Le style narratif, la mise en scène et la direction d'acteurs sont, chez Pedro Almodovar, reconnaissables d'entrée, quelle que soit la forme du cinéaste. Almodovar me plait parfois et me déplaît avec la même proportion. Julieta est plutôt un bon cru, quoique moins maîtrisé que Le piel que habito. J'avoue avoir mis un temps avant d'entrer dans le film, peu entraîné par l'intrigue, y compris le passage, pourtant clef, du train qui alterne entre le chromo des oeuvres de jeunesse et un brio très personnel. Mais, dès l'arrivée de Julieta à la maison au bord de la mer, le film passionne. L'interprétation est excellente, habitée, subtile, à la limite du tire larme peut être mais qui ne peut qu'émouvoir. Ces deux actrices, Emma Suárez et Adriana Ugarte sont sublimes. La mise en image du cinéaste, avec ces plans brillamment cadrés, aux couleurs chatoyantes et expressionnistes, sertis d'une musique romanesque et sombre, rouge et noir, inspirée de celle de Hermann. Le film évoque d'ailleurs l'oeuvre de Hitchcock. Le travail sur le montage est exceptionnel. L'intrigue passionne même si, et ceci gêne dans Julieta, le scénario me semble inabouti. Les effets de surenchère, dans la procession
des nombreux accidents et maladies cérébrales (sclérose en plaque, maladie d'Alzheimer)
sont réitérés à l'envi. Les faits se produisent aussi avec trop de prévisibilité. Un film que je devrais revoir pour, peut être l'apprécier plus encore. Un film qui cependant reste en mémoire.