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On retrouve les Cavaliers comme on ouvre un roman de Thomas Pynchon : trop de pistes, trop de faux-semblants, trop de mains invisibles… mais c’est précisément ce chaos contrôlé qui fait le charme. Ruben Fleischer reprend la saga là où Louis Leterrier l’avait laissée, avec cette même jubilation du spectaculaire, mais en plus sec, plus frontal, presque comique dans sa manière d’exhiber la mécanique. Le film fonctionne comme un croisement étrange entre Soderbergh et De Palma : — comme chez Soderbergh, le braquage devient chorégraphie, une logique fluide qui transforme le montage en tour de passe-passe ; — mais contrairement à lui, Fleischer ne cherche pas l’élégance : il préfère la vitesse, l’excès, le clin d’œil méta. Et quand la caméra glisse brusquement derrière un miroir sans tain, on sent une ambition de mise en scène plus proche de De Palma, avec ses jeux de reflets et de duplicité. Sauf que Fleischer n’y met pas la même gravité : il joue, il dédramatise, il ricane. On pense aussi à Christopher Nolan, mais à l’envers. — Même obsession pour le regard trompé, pour l’idée que la narration est un tour de magie. — Mais là où Nolan dissèque le concept, Fleischer l’expédie dans un feu d’artifice pop. Là où Nolan pèse chaque plan, Fleischer claque des doigts. Ici, le sérieux devient l’ennemi du plaisir. Ce réseau de comparaisons éclaire le film aujourd’hui : Insaisissables 3 ne veut pas concurrencer les grands architectes du récit cérébral. Il veut rappeler que le cinéma peut encore mentir avec joie. Qu’une bonne arnaque vaut parfois mieux qu’un twist. Que la vitesse peut suffire à créer du sens. La séquence la plus brillante ? Une poursuite entièrement conçue comme un numéro de cartes géant : inserts fulgurants, cut soudain sur une figure, zoom qui ment, panoramique qui déplace l’attention. On ne regarde plus une action : on regarde une main invisible écrire le film en temps réel. Fleischer ne signe pas le meilleur volet, mais peut-être le plus honnête : un spectacle conscient d’être un spectacle. Et parfois, c’est exactement ce qu’on attend d’un film de magie. Note : 12 sur 20.
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