Jean de Florette/ Manon des sources, un film phare du cinéma français.
C'est d'abord une tragédie familiale qui se joue sur fond d'un roman du terroir. Là, au cœur d'un petit village français qui sent bon la Provence, se noue un drame en deux actes. La simplicité des gens, leur franc parler et la douceur de leur mode de vie, n'empêche pas les hommes de nourrir de sombres desseins. Si le Papet et Ugolin échafaudent des plans secrets pour assouvir leur désir d'enrichissement et d'héritage, la jeune Manon, elle, fera de même, en utilisant leurs propres armes, sauf qu'elle œuvre pour la vérité et la justice...
Claude Berri signe ici une adaptation réussie du roman de Pagnol. Les paysages (les montagnes, le village, la grotte, les maisons de campagne) nous entraînent dans cette France profonde du XIX-XXe siècle que l'on pourrait croire aujourd'hui disparue. Et la musique est tout simplement superbe, parfaitement adaptée à l'ambiance de cette histoire qui mêle adroitement la simplicité du monde rural à la complexité des sentiments humains. Quant à la révélation finale, elle ajoute un surcroît dramatique inattendu : le Papet (qui est en quelque sorte, le maitre à penser de cette histoire) découvrira qu'il a fait précisément l'inverse de ce qu'il recherchait. Le piège se referme implacablement sur lui et sur ses rêves de filiation.
Enfin, il faut souligner l'interprétation convaincante de Daniel Auteuil qui donne ici une de ses meilleures performances d'acteur. Lui, qui n'a pas forcément le physique de l'emploi, parvient à se glisser remarquablement dans la peau d'Ugolin, grâce au maquillage, mais aussi, grâce à ses expressions, son ton et ses réactions. Un film que je conseille absolument à ceux qui veulent voir des œuvres de la littérature française au cinéma : la tragédie revisitée par Pagnol n'appartient plus aux grands de ce monde (roi, prince etc...).