Il est fascinant de voir un film se tenir au bord du spectaculaire, sans jamais y plonger tout à fait. Insaisissables 3 avance comme un illusionniste trop sûr de son numéro : le costume est impeccable, les gestes sont fluides, le décor est somptueux, mais au moment de l’effet final, quelque chose s’échappe. Le lapin refuse de sortir du chapeau. Et nous, spectateurs, restons à mi-parcours entre l’émerveillement promis et l’étrange sensation d’avoir assisté à un mirage plutôt qu’à une magie réelle.
Le scénario part pourtant d’une idée prometteuse : transmettre le flambeau à une nouvelle génération d’illusionnistes tout en réunissant les figures emblématiques des précédents volets. L’ouverture, où Charlie, June et Bosco usurpent l’identité des Horsemen avec des deepfakes et des hologrammes, regorge d’une fraîcheur bienvenue. L’ancrage technologique, loin d’être artificiel, reflète brillamment les enjeux contemporains de l’illusion à l’ère numérique. À ce moment-là, on croit tenir quelque chose : une mise à jour pertinente d’une saga fondée sur le détournement du regard.
Mais très vite, cette promesse s’essouffle. L'intrigue, dense et mobile, multiplie les décors — d’Anvers à Abou Dhabi, en passant par un château français — sans jamais vraiment les habiter. L’accumulation d’éléments narratifs donne une impression de richesse, mais en y regardant de plus près, chaque fil semble cousu à la hâte. Le retour des anciens Horsemen, censé marquer un tournant émotionnel, se fait presque en coulisses, comme une obligation contractuelle. Ces retrouvailles manquent d’âme, de tension, de nécessité.
Le film tente de tout faire tenir ensemble par le rythme — et il y en a, du rythme. Les séquences s’enchaînent comme des tours de magie successifs : une fuite, une révélation, un retournement. C’est fluide, parfois même grisant. Mais cette fluidité finit par révéler un paradoxe : à force d’être emporté, le spectateur n’a plus rien à quoi se raccrocher. Chaque scène semble fonctionner dans son propre petit monde, sans impact durable sur l’ensemble. Ce n’est pas tant un film qu’un enchaînement d’illusions.
Les personnages, eux, oscillent entre le caricatural et le sous-développé. Jesse Eisenberg cabotine avec l’arrogance habituelle de son personnage, mais sans grande évolution. Woody Harrelson, toujours charmant, semble là pour la ponctuation comique plus que pour l’intrigue. Rosamund Pike, en antagoniste à la fois glaciale et blessée, aurait pu incarner une figure mémorable du thriller contemporain. Mais le film ne lui donne pas l’espace de respirer : son basculement tragique est précipité, son passé lourdement expliqué, sa complexité réduite à un retournement final.
Et pourtant, difficile de nier certaines qualités de mise en scène. Ruben Fleischer déploie une élégance visuelle indéniable, surtout dans les scènes au château et à Abu Dhabi. Les illusions, appuyées par un véritable travail sur les décors et la lumière, fonctionnent par instants comme de petits éclats de magie pure.
Le caméo de Dylan Shrike, bien que prévisible, est exécuté avec une certaine malice.
On sent l’intelligence technique derrière la caméra — ce qui rend le manque d’émotion d’autant plus frustrant.
La musique de Brian Tyler continue d’envelopper les scènes avec efficacité, parfois même avec emphase. Elle cherche à donner de l’ampleur à des instants qui, scénaristiquement, n’en ont pas vraiment. Le résultat est un film qui semble croire plus fort que nous à sa propre grandeur.
Le problème central n’est pas que le film échoue. C’est qu’il fait juste assez de choses correctement pour maintenir l’attention, sans jamais transcender son propre concept. On assiste à une démonstration plutôt qu’à une immersion. Les cartes sont habilement mélangées, les mains sont rapides, le spectacle est là. Mais au final, quand les rideaux tombent, l’émerveillement a laissé place à un simple haussement d’épaules.
Insaisissables 3 est le genre de film qu’on regarde en se disant : « ce n’était pas mal ». Mais ce « pas mal » est lourd de sous-entendus. Il masque la frustration de ce que le film aurait pu être, s’il avait osé ralentir, creuser ses personnages, resserrer ses illusions et croire un peu moins que la vitesse suffit à faire oublier le vide.
C’est un numéro de magie impeccablement exécuté. Mais on voit les fils.