'Allemagne, mais aussi de l'Europe, de de nos sociétés malades. Un film, une œuvre indispensable.