Avengers : Endgame n’est pas le crépuscule attendu. Et si la première partie donne à voir l’impuissance du héros à accomplir ce pour quoi il a été conçu et perfectionné, enchaînant les séquences de détresse et de remords, c’est pour mieux amorcer un virage et retrouver les chemins balisés de l’action illisible et excessive, jusqu’aux funérailles mises en scène avec artificialité. Le film suit une logique de distributeur de canettes et produits de consommation : on met une pièce dans la fente et des articles tombent, tantôt Thor et sa longue tignasse blonde, tantôt les Gardiens, tantôt du Dr Pepper, tantôt la monolithique Scarlett Johansson, tantôt Hulk et son nouveau design intello, etc. Il n’est composé que d’une succession d’apparitions en fanfare, de recyclage de séquences piquées dans les productions précédentes afin, on le comprend, de flatter la mémoire des plus fidèles spectateurs. Mémoire carbonisée par les incendies aux pixels et les reflets d’intelligence que l’on voit fuir de toute part, pareils à des feux follets. Car il n’y a rien là-dedans, ou si peu. Les adieux sont robotiques, désincarnés, ils témoignent d’une pudeur nauséabonde qui fait oublier l’origine humaine de bon nombre de ces personnages : où sont la chair, le désir, la peur de la mort ? Les enjeux se chassent les uns les autres de la même manière que les pierreries de couleurs décomposent la menace : tout vole au vent, l’image est vierge, intacte. Mais le principal problème d’Avengers : Endgame, c’est de ne pouvoir contenir sa petite morale à deux balles : tous les protagonistes, à un moment ou l’autre, débitent leurs sentences gratuites et lambda sur la nature humaine, sur le destin, sur les pouvoirs, sur la mort. En résultent des dialogues au démonstratif pompeux, en résulte une production inutilement verbeuse. À ce titre, l’image la plus forte du film se trouve au tout début, lorsque Tony Stark, ne sachant que faire, dépérit silencieux : son regarde fixe le vide, son visage ne bouge plus, il est assis, figé, pétrifié par la peur et l’impuissance. Preuve qu’il ne fallait pas trois heures pour orchestrer cette partie finale : trois minutes suffisaient. Trois belles minutes.