Très sophistiqué, empruntant çà et là son imagerie à de grands succès populaires – on pense à Mommy ou à La La Land pour les jeux avec le format de l’image – pour finalement remixer la sempiternelle soupe misérabiliste, Le Grand Bain aimerait être le vestiaire du malaise contemporain, un lieu où s’expriment et se résolvent les frustrations et les peines, les violences et les rejets. L’engouement critique qui a suivi le matraquage publicitaire – bande-annonce en boucle dans les cinémas des mois avant la sortie en salles, affiches nombreuses, omniprésence sur les plateaux de télévision – atteste la mainmise d’une famille made by Canet sur le film de potes français et, plus largement, sur le divertissement familial. Le souci, c’est que l’acteur-réalisateur, en dépit des idées, a la main lourde et ne lésine sur aucun poncif, renchérit sans cesse, martèle le social comme s’il s’agissait d’un punching-ball tire-larmes. La mère handicapée, le fils qui n’en est pas loin, des ruptures amoureuses, de l’alcoolisme, de la dépression. Menu Maxi Best Of de la souffrance, plongé au fond d’une piscine chlorée. Le résultat pique les yeux, à condition d’opter pour les lunettes du conformisme critique. Reconnaissons néanmoins une ouverture audacieuse, ainsi qu’une scène de compétition finale très réussie. Reconnaissons également le talent de Mathieu Amalric qui parvient à illuminer chaque plan dans lequel il interfère par son mal-être burlesque. Derrière son titre gonflé, Le Grand Bain n’est que le petit bassin de la comédie française, un endroit où tout le monde a pied, sans vertige ni risque encouru. Trop long pour ce qu’il a à raconter, trop soucieux de tirer profit des maux qu’il entend guérir, le film choisit la vulgarité tant dramatique que relative à l’écriture de ses dialogues en guise de cure comique. Petit.