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« Et s’il oubliait juste les choses qu’il a faites ? Et s’il se souvenait de tout ce qu’on lui a volé ? »
Il y a des hommes qui effacent leurs traces. D'autres s'effacent eux-mêmes. Mémoire meurtrière ne choisit pas : il fait les deux.
Martin Campbell, artisan chevronné de l’action élégante (Casino Royale, The Foreigner), revient avec un film moins explosif que son pedigree ne le laisse croire — mais infiniment plus troublé. Memory n’est pas un thriller nerveux, c’est une errance neurologique, où la frontière entre remords et maladie s’effondre comme une vieille digue rongée par la rouille.
Alex Lewis (Liam Neeson, visage flétri de violence rentrée), est un tueur à gages à la mémoire qui fuit, un professionnel du silence soudain trahi par son propre cerveau. Ce n’est pas seulement un assassin qui doute, c’est une machine qui bégaye. Chaque scène est une fêlure. Chaque mission un écho sans cible. Chaque nom un grésillement.
Et soudain, le refus. Un ordre qui ne passe pas. Une cible qu’il refuse d’abattre. Une gamine, cette fois. Trop jeune pour mourir. Trop pure pour disparaître. Le film bascule. Plus question de tuer pour fuir : il va falloir se souvenir pour survivre.
Mais Memory n’est pas un plaidoyer. C’est un labyrinthe. Une cavité mentale où les visages se ressemblent trop, où les méchants sont parfois les flics, et les flics souvent des ombres. Guy Pearce incarne l’agent du FBI qui cherche sans trop croire, enquêteur à bout de souffle, lui aussi rongé par le doute, par cette idée tenace que le mal se niche toujours ailleurs, dans le détail négligé, dans le corps sans nom, dans la procédure bâclée.
La mise en scène de Campbell épouse la confusion : plans sobres, mais subtilement disloqués ; une lumière crue qui mange les visages ; une ville sans géographie fixe, comme vue depuis un esprit fragmenté. Les couloirs se répètent. Les rues se déforment. Le passé se mêle au présent avec cette torpeur hallucinée des rêves lourds.
Mais ce qui hante le plus, ce ne sont pas les meurtres. Ce sont les moments entre eux. Les silences. Les objets oubliés sur une table. Le téléphone qui sonne trop tard. Les regards qui cherchent un prénom, une promesse, une preuve qu’on a existé.
Il serait facile de rejeter Memory comme un thriller de plus, un Neeson de trop. Et ce serait une erreur. Car sous l’ossature du film d’action — efficace, certes, mais attendu — palpite une mélancolie rare. Une peur lente. Celle de disparaître avant d’avoir payé.
Pas un grand film. Mais un film hanté. Et c’est peut-être plus fort.
Note : 10 sur 20 — Un tueur, une mémoire. Et entre les deux, ce qu’il reste d’un homme. Déroutant, bancal, mais profondément humain.