Le point fort de ce film d’espionnage rétro très orienté castagne en tous genres n’est pas celui qu’on croit au premier abord, c’est-à-dire de faire du protagoniste principal une femme. C’est intéressant mais c’est une mode en ce moment sur grand écran. Qu’elles soient du bon ou du mauvais côté, les femmes prennent le pouvoir au cinéma. Tendance structurelle et évolution sociétale dans le divertissement ou simple réponse à la polémique sur les salaires des femmes à Hollywood ? Peu importe dirons-nous, tant que le film est bon, que cela reste réaliste et que l’interprète soit au diapason. A ce niveau Charlize Theron se pose en digne héritière d’Angelina Jolie et en égale de Scarlett Johansson. Après « Mad Max : Fury Road » ou plus anciennement « Aeon Flux », elle assure autant par son charisme et sa beauté, que par ses capacités physiques que, bien sûr, grâce à ses qualités d’actrices incontestables. Non, ce qui dénote en bien ici, c’est le fait de délocaliser l’action à Berlin, mais surtout durant la semaine de la chute du Mur.
En effet, cela autorise une bande originale totalement démente (ah ces délicieuses musiques typiques des années 80 !) et nostalgique, sentiment qui nous parcourt d’ailleurs sporadiquement et agréablement durant tout le long-métrage. Et certains petits détails sont croustillants comme un figurant qui joue à Tetris ou l’ameublement vintage d’une chambre d’hôtel. Mais on apprécie aussi la reconstitution du Berlin de 1989, avec des décors froids et décrépis soutenus par des filtres bleus qui accentuent encore cette esthétique triste et froide propre à la capitale allemande. Enfin, cela autorise un contexte paranoïaque du meilleur effet entre espions de tous pays qui se jouent de faux-semblants, se trahissent et pratiquent la double couverture. Et c’est peut-être là que le bât blesse. Si dans la première partie, on a du mal à se plonger dans « Atomic Blonde » c’est à cause de son histoire percluse de trop nombreux personnages et dont on a du mal à saisir les tenants et les aboutissants. Il faut d’ailleurs avouer qu’à un moment on ne cherche plus à comprendre dans les détails qui roule pour qui et pourquoi… On préfère se laisser aller à suivre notre héroïne pour en apprécier les aventures et se délecter durant la deuxième partie de tout le reste.
Car, niveau action, on est servis. Pas forcément de grosses explosions, d’effets spéciaux déments ou de cascades complètement novatrices qui en mettent plein la vue. On n’est pas dans ce genre de blockbuster excessif. Plutôt des scènes de combat parfaitement orchestrées par un maître en la matière, David Leitch, cascadeur passé réalisateur et auteur de l’excellent « John Wick », auquel se film ressemble d’ailleurs beaucoup en version féminine et années 80. Si on préfère tout de même ce dernier qui ne relâchait pas la tension une seule seconde, on passe également un bon moment ici. Les bastons sont très efficaces et réalistes (la scène dans l’escalier en met plein la vue) et le metteur en scène parvient à innover tout en ne nous infligeant pas un montage syncopé ou l’on ne voit rien, préférant les plans larges et les plans-séquence du meilleur effet. La réalisation est stylée, bien adaptée au contexte et ce, dès le générique. On ne dirait d’ailleurs pas non à une suite, à l’instar de « John Wick » tant le personnage développe un début de mythologie intéressant à creuser. Un bon moment de cinéma d’action au féminin pour lequel il ne faut pas trop se creuser les méninges sous peine de décrocher.