Le Godzilla de 2016, réalisé par Hideaki Anno et Shinji Higuchi, est une œuvre à la fois fascinante et frustrante, une réinvention audacieuse du kaijū légendaire qui oscille entre la grandeur et l’approximation. Visuellement marquant et conceptuellement intéressant, le film réussit à imposer une vision singulière, mais se heurte aussi à des choix narratifs qui limitent son impact. Une réussite partielle, qui alterne le spectaculaire et le laborieux.
Dès ses premières apparitions, la créature impose une présence unique. Loin du monstre imposant et immédiatement redoutable des itérations précédentes, cette version de Godzilla commence par intriguer, voire déstabiliser. Son design initial, presque grotesque, déconcerte. Mais au fil du film, il mute, évolue vers une forme colossale et terrifiante qui justifie l’aura mythique du personnage.
Lorsque Godzilla frappe enfin Tokyo dans toute sa splendeur cauchemardesque, le spectacle est à la hauteur des attentes. L’attaque qui réduit la ville en cendres est l’un des moments les plus impressionnants du film, une séquence d’une puissance visuelle indéniable. Le souffle atomique, réinterprété ici comme une arme d’une précision et d’une brutalité absolues, transforme la capitale japonaise en un véritable enfer. Sur ce plan, le film réussit son pari : redonner à Godzilla son caractère divin et implacable.
Là où le film surprend – et divise – c’est dans son approche du récit. Contrairement aux précédentes aventures du kaijū, Shin Godzilla s’intéresse davantage à la réaction du gouvernement japonais face à cette menace inédite. Ce choix, s’il est audacieux, a un effet contrasté. D’un côté, il donne au film une saveur quasi-documentaire qui le démarque des blockbusters habituels. De l’autre, il ralentit considérablement le rythme.
Le film passe une grande partie de son temps à suivre des réunions de crise, où des fonctionnaires et des militaires discutent longuement de stratégies et de protocoles administratifs. Cette plongée dans les rouages du pouvoir a un intérêt certain : elle offre une satire acide de la rigidité bureaucratique et de l’inefficacité politique. Cependant, le film s’attarde parfois trop sur ces discussions, au point de freiner l’élan dramatique.
Hideaki Anno et Shinji Higuchi livrent une réalisation maîtrisée mais inégale. Lorsqu’il s’agit de mettre en scène la terreur et la destruction, le film brille. Les plans larges qui montrent Tokyo s’effondrer sous les assauts du monstre sont à couper le souffle. Le travail sur l’échelle et la perspective rend parfaitement compte de la puissance titanesque de Godzilla.
Cependant, lorsqu’il s’agit de filmer les scènes plus politiques, le style visuel devient plus rigide. La multiplication des coupes rapides et des dialogues débités à toute vitesse finit par lasser. À trop vouloir dynamiser ces séquences, le film en devient mécanique, perdant parfois son impact émotionnel.
Shin Godzilla est une œuvre hybride, une fusion entre le film catastrophe et la satire politique. Cette approche unique en fait une expérience mémorable, mais aussi frustrante. Les amateurs de kaijū eiga y trouveront des moments de pure grandeur, mais devront aussi composer avec des passages plus austères et verbeux.
Ce n’est ni un échec, ni un chef-d’œuvre. C’est un film avec des éclats de génie, mais aussi des longueurs. Une œuvre audacieuse, imparfaite, qui fascine autant qu’elle peut déconcerter. Un Godzilla revisité avec intelligence, mais qui aurait gagné à mieux équilibrer ses ambitions narratives.