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Un visiteur
4,5
Publiée le 19 octobre 2015
Pour moi, ce film est un très beau film sur le travail de deuil. Comment laisser partir l'autre, l'être aimé, le sortir de soi sans jamais l'oublier, pour continuer à vivre, avec et sans lui? Comment réparer ce qui n'a pas eu le temps d'être réparé quand la blessure est là, pudique, que l'on a mis quelque part sans pouvoir la partager parce que l'autre est parti avant que l'on ai pu lui dire qu'on l'aimait, qu'on ne pensait pas ce que l'on disait? Et puis, il y a le temps long, celui qu'il faut pour le travail se fasse, à l'image de ce film, qui prend le temps de dire, de montrer, de toucher, de susurrer dans ses oreilles, le bruit du vent, qui va, qui vient, qui apaise. C'est vrai, les films japonais ont cette capacité immense de savoir prendre le temps pour nous laisser nous dire les choses. Mais il faut savoir lâcher prise, aimer le rythme lent de la nature, des choses bien faites, c'est le prix de la beauté.
Un certain regard, «Kishibe No Tabi » alias «Vers L'autre Rive» en Français mérite bien son prix de la mise en scène reçu au festival de Cannes pour la sélection «Un certain regard». En effet, c'est bien d'un autre regard qu'il faut voir ce film s'il l'on veut capter cette «chose» qu'il veut nous transmettre. Voici le dernier film de Kiyoshi Kurosawa, sorti dans les salles obscures le 30 septembre 2015. C'est tout simplement l'histoire de Yusuke un homme, qui retourne au prés de sa femme Mizuki, pour la convier à un voyage initiatique à la rencontre des personnes qu'il a côtoyé durant ces trois années d’absences; à travers un Japon rural, vert et pur. Seul problème : Yusuke a oublié d'enlever ses chaussures en entrant … Oh et oui c'est vrai, il est mort. Voilà que Kurosawa s'attaque à une figure récurrente de son cinéma : le fantôme. Au contraire de « Kairo » ou « Séance », le fantôme bien que surnaturel et inquiétant au premier abord s'impose vite comme une normalité et une véritable source de beauté et d'émotion. Kiyoshi Kurosawa se lance alors sur ce parti pris dans une fabuleuse histoire d'amour et de deuil. Il nous livre alors une véritable poésie qui vacille entre surnaturel et réalisme, aux frontières de la vie et de la mort. Kurosawa nous rend en peinture le « couple » comme il le perçoit: deux être unis par un lien immuable qui transcendent la vie et la mort. Au-delà du couple, Kurosawa nous transmet toute une philosophie sur les relations humaines et le rapport de l'Homme à la vie. Il nous transmet un idéal que l'on doit avoir avec « l'Autre », je fais notamment référence à la scène spoiler: où Yusuke explique lors de son
cours à quel point il est « heureux d'être né » et que c'est quelque chose dont nous
devrions tous être ravi. En effet, durant leur voyage, le couple rencontre de nombreuses personnes, certaines vivantes et d'autres mortes comme Yusuke. Ces rencontres, toutes différentes abordent de nombreux thèmes, tous marqués par la mort. Je pense surtout à la scène où cette femme spoiler: raconte la perte de sa petite sœur , le passage est particulièrement touchant. Le film ne cesse d'alterner des moments d'une beauté incomparable et d’autres plus obscures presque angoissants, je fais par exemple référence à la spoiler: disparition de M.Shimakage (le livreur de journaux). Toute la beauté du film repose en grande partie sur sa mise en scène, incroyablement bien exécutée. Le découpage ainsi que le rapport singulier à la lumière soulignent le passage d'une « rive » à « l'autre », c'est magnifique et ça fonctionne très bien. Vient se rajouter à cela un cadrage impressionnant, en effet le film alterne cadrages, décadrages, surcadrages ... à la perfection, renforçant cette étrangeté permanente, où coexistent morts et vivants. Les acteurs : Eri Fukatsu et Tadanobu Asano (respectivement Mizuki et Yusuke), sont incroyablement touchants et justes que ce soit dans leurs propos emplis de réalités et d'amour ou dans leur jeu d'acteur particulièrement convainquant. De plus, je suis considérablement touché par le retour de Tasanobu Asano à l'écran, qu’on n’avait pas vu dans un film d'auteur depuis bien longtemps. Kiyoshi Kurosawa acquiert une certaine maturité grâce à « Vers l'autre rive », son rapport à la mort et aux fantômes, le mène à une émouvante et douce réflexion sur la vie et la mort. Ce film d'auteur intimiste vous happe dans une bouleversante balade onirique qui ne manquera pas de vous toucher.
L'intrigue est intéressante, le message diffusé l'est tout autant, cependant la réalisation est très mièvre et plate, rien d'éclatant, la musique d'un kitch monumental, les costumes très basiques, la photo inesthétique. Bref sorti de la séance avec le sentiment étrange que je m'étais trompé de film, après avoir lu et entendu tant de critiques dithyrambique sur ce film.