Ilya Naishuller avait déjà réalisé un clip pour le groupe "Biting Elbows", prenant la forme d'un court métrage d'action à la première personne. Visiblement enthousiasmé, il livre avec "Hardcore Henry" un long-métrage basé sur le même concept. Ici, un homme amnésique, cybernétique, et muet se réveille, et va devoir affronter une armée de sbires pour sauver sa femme d'un sinistre mégalomane. Le film est intégralement construit comme une cinématique de FPS, avec des références à foison à la culture vidéoludique : héros muet, images à la première personne du début à la fin, méchants débarquant de manière ininterrompue, figurants impersonnels, un second rôle chargé de faire la narration (Sharlto Copley, très amusant), et une intrigue ultra basique façon shoot them up (éliminer les méchants, recevoir ses objectifs, se rendre à la cible, et ainsi de suite jusqu'au
boss de fin
!). Le procédé est risqué, étant donné qu'on n'éprouve aucune empathie pour un protagoniste dont on ne connait rien (pas même son visage) et qui exprime peu. Toutefois, les scènes d'action et les cascades s'avèrent étonnement ambitieuses, fluides, immersives, et joyeusement bourrines, même si quelques CGIs laissent à désirer (mais vu le très faible budget du film - quelques millions de dollars -, on ne va pas faire les difficiles là-dessus !). Au final, "Hardcore Henry" est un délire à voir uniquement pour sa forme audacieuse, qui risque d'en lasser certains vu son absence de fond et son côté répétitif.