Le film est tellement mauvais qu'on en sort sans vraiment savoir qui est Raspoutine. Le paysan mystique et le guérisseur, le jouisseur de la vie et des femmes, l'influenceur de la vie impériale : le film illustre le mythe, en couleurs, mais le portrait est superficiel jusqu'à l'insignifiance. La nullité historique et politique du film (ainsi le tsar et la tsarine ne sont pas davantage que des gravures de mode), l'absence d'un point de vue laissent Raspoutine sans matière. Le personnage existe à peine sous Pierre Brasseur qui en est réduit à faire du Pierre Brasseur ; avec sa longue barbe et ses gros sourcils, il incarne une sorte d'ogre, un type au caractère et aux intentions très mal définis. Le scénario et la mise en scène sont d'une égale médiocrité, complètement insuffisants pour traiter le sujet. D'autre part, le rythme du film n'est déjà pas foufou mais le réalisateur Georges Combret ne se prive pas d'intégrer des intermèdes musicaux à la mode slave : danses et chants russes, bal en grand uniforme. Ça fait joli dans le tableau mais ça ne sert à rien. Combret ne sait pas rendre compte des intrigues de palais ou d'une quelconque complexité politique, il simplifie tout à l'extrême et se contente de filmer des figures russes francisées en costumes d'époque.